François Poulain de la Barre (1647-1723)

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Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie.

Citation reprise par Simone de Beauvoir en exergue du premier tome du Deuxième Sexe

Philosophe cartésien, précurseur de la Révolution française et pionnier confidentiel du féminisme, François Poulain (ou Poullain) de la Barre est redécouvert en 1902 par l’historien Henri Piéron, qui trouve deux de ses ouvrages à la Bibliothèque Nationale, l’un n’ayant jamais été ouvert, et l’autre l’ayant été trois fois.

Poulain de le Barre est à l’origine de trois traités concernant la question des femmes, qui furent plutôt bien accueillis puisque réédités de son vivant – et traduits -, mais, surtout, source de discussions face à une opinion à la fois curieuse et guère prête :

  • De l’égalité des deux sexes : Discours physique et moral, où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés (1673)
  • De l’éducation des dames pour la conduite de l’esprit dans les sciences et dans les mœurs (1674)
  • De l’excellence des hommes, contre l’égalité des sexes, avec une dissertation qui sert de réponse aux objections tirées de l’écriture sainte contre le sentiment de l’égalité (1675)

Il apparaît ainsi comme un fervent détracteur des anti-féministes, mais également des partisan•es d’un féminisme mondain et frivole tel qu’il a pu exister dans les cercles littéraires et intellectuels du XVIIè siècle français. Par ailleurs, son œuvre démontre qu’à l’époque, il ne s’agissait pas tant de réfléchir au statut des femmes d’un point de vue politique et social, mais bien philosophique et théologique.

Le « cartésianisme social »

Poulain de la Barre se fait l’ennemi des préjugés et de la loi naturelle, asseyant sa réflexion sur deux principes fondamentaux. Il en appelle d’abord à l’argument égalitaire d’une faculté de raisonner commune à l’ensemble des êtres humains en raison de leur nature, sans différence de sexe ou de genre – « l’Esprit n’a point de Sexe » ; qui plus est, il n’admet comme différence entre les femmes et les hommes que leurs rôles respectifs dans la procréation, récusant toute différence de fonctionnement cérébral, notamment.

Plus précisément, usant de la méthode cartésienne du doute et faisant appel à la raison – quoique son raisonnement soit parfois teinté de sophismes, ce qui le rend pour le moins cocasse -, il entent rejeter l’ensemble des idées préconçues – accusant les convenances d’êtres des raisons imaginaires – concernant les femmes et leur supposée infériorité, perçue comme le préjugé le plus ancien, et poursuit la réflexion en l’appliquant à la race et au rang social. Il met également en lumière la faute des jurisconsultes pensant que la supériorité de l’homme est naturelle plutôt qu’un produit de l’habitude et du conditionnement social.

À ses arguments rationnels s’ajoute une demande concrète pour l’égalité des droits, alors qu’il déplore le contexte légal dans lequel l’époque s’inscrivait, soit la dépendance et la servitude, qui contrevient aux principes d’égalité naturelle entre les êtres humains. Sa requête principale concerne l’éducation et l’accès à la connaissance, faisant écho aux propos de Christine de Pizan dans son Livre de la Cité des Dames (1405), et préfigurant l’un des principaux combats du XIXè siècle.


Henri Grappin. 1913. « Notes sur un féministe oublié: le cartésien Poullain de La Barre ». Revue d’Histoire littéraire de la France 20 (n°4) : 852-867. 

Martina Reuter. 2019. « François Poulain de la Barre ». The Stanford Encyclopedia of Philosophy.

Michael A. Seidel. 1974. « Poulain De La Barre’s The Woman as Good as the Man ». Journal of the History of Ideas 35 (n°3) : 499-508.

Siep Stuurman. 1998. « L’égalité des sexes qui ne se conteste plus en France: feminism in the seventeenth century ». Dans Tjitske Akkerman et Siep Stuurman (dir.), Perspectives on Feminist Political Thought in European History From the Middle Ages to the Present. New York/London : Routledge : 67-84.

Les mouvements féministes en France au XIXè siècle

Temps de lecture : 7 minutes


Ces mouvements sont entremêlés à une histoire politique et sociale complexe, constituée des réminiscences de la fin du XVIIIè siècle (aspirations libérales, rejet partiel de la religion), des implications du Premier Empire, notamment à travers le Code civil – particulièrement inégalitaire -, mais également du développement de la pensée socialiste utopique. Ce contexte riche a pu créer, chez certaines militantes, une pluralité d’affinités qui ne s’avéreront pas toujours compatibles.

Le contexte et la constitution des mouvements féministes

Traditionnellement, l’on estime que la première vague du féminisme français se constitue dans les années 1860, en lien avec le relâchement de la censure sous le Second Empire ; ce qui permet alors une recrudescence des luttes républicaines et anticléricales, luttes dans lesquelles le féminisme de l’époque s’enracine. Toutefois, cela fait fi d’un grand nombre de figures et d’actions ayant vu le jour au cours de la révolution de juillet, soit trente ans auparavant. Par exemple, plusieurs journaux prirent alors position en faveur de l’égalité – les plus radicaux étant généralement saint-simoniens -, et la décennie suivante fut marquée par de multiples initiatives – création de clubs, organisation d’événements – souvent ancrées dans la philosophie socialiste de Charles Fourier. À l’origine de cette dynamique se trouvent notamment Eugénie Niboyet, Désirée Véret Gay, ou encore Jeanne Deroin ; l’on ne saurait oublier Flora Tristan, militante féministe socialiste ayant soutenu la nécessité de « l’union universelle des ouvriers et des ouvrières », et ce avant Karl Marx ; George Sand, dont la première partie de l’œuvre consistait en une dénonciation de la condition des femmes ; Louise Michel, anarchiste héroïne de la Commune de Paris déportée pendant sept ans en Nouvelle-Calédonie avant de revenir en force au sein du mouvement ouvrier ; mais également Madame Vincent, Angélique Arnaud, Claire Demar, Pauline Roland, Jenny P. d’Héricourt, Marie-Reine Guindorf… et tant d’autres noms oubliés par l’histoire. Notons que nombre de ces figures seront actives tout au long du XIXè siècle, et pas uniquement pendant la première moitié.

Revendications, dissensions, et anti-féminisme à partir de 1860

Le plus grand enjeu rencontré par le féminisme de l’époque n’est autre que la division interne à laquelle il a dû faire face. Trois problématiques – opposant les militantes autant que s’entrecroisant – ressortent principalement : le droit de vote, l’Église, et les classes sociales.

Le droit de vote

Aussi étonnant que cela puisse paraître a posteriori, le droit de vote n’a pas toujours été considéré comme nécessaire par les féministes ; pour la majorité, il était prématuré, voire tout bonnement dangereux.

Dans le camp du droit de vote nécessaire, sous-tendu par l’idée selon laquelle les droits civiques et la représentation politique sont la condition préalable à l’égalité, l’on trouve principalement Hubertine Auclert, militante féministe socialiste. Elle crée, en 1876, la Société du droit des femmes – devenue, en 1883, la Société du suffrage des femmes. Un an plus tard, elle constate publiquement et avec amertume l’égalité pénale entre les sexes face à une inégalité civique criante, déplorant que les femmes comptent « moins que rien dans l’État ». Elle tente par la suite de s’inscrire sur les listes électorales, soutenant que le terme « Français » employé dans les textes de loi, fait aussi bien références aux femmes qu’aux hommes, mais l’argument est rejeté par l’administration – à noter qu’elle se battait déjà pour la démasculinisation de la langue. Elle entame alors un grève de l’impôt, dépose un recours, attirant ainsi l’attention des journaux. La notoriété qui lui est conférée lui permet de faire entendre son message auprès du grand public comme des élus. Elle luttera sans relâche pendant trente ans, finissant par rallier de plus en plus de militantes, renversera symboliquement – et illégalement – une urne lors des élections municipales de 1908, puis proposera sa candidature – non retenue – aux élections législatives de 1910, accompagnée de Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Neuf ans plus tard, les députés feront passer une loi en faveur du suffrage des femmes, mais, en 1922, le Sénat y oppose son droit de véto. Il faudra attendre plus de vingt ans pour que le droit de vote soit finalement accordé aux femmes – et ce dans une perspective électoraliste d’ailleurs.

Dans le camp du droit de vote prématuré ou dangereux, l’on trouve trois personnalités incontournables de l’époque : Léon Richer, Maria Deraismes, et Paule Mink.

  • Léon Richer, franc-maçon et républicain convaincu, s’est toujours présenté comme un éminent féministe. Il lance, en 1869, le journal Le Droit des femmes, dont les thèmes principaux étaient l’éducation des jeunes filles et la réforme du Code civil, il est également à l’origine du Congrès international du droit des femmes en 1878. Son action va généralement de pair avec celle de Maria Deraismes, qu’il initie à la franc-maçonnerie. Ensemble, ils organisent entre autres les Banquets en faveur des droits des femmes, créent l’Association pour le droit des femmes, qui deviendra la Société pour l’amélioration du sort de la femme, soutenue d’ailleurs par Victor Hugo.
  • Maria Deraismes est l’une des figures les plus importantes de l’époque. Elle est à l’origine de multiple initiatives, parmi lesquelles on compte la publication d’Ève dans l’humanité, qui préfigure les arguments de Simone de Beauvoir en assénant que « l’infériorité des femmes n’est pas un fait de la nature, c’est une invention humaine, une fiction sociale », ou encore la création, avec l’aide de Georges Martin, de la loge maçonnique Le Droit Humain, accueillant enfin femmes et hommes.
  • Paule Mink devient, à son retour d’exil forcé suite à son rôle dans l’insurrection de la Commune, une figure essentielle du féminisme socialiste, par ses innombrables prises de parole publiques, ses nombreux pamphlets, ou encore la création de la Société fraternelle de l’ouvrière en 1868. Toutefois, l’on sent chez elle une tension entre féminisme et socialisme, en raison d’une certaine incompatibilité qui semble s’être créée entre les deux mouvements au tournant du XXè siècle. Parler de Paule Mink ne peut se faire sans parler d’André Léo, féministe, socialiste et anarchiste, aux côtés de laquelle elle milite.

Il est difficile aujourd’hui de s’imaginer que des féministes aient pu s’opposer au droit de vote des femmes, mais les raisonnements étaient alors les suivants : celles qui le pensaient prématuré partaient du principe que, la société n’étant pas prête, cela desservirait leur cause et rendrait inintelligibles leurs autres revendications ; et celles qui le pensaient dangereux estimaient que l’éducation religieuse des femmes les avaient rendues trop conservatrices pour faire advenir le projet républicain.

L’éducation et l’Église catholique

Si les femmes ont eu accès à l’éducation primaire en 1850, c’est à l’Église catholique que cette éducation a été confiée, et son présupposé de base était simple : éduquées, les jeunes filles risqueraient de vouloir sortir de leur rôle et de leurs devoirs traditionnels, et cette forme d’individualisme créerait nécessairement le chaos, l’avilissement, et la débauche.

Certaines féministes se sont opposées à cette vision, comme Elisa Lemonnier, qui a fait de l’éducation des jeunes filles le combat de sa vie. Saint-simonienne, elle prône l‘interdépendance de l’émancipation des femmes et de leur éducation, principalement professionnelle. C’est dans cette optique qu’elle fonde dans un premier temps l’Atelier national de fournitures pour les hôpitaux et les prisons, permettant ainsi d’employer et de former des femmes qui n’étaient alors éligibles à aucun emploi en raison de leur absence d’instruction ; puis, la Société de protection maternelle, dispensant gratuitement éducation et formation professionnelle aux jeunes filles ; enfin, la Société pour l’enseignement professionnel des femmes, proposant un programme sur trois ans, payant (avec un système de bourses en fonction des revenus familiaux), et laïc.

D’autres féministes intégreront la vision de l’Église catholique à leur mouvement, comme Marie Maugeret, fondatrice du féminisme chrétien et du journal éponyme. Elle défendait la cellule familiale comme élément constitutif de la société, et, si elle envisageait la femme comme mère et épouse, elle condamnait l’inégalité au sein du couple. Elle resta toutefois assez isolée, perçue comme radicale par l’Église mais rejetée par les autre mouvements féministes, principalement en raison de ses positions antisémites et anti-protestantes.

La lutte des classes

Beaucoup de féministes étaient alors éduquées et issues de bonnes familles, ce qui créa sans doute le schisme le plus important au sein des mouvements féministes, puisque les intérêts qu’elles portaient s’opposaient aux intérêts des femmes des classes ouvrières. Si les féministes bourgeoises accusaient l’industrialisation des femmes dont le salaire ne leur permettait pas l’indépendance, les femmes des classes ouvrières y voyaient une source de revenus nécessaire pour leur famille.

La pierre angulaire de ce conflit n’est donc autre, de nouveau, que la famille : l’économie française étant alors fondée sur les petites entreprises familiales, il était important pour les femmes autant que les hommes de maintenir ce tissu entrepreneurial familial ; or, les revendications féministes libérales visant à donner aux femmes d’autres opportunités de travail étaient perçues comme une menace, et remettaient en cause la vie de nombreuses femmes qui refusaient de voir leur travail dévalorisé, ou considéré comme n’étant, d’une certaine manière, pas le bon. De même, il inquiétait les hommes qui craignaient de ne perdre des opportunités de travail.

Dès lors, cette division fut reprise et utilisée par les socialistes de l’époque, et l’on trouve dans un premier temps une forte hypocrisie derrière le slogan « à travail égal, salaire égal ». Car, nombre de partisans partaient du principe que face à cela, les employeurs n’embaucheraient plus que des hommes, et, en diminuant ainsi la concurrence du travail moins rémunéré des femmes, leurs propres salaires pourraient augmenter, redevenant ainsi les uniques pourvoyeurs familiaux.

D’autres motifs de dissension

L’on peut ajouter à cela un dernier élément de la rhétorique anti-féministe : le féminisme serait anti-patriotique parce qu’il serait la cause du faible taux de natalité de la France de cette époque, alors même que, si les Français•es étaient certes le premier peuple européen a avoir volontairement recours à des méthodes contraceptives, peu de féministes en avaient fait un argument de la lutte pour les droits des femmes. La libération sexuelle allant de pair avec la contraception était d’ailleurs un autre sujet de dissension pendant la première moitié du XIXè siècle, opposant les saint-simoniens Prosper Enfantin et Saint-Armand Bazard, le premier étant partisan de la liberté amoureuse et sexuelle des femmes comme élément clé de leur libération globale, contrairement au second.


Bref, comme vous le voyez, cette histoire est pour le moins conséquente et je pourrais encore passer des heures à en discuter, mais je ne prendrai pas le risque de perdre votre attention ! Si cela vous a plu, je vous recommande vivement le tableau très complet rédigé par Karine Dorvaux qui fournit plus de détails sur la chronologie de la période.


Annick Druelle. 2006. « Mouvements internationaux de femmes et solidarité des intérêts au XIXe siècle ». Texte présenté à l’atelier Transnationalisation des solidarités et mouvements des femmes. Université de Montréal : département de science politique.

Dany Stive. 2011. « Paule Mink (1839-1901) : passionnément femme, féministe et socialiste ». L’Humanité.

Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek. 2013. Ces femmes qui ont réveillé la France. Fayard.Karen Offen. 1982. « ‘First wave’ feminism in France: New work and resources. » Women’s Studies International Forum 5 (n°6) : 685-689.

Marilyn J. Boxer. « ‘First wave’ feminism in nineteenth-century France : class, family and religion ». Women’s Studies Int. Forum 5 (n°6) : 551-559.

Sylvia Paletschek et Bianka Pietrow-Ennker. 2004. Women’s Emancipation Movements in the Nineteenth Century : a European Perspective. Stanford University Press.

Mary Wollstonecraft (1759-1797)

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Portrait de Mary Wollstonecraft par John Opi
© John Opi

Cette hyène en jupons, Madame Wollstonecraft.

– Horace Walpole, 1795


Mary Wollstonecraft constitue aujourd’hui le pilier du féminisme égalitaire moderne – et ce en partie grâce à Virginia Woolf, qui a su revaloriser son œuvre alors fortement discréditée en raison de sa vie sentimentale complexe perçue comme immorale. L’on retient principalement son ouvrage A Vindication of the Rights of Woman: with Strictures on Political and Moral Subjects (en français : Défense des droits des femmes, suivie de quelques considérations sur des sujets politiques et moraux) paru en 1792, mais elle est également l’autrice de plusieurs autres livres dont le fer de lance a toujours été l’éducation, et ce peu importe le degré politique de l’œuvre en question.

Ses revendications principales

L’épitre dédicatoire de la Défense fournit des éléments clés de sa pensée, en synthétisant ainsi son argument principal : « si la femme n’est point préparée par l’éducation à devenir la compagne de l’homme, elle arrêtera le progrès des Lumières« . Ce qu’elle accuse, c’est cet « hommage spécieux » fait aux femmes, par le culte d’une féminité douce et docile, supposément naturelle, et à cultiver. Ce carcan de l’adoration masculine est véhiculé par de nombreux auteurs, et c’est notamment à Rousseau qu’elle s’en prend, démontant point par point les arguments tirés de son traité d’éducation, l’Émile, et soumettant une approche alternative. Alors que Wollstonecraft souligne la nécessité de traiter les femmes en êtres raisonnables, elle déplore que, « pour [les] rendre faible[s], ou belle[s], on néglige [leur] intelligence » ; autrement dit, elle déplore que les femmes n’existent que par rapport aux hommes et pour les hommes. Elle soutient ainsi qu’en bénéficiant d’une éducation rationnelle et morale, plutôt que d’une mise en valeur constante d’une féminité toute construite, les femmes pourraient atteindre l’indépendance financière et jouir d’une plus grande liberté – il est important de souligner qu’elle n’était pas non plus une fervente adepte du mariage.

Son legs conceptuel

Son travail sera par la suite repris et approfondi, notamment par Harriet Taylor Mill, autant qu’il constituera un appui important pour les militantes à venir ; et ce en dépit des fortes critiques dont elle fera l’objet, considérée, en raison de sa vie personnelle, comme déséquilibrée émotionnellement, donc, tout sauf crédible.

En 1989 a été introduit, par Carole Pateman, le concept de « dilemme de Wollstonecraft« , qui demeure aujourd’hui incontournable au sein des études féministes et de genre, mais également au sein de la science politique. Il s’agit de la tension et l’incompatibilité entre l’égalité et la différence dans les revendications des droits des femmes. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’en se battant contre l’inégalité il est inévitable de mettre de l’avant sa différence, or c’est cette même différence qui est à l’origine de l’inégalité

PS : Saviez-vous que l’autrice de Frankenstein n’est autre que la fille de Mary Wollstonecraft ?

Carole Pateman. 1989. The Disorder of Women : Democracy, Feminism and the Welfare State. Stanford University Press.

Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.

Mary Wollstonecraft. 2016. Défense des droits des femmes. Paris : Gallimard.

Morwenna Griffiths. 2014. « Educational Relationships: Rousseau, Wollstonecraft and Social Justice ». Journal of Philosophy of Education 48 (2) : 339-354.

Valerie Sanders. 2006. « First wave feminism ». Dans Sarah Gamble (dir.), The Routledge Companion to Feminism and Postfeminism. Taylor & Francis e-Library : 15-24.

Olympe de Gouges (1748-1793)

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© Élodie Bouédec

 

Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, I’impudente Olympe de Gouges, qui abandonna les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes… Cet oubli de son sexe l’a conduite à l’échafaud.

– Pierre Chaumette, 1793


Lorsqu’ils ne l’oubliaient pas – volontairement ? -, les historiens ont souvent voulu faire d’Olympe de Gouges une créature furieuse, hystérique, démente, ayant trahi sa « féminité » – c’est-à-dire sa douceur et sa passivité. En réalité, il s’agit d’une théoricienne doublée d’une activiste dont la profondeur et le courage n’ont d’égal que la pertinence. L’on retient principalement d’elle sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) et le fait qu’elle a été guillotinée ; mais, bien évidemment, ce n’est pas tout.

Pour le moins prolifique, elle a rédigé plusieurs essais, brochures, pièces de théâtre, romans, et ses revendications portaient alors principalement sur :

  • l’égalité des droits, notamment par le suffrage universel et la possibilité de participer activement à la vie politique ;
  • la liberté d’opinion et d’expression ;
  • l’accès au divorce – elle s’opposait radicalement au mariage tel qu’il était établi, et notamment aux mariages forcés ;
  • l’importance de la solidarité et de l’unité entre les femmes.

Certaines de ses idées étaient résolument modernes, peut-être dangereusement avant-gardistes, avec, entre autres, la féminisation des noms de professions, la protection sociale des femmes marginalisées, qu’elles soient prostituées ou mères isolées, ou encore la taxation du « luxe effréné ».

D’aucuns estiment toutefois que son œuvre pose des défis interprétatifs, l’une des hypothèses étant que l’excessive spontanéité que l’on peut y trouver, alliée à certaines incohérences, dénote une fervente volonté de se faire entendre – et, de fait, les difficultés qu’elle a pu rencontrer.

Qui plus est, l’on ne saurait oublier ses prises de positions abolitionnistes, notamment dans ses Réflexions sur les hommes nègres, publiées après que la Comédie Française lui avait demandé de changer, dans Zamora et Mirza, les personnages même des esclaves noirs. Ses Réflexions témoignent de sa profonde conviction de l’égalité naturelle des êtres humains et de l’absence fondamentale de justification de l’oppression, qui n’existe selon elle que pour l’intérêt et l’avarice des hommes blancs.

D’autres figures importantes au tournant du XIXè siècle :

  • Félicité de Kéralio (1758-1821)
  • Anne-Joseph Terwagne devenue Théroigne de Méricourt et surnommée l’Amazone Rouge ou la furie de Gironde (1762-1817)
  • Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet (1764-1822)
  • Claire Lacombe (1765-1798)
  • Pauline Léon (1768-1838)

Bibliothèque nationale de France. 2019. « Pionnières ! – Olympe de Gouges ».

Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek. 2013. Ces femmes qui ont réveillé la France. Fayard.

Marie Josephine Diamond. 1990. « Olympe de Gouges and the French Revolution : the construction of gender as critique ». Dialectical Anthropology 15 (2/3) : 95-105.

Pierre Sané. 2008. « À contre-courant ». Le Monde Diplomatique.