Boîte à outils n°13 | Les livres à offrir – édition des fêtes

Les fictions

  • La déesse des mouches à feu, Geneviève Pettersen – 14,95$/6,80€
  • La Femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette – 23,95$/7,70€
  • Croc fendu, Tanya Tagaq – 23,95$/20€
  • Shuni : ce que tu dois savoirJulie, Naomi Fontaine – 19,95$/17€
  • Les Falaises, Virginie DeChamplain – 21,95$/18€
  • Femme forêt, Anaïs Barbeau-Lavalette – 26,95$/ND€

Les essais

  • Et ne suis-je pas une femme ?, Sojourner Truth – 15,50$/8€
  • Écrits d’une insoumise, Voltairine de Cleyre (Normand Baillargeon et Chantal Santerre) – 16,95$/10€
  • Notre sang, Andrea Dworkin – 19,95$/14€
  • Apprendre à transgresser : l’éducation comme pratique de la liberté, bell hooks – 19,95$/18€
  • Pourquoi le patriarcat ?, Carol Gilligan – 16,95$/9€

Les livres d’histoire

  • Les femmes ou Les silences de l’histoire (Nouvelle Édition), Michelle Perrot – 24,95$/13€
  • Ne nous libérez pas, on s’en charge, Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel – 34,95$/25€
  • Écrits autochtones : comprendre les enjeux des Premières Nations, Chelsea Vowel – 31,95$/[eBook en anglais disponible pour 15,71€]

Les petits budgets

  • SCUM Manifesto, Valerie Solanas – 7,95$/4,50€
  • La crise de la reproduction : entretiens, Mariarosa Dalla Costa et Silvia Federici – 9,95$/8€
  • Sororité, Collectif dirigé par Chloé Delaume – 7,99$/6,70€
  • Pour l’intersectionnalité, Eléonore Lépinard et  Sarah Mazouz – 9,95$/5€

Les bandes dessinées et guides didactiques

  • Le féminisme, Anne-Charlotte Husson, Thomas Mathieu, David Vandermeulen – 17,95$/10€
  • Culottées : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent (T1), Pénélope Bagieu – 34,95$/19,50€
  • Culottées : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent (T2), Pénélope Bagieu – 36,95$/20,50€
  • Guerrières: Quand les femmes prennent les armes (T1), Louise Dekeuleneer, d’après Louise Depuydt – 27,95$/14,90€
  • Garce, hystérique et autres joyeusetés, Alice Pfältzer et Laetitia Abad Estieu – 26,95$/13,50€

Les livres jeunesse

  • Bébé antiraciste, Ibram X. Kendi et Ashley Lukashevsky – 12,99$/ND€
  • Histoires du soir pour filles rebelles (T1 & T2), Elena Favilli et Francesca Cavallo – 34,95$/19,90€
  • Collection de Bandes dessinées « De Petite À Grande » : Simone de Beauvoir, Amelia Earhart, Jane Goodall, Marie Curie… – 16,95$/9,95€
  • La Coalition des familles LGBT+ recommande plusieurs livres pour enfants, ici.

Boîte à outils n°11 | Le travail du sexe

Québec

  • Stella : « Stella a pour but d’améliorer la qualité de vie des travailleuses du sexe, de sensibiliser et d’éduquer l’ensemble de la société aux différentes formes et réalités du travail du sexe afin que les travailleuses du sexe aient les mêmes droits à la santé et à la sécurité que le reste de la population. »
  • REZO, Programme TDS : « Ce programme vise l’amélioration des conditions de vie des travailleurs du sexe, cis et trans, et accueille également les femmes trans travailleuses du sexe. Nous offrons notamment un Centre de soir ainsi que du travail de rue, des services d’information, de soutien, d’écoute, de référence et d’accompagnement. Nous offrons aussi des services auprès des clients qui ont recours au travail du sexe. »
  • Projet Intervention Prostitution Québec : « Le PIPQ t’accompagne en fonction de tes besoins et de ton rythme à toi. Pas de pression. Pas de jugement. »

France

  • Syndicat du Travail Sexuel (STRASS) : « Le STRASS ou Syndicat du TRAvail Sexuel existe depuis 2009 en France. Il a été créé par des travailleurSEs du sexe lors des Assises européennes de la prostitution qui se tenaient alors à Paris ; y étaient rassembléEs des travailleurSEs du sexe, rejointEs par des juristes, des travailleurs sociaux, des sociologues, etc. Parce que nous, les travailleurSEs du sexe, considérons que le respect des droits fondamentaux d’une personne est le meilleur moyen de favoriser son émancipation, nous nous battons avec le STRASS pour que touTEs les travailleurSEs du sexe aient les mêmes droits que toute personne et toutE travailleurSE. Alors, seulement, nous serons en mesure de nous défendre contre toute atteinte à nos droits. »
  • Médecins du Monde : « Depuis 1999, les équipes de Médecins du Monde organisent des tournées régulières sur les lieux de prostitution à Montpellier, Paris et Rouen et proposent un accueil dans leurs locaux. Les travailleuses et travailleurs du sexe ont ainsi accès au matériel de prévention nécessaire à leur activité professionnelle, à des entretiens de prévention et à des consultations médicales et sociales individualisées. Nous leur proposons également de dépister les maladies sexuellement transmissibles (sida, hépatites, etc.). »

Belgique

  • Union des Travailleur.se.s du Sexe Organisé.e.s pour l’Indépendance (UTSOPI) : « Nous représentons les travailleur.se.s du sexe quel que soit leur genre ou leur service. Nous sommes des travailleur.se.s en bars, vitrines, bars à champagne, en rue, à domicile, en salon de massage, actrices/acteurs porno, assistan.e.s sexuelles, opérateur.rice.s de téléphone, webcameuses/webcameurs, escorts, dominantes et master professionnel.le.s, occasionnellement ou à temps partiel, toujours en activité ou non. »

Suisse

  • Aspasie : « Grâce à son expertise depuis 1982, Aspasie : soutient, conseille et accompagne toute personne exerçant le travail du sexe ; défend les droits fondamentaux et les intérêts des travailleur.se.s du sexe ; œuvre à la promotion de la santé et à la prévention du VIH et des IST ; lutte contre la traite des êtres-humains et contre toutes les formes d’exploitation ; combat la stigmatisation et l’exclusion sociale. »
  • Grisélidis : « Crée le 8 mars 2007, Grisélidis fait partie de l’association Fri-Santé et du réseau ProCoRé. Dans la continuité du combat mené par la célèbre écrivaine, peintre et prostituée Grisélidis Réal, nous luttons contre la traite des être humains et pour la reconnaissance des droits et de la dignité des personnes exerçant le travail du sexe comme une profession. Notre équipe est présente sur le terrain afin de réaliser ses objectifs de prévention auprès des travailleuses du sexe et des personnes toxicodépendantes. »
  • Liste des organisations de défense des travailleuses et travailleurs du sexe

International

  • International Union of Sex Workers (IUSW) : « The International Union of Sex Workers campaigns for the human, civil and labour rights of those who work in the sex industry. »
  • The International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (ICRSE) : « ICRSE is a sex worker-led network representing 109 organisations led by or working with sex workers in 35 countries in Europe and Central Asia, as well as more than 150 individuals including sex workers, academics, trade unionists, human-rights advocates, and women’s rights and LGBT+ rights activists. […] ICRSE opposes all forms of criminalisation of sex work and strongly disputes the conflation of sex work with trafficking. We aim to raise awareness of the harmful impact of the conflation of sex work with trafficking on sex workers’ lives and seek to put forward a labour rights’ perspective of sex work, whereby the labour, health and human rights of all sex workers are recognised, protected and fulfilled by national, regional and international laws, policies and programmes. ICRSE supports sex workers’ right to self-determination and self organisation. Sex workers can and do effect change; solidarity among ICRSE members will ensure that the needs and voices of cis and trans female, male, and non-binary sex workers will be heard and addressed equally. »
  • Le travail du sexe, une activité à haut risque : synthèse de recherche sur les atteintes aux droits humains des travailleuses et travailleurs du sexe – Amnesty International

Putophobie

Temps de lecture : 2 minutes


Retracer l’histoire du mot putophobie se révèle impossible, mais il serait apparu en France au début des années 2000, notamment avec la loi de 2003, gagnant sans doute en popularité avec la parution de Fières d’être putes en 2007, coécrit par maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser – quoique les premières grandes révoltes des travailleurs·euses du sexe datent, elles, du milieu des années 1970, notamment avec la révolte du 2 juin 1975.

À l’instar de tous les autres termes disposant d’un suffixe en –phobie, la putophobie renvoie à une oppression structurelle et structurante de la société, qui stigmatise les travailleurs·euses du sexe en niant la possibilité même d’une transaction intime consentante. Cette oppression se retrouve dans la perception que l’on a des professionnel·le·s du sexe, mais également dans les lois et dans la répression juridique et policière, conduisant nécessairement à l’exclusion et la violence. Qui plus est, cette oppression peut en croiser d’autres, qu’il s’agisse de l’homophobie, la transphobie, ou le racisme.

Il ne s’agit pour autant pas de nier les violences internes à l’industrie du sexe ou l’existence de réseaux criminels à démanteler, mais bien de comprendre et déconstruire une violence sociale et politique. Car, les décisions et lois entourant le travail du sexe, sous couvert de protéger, sont en réalité dangereuses pour les personnes concernées, comme le rappelle Yumie dans une entrevue avec David Glaser : « en France, depuis la loi sur la pénalisation des clients votée en 2016, les conditions de travail se sont largement dégradées. Il y a moins de clients, donc les travailleurs du sexe (sic) acceptent des pratiques ou des clients qui les mettent en danger ».

À ce féminisme traditionnellement appelé pro sexe s’opposent donc les positions abolitionnistes, quoique d’aucuns estiment que ces étiquettes ne correspondent plus tout à fait à la réalité du débat.


Pour en savoir plus

En anglais

En français

→ N’hésitez pas à consulter la boîte à outils dédiée au travail du sexe !

Histoire du féminisme : une quatrième vague ?

Temps de lecture : 10 minutes


S’il n’existe déjà guère de consensus sur l’existence d’une troisième vague féministe en-dehors des États-Unis, la quatrième vague ne fait nécessairement pas l’unanimité en contexte francophone. Toutefois, une réelle rupture s’est orchestrée au début des années 2010, notamment en raison de la démocratisation d’Internet et de l’explosion progressive des réseaux sociaux. Les moyens d’actions ont ainsi évolué, et ont amené aux différentes vagues de dénonciation – principalement avec le mouvement argentin Ni Una Menos en 2015 puis le mouvement #MeToo en 2017, dont on soulignera cependant qu’il a débuté une dizaine d’années plus tôt, à l’initiative de Tarana Burke. Cette rupture demeure celle des moyens plutôt que des fins, puisque les enjeux contemporains s’inscrivent dans des combats déjà existants. C’est pourquoi il existe ce débat épistémologique sur l’existence réelle d’une quatrième vague, chacune étant avant tout historiquement marquée par le renouvellement des revendications – d’abord l’éducation et les droits politiques, puis l’accès au marché du travail, la lutte contre les violences intrafamiliales et sexuelles, la reconnaissances des oppressions multiples, etc. Or, les stratégies sont plutôt liées aux contextes social et technologique, indépendants des mouvements féministes, et les militantes se les approprient et les façonnent en fonction de leurs objectifs propres.

Afin de mieux cerner les enjeux contemporains, j’ai décidé de laisser la parole à celleux désireux·ses de s’exprimer. Vous pouvez retrouver le questionnaire ici – soumis par l’intermédiaire de Facebook et Instagram. L’échantillon est nécessairement biaisé puisqu’il se compose de fait de personnes intéressé·e·s par la plateforme et/ou appartenant à mon cercle proche, mais l’objectif dudit blogue étant l’acquisition de connaissances, l’on peut postuler que les abonné·e·s ne sont pas systématiquement féministes et/ou militant·e·s.

Les données

Les témoignages des personnes se définissant comme féministes

Je parlerais plutôt « des féminismes » car il y a de nombreux courants finalement. Mais si un but commun était à prendre en considération… le féminisme pour moi aujourd’hui c’est de rejeter l’inné, de requestionner la culture (de son Pays en général) et sa société pour déconstruire des schémas patriarcaux, naturalisés, pour mettre en évidence les stéréotypes et déterminismes genrés dont on ne se débarrasse toujours pas. Je dirais que la grande différence avec la vague précédente… c’est internet ! Le féminisme est mondial est bien plus partagé, diffusé qu’avant ! #metoo. Ce ce qui nous permet, je pense, aujourd’hui de bien plus questionner les rapports de genre avec une regard intersectionnel grâce à cette ouverture numérique. Même si elle produit aussi une hausse de harcèlement, etc. Le féminisme actuel est partout, mais surtout sur les réseaux. Au final, Je suis féministe pour toutes ces choses.

Jeanne, Lyon (femme cis, 18-24 ans)

[Le féminisme] c’est l’égalité des genres dans toutes les sphères de la société. Plus personne ne devrait se sentir exclu pour aucune raison. Le féminisme n’est pas comme certaines ou certains le conçoivent, l’égalité salariale des femmes mais inclut beaucoup plus que le pilier économique et va au-delà de la dichotomie des sexes, c’est pour ça qu’il est important de parler « des genres ».

Estelle, Montréal (femme cis, 18-24 ans)

[Je suis féministe] parce que je crois que l’équité entre les genres n’est pas atteinte et qu’il y a encore du travail à faire. Énormément. Même dans les pays « développés ». Aujourd’hui, le féminisme consiste à maintenir nos acquis toujours remis en cause et continuer à revendiquer nos droits non reconnus, comme l’équité et le simple respect.

Pascale, Montréal (femme cis, 35-44 ans)

[Le féminisme c’est l’] égalité des gens. Être considérée comme une humaine, sans tous ces préjugés et injonctions sociales et religieuses (patriarcat bonjour). Être inclusive. Tout le monde doit être respecté. Ça peut commencer par l’écriture épicène. Cela doit être la norme. Je suis féministe car c’est la base d’une éducation positive et du respect. Mes parents m’ont donné cette éducation. Jamais influencé par mon genre.

Eugénie, Montréal (femme cis, 18-24 ans)

[Le féminisme c’est] une question d’équité de base.

Victoria, Montréal (femme cis, 25-34 ans)

J’essaie d’être active dans mon féminisme (plutôt que passivement dire ici et là que je suis féministe) ! Je lis beaucoup pour comprendre les points de vue. Néanmoins, pour ma part, le féministe doit être inclusif (ça doit pas devenir une source d’oppression en prônant une seule vision, mais doit rester un mouvement de libération qui est légitimé par la diversité des témoignages et des expériences) ! C’est pas toujours évident, mais j’essaie d’engager le dialogue avec des personnes qui ont des points de vue différents (pas nécessairement dans l’optique de les faire changer d’avis, mais pour comprendre son point et enrichir ma compréhension des problèmes/oppressions). En vrai, j’aimerais ça être vraiment plus active, mais je sais pas comment faire sans tomber dans le « dogme »…

Maude, Ottawa (femme cis, 18-24 ans)

Je suis féministe, parce que : – Les fxmmes sont moins payées que les hommes – Les métiers dit « féminins » sont moins bien payés que ceux dit « masculins » – Les fxmmes sont plus à risque de vivre de la violence sous toutes ces formes de la part des hommes – Les menstruations sont vues comme dégoûtantes et qu’on devrait en avoir honte (pire encore dans certains pays) – Les fxmmes sont vues comme des objets sexuels, et non comme des personnes à part entière – Les fxmmes ne peuvent pas se fâcher, sinon elles sont « dans leur semaine » – La société est beaucoup plus préoccupée par l’apparence physique des fxmmes que par leurs idées, leurs opinions, leurs fiertés, etc. – Les fxmmes ne peuvent avoir une sexualité épanouie sans se faire traiter de noms – Les droits des fxmmes ne sont pas acquis (ex : l’avortement) – Les féminicides – La culture du viol – La police et la justice ne sont pas nos alliés dans la lutte aux agressions sexuelles – La charge mentale – Les fxmmes peuvent vivre de la discrimination au travail en lien avec leur enfants ou leurs futurs enfants – Le mariage forcé dans certains pays – Les mutilations sexuelles – Les personnes au pouvoir sont majoritairement des hommes blancs cishet – Les aspects dit « féminins » chez les hommes sont vus comme des défauts – Les crimes d’honneur – Les stéréotypes – Pour toutes les personnes adoptées qui ont été abandonné parce qu’elles étaient des fxmmes – Etc. (c’est sûr qu’il m’en manque) Bref, je suis féministe parce que les fxmmes et les hommes ne sont pas égaux dans la réalité. Et, c’est ça pour moi le féminisme. L’égalité entre les hommes et les fxmmes sur toutes les sphères. Être une fxmme ne devrait pas être pénalisant. Et les décisions touchant les fxmmes ne devraient être prises que par celles-ci. Donc, le féminisme d’aujourd’hui, je pense que c’est de lutter contre toutes les oppressions touchant toutes les fxmmes (donc intersectoriel).

Émilie, Val d’Or (femme cis racisée, 18-24 ans) – *En tant que personne racisée, Émilie n’a pas l’impression d’être représentée au sein des mouvements féministes « parce qu'[elle] est adoptée et [que] la voix des adoptés ne se fait jamais entendre »

[Le féminisme c’est] vouloir être sur un pied d’égalité en terme de droits et de devoirs avec les hommes.

Estelle, Brest (femme cis racisée, 25-34 ans)

Pour moi, le principe du féminisme est de tendre vers une égalité des genres. Cela peut prendre des formes très diverses, mais l’idée générale serait d’arriver à situation où aucun genre n’écrase un autre de quelque manière qui soit. Je ne reconnais donc pas le féminisme dans des cas où des femmes deviennent agressives envers tous les hommes, car pour moi cela devient plutôt un renversement de la balance et non une égalité. Ainsi, je ne vois pas le féminisme comme une transformation intégrale qui se fait d’un coup d’un seul, mais plutôt comme une déconstruction lente, étape par étape, de nombreux réflexes qui nous viennent des sociétés dans lesquelles nous avons grandi. Par exemple, au quotidien j’ai pour habitude avec des situations concernant des personnes, de les transposer à des personnes d’un autre genre, afin de voir s’il y aurait quelque chose de dérangeant ou non: et si la situation semble décalée avec un autre genre, peut-être que cette situation n’a tout simplement pas lieu d’être (pas facile à expliquer par écrit!). Je pense ainsi à toutes sortes de remarques qui peuvent être faites à des femmes, mais qu’on ne ferait pas à des hommes. Je tiens à préciser que j’ai encore une vision très binaire des choses, mais j’essaie d’en avoir conscience et de m’améliorer. Bref, pas facile d’expliquer précisément ce qu’est le féminisme pour moi. C’est un ensemble d’idées… Le fait de ne pas devoir se justifier vis à vis des autres lorsque l’on fait quelque chose, parce qu’on appartient à tel ou tel genre… En gros, pouvoir se sentir légitime de s’exprimer et d’agir comme n’importe quelle autre personne. Et je précise bien « se sentir », car je pense que lorsqu’on est féministe, ce qui nous pousse dans ce mouvement ce sont justement des ensembles de choses que l’on ressent, que la société nous fait ressentir. Ces choses que je ressens comme décalées m’invitent donc à m’exprimer de façon à rééquilibrer la situation. Je dirais donc que le féminisme est tout simplement pour moi une recherche d’équilibre.

Laura, Saint-Germain-de-Joux (femme cis, 25-34 ans)

Je ne me suis jamais affirmée comme féministe, l’être me semblait juste une évidence. Plus jeune, je n’ai jamais accepté que l’on me dicte ma conduite au motif que j’étais une fille ni qu’en tant que telle je me devais d’obéir à des normes sociales, de même que j’ai toujours détesté les injustices sous toutes leurs formes. Mère très jeune, et parent isolée à 2 reprises, j’ai pris conscience de la difficulté d’être une femme, une fois de plus, et du rôle que nous assigne la société selon notre genre. Ceci étant, je n’ai jamais été activiste, l’occasion ne s’est pas présentée et cela ne me correspondait pas vraiment non plus. Mon féminisme se traduit plutôt par le refus de me plier aux injonctions sociales, et j’espère par l’éducation que j’ai donné à mes enfants. L’une se reconnaîtra, probablement, au travers de ses lignes. J’ai cédé, par facilité, et sûrement en raison de la génération à laquelle j’appartiens, sur le partage des tâches ménagères ; cela me semblait cependant, un accommodement raisonnable. Je dirais que mon féminisme est un état d’esprit, mais plus le temps passe et plus je me dis qu’il faut passer aux actes, reste à trouver comment. Je perçois le féminisme actuel comme très polymorphe et dans un renouveau combatif après s’être reposé sur ses lauriers un temps. J’ai foi dans la jeunesse. Je découvre nombre de jeunes femmes fortes, inspirantes, combatives, intelligentes, imaginatives, ouvertes, lucides, et cela me réjouit. Je crois que de belles choses sont encore à inventer.

Marie-Laure, Albens (femme cis, 45-54 ans)

Les témoignages des personnes ne se définissant pas comme féministes et non nécessairement comme alliées

Je pense que je considère déjà les femmes comme les égaux des hommes sans avoir besoin de me considérer comme féministe. Je pense aussi que beaucoup de femmes sous-estiment la charge mentale qui pèse sur les hommes au quotidien (alors qu’on parle sans cesse de la charge mentale des femmes) et que beaucoup d’hommes gardent profond en eux, sans se plaindre, jusqu’à parfois exploser. Et l’expérience m’a appris que les personnes qui aiment se ‘coller une étiquette’ sont souvent plus dans la parole que l’action?

Gil, Montréal (homme cis, 35-44 ans)

Le mot féminisme est aujourd’hui tellement galvaudé et politisé qu’il ne sert plus qu’à nourrir des polémiques aussi crispées que crétines au lieu de faire avancer quoi que ce soit. [Le féminisme, selon moi, ce sont] certainement beaucoup de gens intelligents, dans la réflexion, une certaine confidentialité compatible à l’action et aux avancées palpables. Des personnes qui ont compris qu’il valait ne mieux pas être associé à des gens qui confondent psychothérapie gratuite et activisme politique, en lieu et place de la cause prétendument défendue.

Cédric, Montréal (non binaire, 45-54 ans)

[Le féminisme est] une nouvelle tendance qui puise son fondement sur la remise en question de la science par un égoïsme collectif excentrique.

Anonyme, Montréal (homme cis, 35-44 ans)

[Le féminisme] est un combat pour l’égalité entre l’homme et la femme. Et une place plus importante de la femme dans notre société. « Il ne suffit pas de se dire féministe pour l’être ». Il faut identifier son propre privilège et ne pas attendre d’être félicité à chaque initiative. Il s’agit pour nous les hommes de désapprendre certains comportements, faire un travail sur nous-mêmes et se confronter aux propos sexistes que nos amis tiennent entre eux. L’implication dans cette lutte ne se limite pas aux femmes bien que selon moi aujourd’hui certains courants radicaux discréditent ce combat.

Grégoire, Montréal (homme cis, 18-24 ans)

Je me pense allié car je suis pour l’égalité réelle et absolue de chaque genre, et de chaque être vivant. À mes yeux le terme féminisme aujourd’hui ne représente plus un objectif d’égalité mais une dominance, ce qui devient alors une forme de sexisme (à l’image du machisme). Bref je pense qu’il faudra un nouveau nom pour symboliser l’égalité aujourd’hui.

Cam, Montréal (homme cis, 25-34 ans)

En résumé

  • Une corrélation se dégage très clairement entre le genre et l’affiliation féministe vs allié·e : les femmes cis se définissent comme féministes, là où les hommes cis et une personne non binaire rejettent le terme tout en se définissant, pour moitié, comme allié.
  • Un malaise avec le terme féministe demeure perceptible – surtout chez les hommes cis -, principalement lié à une méconnaissance des enjeux portés par les mouvements.
  • Les revendications principales sont très similaires aux luttes institutionnelles et juridiques propres au courant libéral, au sein desquelles se glissent une terminologie et des réflexions radicales.

Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Éditions Amsterdam. 

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel. 2020. Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Éditions La Découverte.

Karine Bergès, Florence Binard et Alexandrine Guyard-Nedelec (dir.). 2017. Féminismes du XXIe siècle : une troisième vague ? Presses Universitaires de Rennes.

Le(s) féminisme(s) lesbien(s) et la deuxième vague

Temps de lecture : 4 minutes


Le féminisme lesbien s’inscrit dans la mouvance radicale des années 1970 et redéfinit le lesbianisme non plus en tant qu’orientation sexuelle mais plutôt comme outil politique permettant de sortir de l’oppression hétéropatriarcale. Il permettra notamment de mettre en lumière les enjeux du travail domestique, mais également de l’éducation et de la garde des enfants, ainsi que de la contraception. Toutefois, le mouvement n’est guère uniforme, tant de chaque côté de l’Atlantique, que dans le positionnement à l’égard du séparatisme ; car, si certaines femmes lesbiennes postulaient la nécessité de s’extraire de la société au travers du projet de l’utopie lesbienne, soit l’accession à un système en-dehors des cadres normatifs et des oppressions, d’autres en récusaient la radicalité.

Les États-Unis

Il est essentiel de garder à l’esprit qu’aux États-Unis, dans les années 1960, si les femmes  lesbiennes étaient nombreuses au sein du mouvement féministe hégémonique, elles étaient volontairement mises à l’écart, pour autant, aux côtés des hommes gays, elles faisaient face au sexisme et à l’iniquité ; autrement dit, elles étaient d’un côté rejetées en raison de leur orientation sexuelle, et, de l’autre, à cause de leur sexe et de leur genre. Il n’est donc pas étonnant de trouver, dans un premier temps, une multitude de militantes lesbiennes alliées des femmes racisées, étant également invisibilisées parce qu’à l’intersection de deux systèmes d’oppression – quoique cette alliance fut de courte durée. 

En 1970 paraît le « Woman-Identified Woman », manifeste des Radicalesbians (auparavant connues sous le nom de Lavender Menace, en référence à Betty Friedan), qui marque l’avènement politique du mouvement. Les autrices soutiennent que le lesbianisme est essentiel au mouvement féministe, en tant qu’il permet de s’extraire de la définition et de la validation par les hommes. Deux ans plus tard, Charlotte Bunch rédige « Lesbians in Revolt », article soulignant l’erreur commise par les hommes : en définissant le lesbianisme comme un acte sexuel et les lesbiennes comme de fausses femmes, ils se révèlent incapables d’envisager les femmes autrement qu’en tant qu’objet sexuel fait pour leur propre satisfaction. Ainsi, l’autrice affirme que le lesbianisme met à mal la domination masculine, tant idéologique et individuelle que politique et économique, puisque les femmes n’ont alors plus besoin des hommes, et sortent, de fait, de l’infériorité créée par les rapports de pouvoir hétéropatriarcaux. L’année suivante paraît Lesbian Nation: The Feminist Solution, écrit par Jill Johnston. Il s’agit alors de récuser le couple monogame hétérosexuel en ce qu’il assigne de manière permanente la femme à résidence et entretient l’injonction à la féminité (et ce qu’elle implique). La même année est lancée la première revue théorique féministe lesbienne, Quest: a feminist quarterly, par Charlotte Bunch et Rita Mae Brown, qui publiera pendant dix ans – quelques années plus tôt, en 1969, avait été lancé Feminary: A Feminist Journal for the South Emphasizing the Lesbian Vision, qui abordait les enjeux des femmes lesbiennes au sein du féminisme, toutefois, ce n’est qu’en 1978 que les éditrices ont décidé de se concentrer exclusivement sur ces enjeux, en publiant, entre autres, des entrevues, de la poésie, et des critiques littéraires.

En 1976 un tribunal international populaire a lieu à Bruxelles, condamnant les crimes contre les femmes. Plusieurs témoignages portent alors sur l’expérience de femmes lesbiennes et les conséquences de leur orientation sexuelle : indigence, emprisonnement, neurochirurgie, torture, exil. L’un des crimes reconnus est celui de la « compulsory heterosexuality », soit l’hétérosexualité forcée. Quatre ans plus tard, Adrienne Rich en fait un concept essentiel à la théorie féministe lesbienne, le définissant comme le présupposé – omniprésent dans l’ensemble des productions culturelles et intellectuelles – selon lequel les femmes doivent choisir les hommes comme partenaires amoureux et sexuels. Elle souligne que ce raisonnement fallacieux est à l’origine de la destruction volontaire de tout ce qui renseignait historiquement la réalité des relations lesbiennes, entraînant ainsi le sentiment d’une absence de choix, et permettant de maintenir l’hétérosexualité comme mode de vie – et punir les femmes désireuses de s’opposer à cette injonction.

Puisque le lesbianisme devient une identité politique de rupture, il se trouve des codes, notamment vestimentaires, s’enracinant dans le rejet de la féminité ainsi que du matérialisme, en tant qu’incarnation du privilège. La tenue à adopter est alors « cheveux courts, jeans, bottes utilitaires et chemises à carreaux ». Les militantes désirent se distancier des figures de la butch et de la femme, la première étant perçue comme s’identifiant aux codes et rôles masculins, la seconde aux codes et rôles féminins, perpétuant ainsi les schémas hétéropatriarcaux, et minant, de fait, les résolutions et luttes du mouvement. Ce rejet des codes de genre qui motivent l’hétéronormativité est alors partagé par les mouvements gays, et constitue le fer de lance de No Turning Back: Lesbian and Gay Liberation of the ‘80s, de Gerre Goodman, George Lakey, Judy Lashof et Erika Thorne. 

Toutefois, le milieu des années 1980 a vu naître des remises en question et critiques globales du féminisme lesbien, principalement par les exclues du courant hégémonique, qu’il s’agisse des femmes racisées ou des femmes des classes populaires, en raison de son idéalisation des liens et rapports entre les femmes. Car, la promotion de cette connexion empêchait de voir les structures de pouvoir intragenres. Il ne tarda donc pas à se fracturer – fracture accélérée par l’éclosion de la crise du VIH/SIDA. Ainsi, de nombreuses femmes lesbiennes rejoignirent les mouvements des minorités sexuelles – d’abord LGB, puis LGBT, enfin LGBTQ -, mais, leurs enjeux spécifiques furent rapidement et silencieusement assimilés à des revendications qui ne leur étaient pas propres. Les controverses à ce sujet ont été nombreuses, et de multiples autrices et auteurs ont récusé l’incompatibilité entre les théories queer et les objectifs du féminisme lesbien ; cependant, aujourd’hui, ce courant féministe n’est plus guère en vogue, accusé d’être soit « rétrograde » (Walters), soit trop « politiquement correct » (Cooper).

La France

Si les féministes lesbiennes ont été essentielles au sein du Mouvement de Libération des Femmes, créé en 1970, la constitution d’un mouvement féministe lesbien, ou lesbianisme politique, est un peu plus tardive, constituant alors autant un rupture qu’un prolongement du féminisme matérialiste. « La pensée straight » et « On ne naît pas femme », parus en 1980 et écrits par Monique Wittig, en sont les deux articles fondateurs. Elle réfléchit alors à la construction culturelle – et symbolique – des rapports entre les genres, se faisant dans l’opposition et l’altérité, dont l’interprétation par les hommes crée la domination masculine. Et, puisque les rapports entre les genres relèvent des rapports entre les classes – se trouvent ici les bases matérialistes du courant – les rapports hétérosexuels relèvent de la collaboration entre les classes (la référence à l’occupation allemande étant volontaire). Or, cela participe du maintien des structures de pouvoir dont il faut s’extraire, c’est pourquoi seules les lesbiennes et les gays, en tant qu’ils ne sont, respectivement, ni femmes ni hommes puisque non inscrits dans ces rapports de pouvoir qui créent les catégories, peuvent s’opposer au patriarcat et le démanteler.

Ce courant n’a eu que peu d’adeptes au sein du féminisme matérialiste, et ses opposantes récusaient l’idée de collaboration entre les classes, y voyant, au contraire, une lutte. Sans compter qu’on lui reprochait de fuir plutôt que de confronter, et de fournir un solution individuelle plutôt que collective : il ne s’agissait pas tant de démanteler le patriarcat que de vivre en dehors de celui-ci.


Adrienne Rich. 1980. « Compulsory heterosexuality and lesbian existence ». Signs: Journal of women in culture and society 5 (n°4) : 631-660.

Charlotte Bunch. 1975. « Lesbians in revolt ». Lesbianism and the Women’s Movement 1 : 29-37. 

Charlotte Cooper. 2003. « Swing it baby! ». Journal of Bisexuality 3 (3/4) : 87-92.

Elise Chenier. 2015. « Lesbian Feminism ». GLBTQ Encyclopedia.

Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, et Anne Revillard. 2015. Introduction aux études sur le genre (2è édition). Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur.

Monique Wittig. 1980. « La pensée straight ». Questions Féministes (n°7) : 45-53.

Sonja J. Ellis et Elizabeth Peel. 2010. « Lesbian feminisms: Historical and present possibilities ». Feminism & Psychology 21(n°2) : 198-204.

Suzanna Danuta Walters. 1996. « From here to queer: Radical feminism, postmodernism, and the lesbian menace (or why can’t a woman be more like a fag?) ». Signs: Journal of Women in Culture and Society 21 (n°4) : 830-869.