Adelphité

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Formé à partir de la racine grecque ἀδελφ-, qui est elle-même le produit d’un – copulatif et de δελφύς (matrice, utérus), l’adelphe est celui ou celle « né·e du même sein », renvoyant donc aux liens entre frères (οἱ ἀδελφοί) et sœurs (αἱ ἀδελφαί). Il est important de noter que la racine est ici analogue, contrairement à ce qui existe en français aujourd’hui, que l’on tient du latin (frater ≠ soror). Aujourd’hui, l’adelphité est une alternative inclusive aux termes fraternité (solidarité entre frères) et sororité (solidarité entre sœurs), en ce qu’il englobe l’ensemble des genres. C’est à Florence Montreynaud que l’on doit la (re)découverte de ce terme, employé d’abord au Moyen-Âge puis oublié.

Toutefois, l’adelphité revet également des allures de projet politique, en ce qu’elle sous-tend des rapports d’égalité fondés sur une perception bienveillante de la communauté humaine. Car, comme les études féministes ne cessent de le rappeler, les mots employés sont constitutifs de notre conception, d’un point de vue cognitif, de la société – ce n’est pas pour rien que le langage inclusif est un débat de fond. Dès lors, les questionnements soulevés par la devise française Liberté, Égalité, Fraternité ne sont pas vains, en témoigne le rapport 2018 du Haut Conseil à l’Égalité qui préconise de remplacer Fraternité par Solidarité ou Adelphité. L’exclusion linguistique n’est pas l’unique cause de l’exclusion publique, mais elle en participe en façonnant des univers mentaux où le masculin l’emporte.

Backlash (ou contrecoup, retour de bâton)

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Un pas en avant, deux pas en arrière ? Remises en question globalisées du droit à l’avortement, répression accrue des personnes LGBTQIA2+, recul des droits des femmes en temps de crise sanitaire… Si l’on peut témoigner de nombreuses avancées (notamment sur l’accès à l’avortement en Argentine et en Corée du Sud, peut-être bientôt au Chili), l’on ne peut fermer les yeux sur les violences symboliques et physiques qui, de plus en plus médiatisées, pèsent sur les femmes et les communautés LGBTQIA2+.

C’est à Susan Faludi, dans un essai publié en 1991, que l’on doit le concept de backlash appliqué aux mouvements féministes. De manière générale, le backlash renvoie aux réactions conservatrices qui éclosent face aux changements politiques et sociaux ; plus spécifiquement, selon Jane Mansbridge et Shauna L. Shames, il s’agirait d’un « processus de résistance dynamique […] à une redistribution du pouvoir » devant répondre à trois critères : (1) être une réaction (2) comporter un élément de coercition (3) être une tentative de restaurer un pouvoir. Cette notion de redistribution du pouvoir, à comprendre comme redistribution de la capacité à agir, est des plus pertinentes dans le cadre des études féministes, en ce qu’elle renvoie concrètement au renversement du déséquilibre entre les genres – l’un des objectifs du féminisme -, et qui est à l’origine, notamment, de la supposée crise de la masculinité. Cette redistribution de la capacité à agir entraîne donc un contrecoup qui s’exprime par la tentative concrète de restauration du pouvoir, motivée par le désespoir, et pouvant se traduire par l’exercice de la coercition et l’usage de la violence aux niveaux tant individuel qu’institutionnel – si l’on continue avec l’exemple précédent, il s’agirait du masculinisme.

Du backlash naît un contre-mouvement, l’antiféminisme, qui, à mesure de la progression médiatique des féminismes, semble grandir – en témoignent notamment la cyberviolence et le cyberharcèlement. Mélissa Blais soutient par ailleurs que les « attaques antiféministes ne constituent pas une forme de violence distincte des violences masculines contre les femmes », autrement dit, les violences économiques, psychologiques, physiques et sexuelles, dont les féminicides, ne sont pas à exclure de l’analyse du backlash, en ce qu’elles participent de cette tentative de restauration du pouvoir par le contrôle des femmes.

En somme, toute remise en question du statu quo sera généralement suivie d’une réaction émotionnelle forte – se traduisant par la violence, qu’elle soit symbolique ou physique – de la part des personnes privilégiées par le système mis à mal ; qui, dans le cas des féminismes, produit un aller-retour constant entre acquis et pertes, démontrant peut-être la nécessité de reconstruction totale du système patriarcal si les changements ne peuvent s’ancrer dans la durée, toujours soumis aux fluctuations contextuelles.


Jane Mansbridge et Shauna L. Shames. 2012. « Vers une théorie du backlash : la résistance dynamique et le rôle fondamental du pouvoir ». Recherches féministes 25 (n°1) : 151-162.

Marie-Ève Campbell-Fiset. 2017. « Analyse d’un backlash intramouvement : les États Généraux de l’action et de l’analyse féministes (2011-2014) ». Université du Québec à Montréal : Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en science politique.

Mélissa Blais. 2012. « Y a-t-il un « cycle de la violence antiféministe » ? Les effets de l’antiféminisme selon les féministes québécoises ». Cahiers du Genre 52 (n°1) : 167-195. 

Seymour Martin Lipset et Earl Raab. 1978. The Politics of Unreason : Right-Wing Extremism in America, 1790-1970. Chicago : University of Chicago Press.

Male gaze et female gaze

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Le concept de male gaze – ou regard masculin – nous vient du cinéma, théorisé en 1975 dans un article de Laura Mulvey devenu fameux, « Visual Pleasure and Narrative Cinema ». Sa pensée s’ancre dans la psychanalyse pour expliquer tant l’ordre patriarcal que la manifestation et la forme du désir masculin tel que représenté dans/par le cinéma. Ses postulats sont les suivants : d’une part, le cinéma repose sur la scopophilie, concept freudien proche du voyeurisme, d’autre part, il utilise ce désir pour ce qui est montré de manière narcissique (intervient ici la théorie lacanienne du miroir), c’est-à-dire que le·la spectateur·ice s’identifie à ce qu’iel voit, qui est, par respect des codes et normes, perçu comme esthétique. Dès lors, le sujet qui regarde est une « identité érotique » autant qu’une identité autoérotique pourrions-nous dire, ce qui structure la représentation du désir à l’écran ; toutefois, cette représentation du désir, outre cette analyse psychanalytique, obéit à des lois. La représentation visuelle des genres est alors fondamentalement hiérarchique : la femme est passive, soumise au regard masculin actif, à la fois du personnage et du spectateur. Elle est donc représentée comme « objet sexuel » prenant place dans un « spectacle érotique » qui va parfois jusqu’à interrompre le fil de l’histoire juste pour le plaisir des yeux masculins dans et en dehors de l’écran.

En d’autres termes, le male gaze n’est autre que l’image par et pour les hommes cisgenres blancs hétérosexuels – à noter qu’il s’alimente également de préjugés racistes, capacitistes, grossophobes, etc. Il n’est pas exclusif au cinéma, on le retrouve également dans la peinture, les jeux vidéos et bandes dessinées, la publicité, ou encore la littérature. Cette plateforme (en anglais) en fournit des exemples très pertinents.

Plus récemment, Iris Brey, dans son livre Le regard féminin : une révolution à l’écran, a entrepris de (re)conceptualiser le female gaze, non pas comme exact opposé du male gaze – soit, grossièrement, la représentation d’un corps masculin dit désirable -, mais comme renouveau de ce que l’on montre à voir. En somme, il s’agit de présenter à l’écran les expériences des femmes (tant sociologiques que physiologiques) afin d’en représenter la diversité et de contrer le mouvement historique d’invisibilisation.


Pour en savoir plus


Iris Brey. 2020. Le regard féminin : une révolution à l’écran. Éditions De l’olivier.

Laura Mulvey. 1975. « Visual Pleasure and Narrative Cinema ». Screen 16 (n°3) : 6-18.

Roberta Sassatelli. 2011. « Interview with Laura Mulvey : Gender, Gaze and Technology in Film Culture ». Theory, Culture & Society 28 (n°5) : 123-143.

Boîte à outils n°10 : les formations en études féministes (liste non-exhaustive)

Québec

Premier cycle

Deuxième cycle

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RéQEF – Réseau Québécois en Études Féministes


France

Masters

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Belgique (Fédération Wallonie-Bruxelles)

Premier cycle

Masters

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Suisse

Bachelors

Masters

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Boîte à outils n°9 : s’allier au féminisme (édition résolutions 2021)

À l’instar de la lutte contre le racisme, si l’on ne fait pas partie de la solution, c’est que l’on fait partie du problème : il n’existe pas de zone grise dans le positionnement à l’égard des discriminations sur le genre.

Qu’est-ce qu’un·e allié·e ?

Une personne – généralement un homme cisgenre – proféministe, c’est-à-dire qui soutient les luttes féministes sans se les approprier. Un réel débat existe autour de la possibilité pour un homme d’être féministe, mais dans la mesure où la réalité diffère selon le genre, l’identité militante ne saurait être la même.

Comment s’allier à la cause féministe ?

Ne pas :

  1. Interrompre ou couper la parole
  2. Utiliser son expérience personnelle comme référent unique
  3. Nier un problème structurel pour soigner son égo
  4. Utiliser les arguments féministes à des fins personnelles (séduire, notamment)

Mais plutôt :

  1. Se taire, écouter, s’informer
  2. Reconnaître et remettre en question ses privilèges
  3. Déconstruire ses biais (autant que les injonctions que l’on subit également)
  4. Lutter activement au quotidien

Être de bonne foi ne signifie pas nécessairement faire les choses correctement, et ce n’est pas grave : nous commettons toustes des erreurs dans notre parcours militant, nous apprenons et évoluons constamment. Toutefois, si la bonne foi est réelle, il ne devrait pas y avoir de problème à modifier un comportement dont on a appris qu’il était problématique.

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