Boîte à outils n°5 : le consentement

Temps de lecture : 3 minutes


Nulle formulation ne semble plus pertinente que « sans oui, c’est non », slogan d’une campagne menée depuis 2014 par l’Université de Montréal, son Bureau d’intervention en matière de harcèlement, et la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal. Car, s’il y a impossibilité ou incapacité à établir un oui clair, libre, éclairé, c’est non. Contrairement à l’adage qui aurait dû disparaître de notre langage courant, qui ne dit mot, ne consent pas. Qui plus est, le consentement peut se retirer à tout moment. Ce n’est pas parce que l’on a dit oui aux premiers gestes, ou à certains gestes, que ceux qui suivront seront consentis. Le consentement se vérifie, au fur et à mesure que la situation évolue, et doit être respecté en tout temps, même s’il implique de cesser immédiatement ce qui a été entrepris.

Les paramètres du consentement 

  1. Le consentement doit être clair
  • il n’y a pas de place à l’interprétation
  • il n’y a pas de place à l’hésitation
  1. Le consentement doit être libre
  • absence de contrainte (physique, émotionnelle, morale)
  • absence de rapport de pouvoir et d’abus de confiance
  • absence de mensonge (infections transmissibles sexuellement et par le sang, contraception, âge, etc.)
  1. Le consentement doit être éclairé
  • la personne doit être consciente et en pleine possession de ses moyens
  • l’intoxication à l’alcool ou la consommation de drogue invalide le consentement

L’âge du consentement

Au Canada – et au Québec -, l’âge du consentement à des activités sexuelles est fixé à 16 ans. Au Québec, pour que le consentement à des attouchements soit valide chez les adolescent·es de moins de 16 ans, la loi est claire :

  • moins de 12 ans : la présomption de non consentement prévaut (le consentement n’est jamais valide)
  • entre 12 et 13 ans, l’écart d’âge entre les partenaires ne doit être supérieur à deux ans
  • entre 14 et 15 ans, l’écart d’âge entre les partenaires ne doit être supérieur à cinq ans

En France, il n’existe pas d’âge minimum concernant le consentement ; toutefois, des modifications du Code pénal ont été apportées en août 2018, avec la loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. En somme, la loi stipule dorénavant qu’un·e adolescent·e de moins de 15 ans ne dispose pas « du discernement nécessaire » et qu’il y a « abus de la vulnérabilité de la victime ». Qui plus est, le loi prend en compte la différence d’âge significative (ce caractère significatif n’est cependant pas explicité) si l’un·e des partenaires est mineur·e.

En Belgique, l’âge du consentement à des activités sexuelles est fixé à 16 ans – âge avant lequel toute activité sexuelle est interdite et la présomption de non consentement prévaut. Avant 14 ans, il est établi que le consentement n’est pas valide et tout acte de pénétration constitue un viol (article 375). Entre 14 et 16 ans, les activités sexuelles relèvent de l’« attentat à la pudeur » (article 372), autrement dit, de l’atteinte intentionnelle à l’intégrité sexuelle de la personne, et les implications sont à la discrétion du juge.

En Suisse, la majorité sexuelle est également fixée à 16 ans, âge avant lequel il y a présomption de non consentement et toute activité sexuelle relève de l’agression ou du viol, sauf si la différence d’âge entre les partenaires ne dépasse pas trois ans (article 187). 

Les ressources pour les victimes, les témoins, et les proches

Au Québec

En France

En Belgique

En Suisse

Boîte à outils n°4 : le langage inclusif

Temps de lecture : 2 minutes


Une langue est dite vivante parce qu’elle évolue. Si l’on craint souvent les réformes orthographiques et syntaxiques, perçues comme une atteinte à la qualité de la langue, l’on ne saurait oublier que toute évolution linguistique tend vers la simplification, et ce depuis toujours – nous ne parlerions pas français si ce n’était pas le cas. Sans compter que la contamination d’une langue par d’autres est une richesse faisant également partie – ayant toujours fait partie – de cette vivacité linguistique.


Langue genrée et binaire, le français a historiquement et politiquement été dé-féminisé par l’Académie française, depuis le début du XVIIè siècle. Et, contrairement à ce qu’a pu ancrer un apprentissage scolaire redondant et erroné, le masculin n’est pas neutre, et le neutre n’est pas masculin

L’un des choix phares de l’Académie française a été d’accorder la prévalence au masculin ; car, jusqu’alors, bien que la syntaxe, la grammaire ou l’orthographe ne fussent guère fixées, la règle de proximité était en vigueur pour les accords en genre et en nombre (même Vaugelas, fervent défenseur de l’euphonie, se positionnait en faveur de cette règle !). Ainsi, on ne disait pas un homme et un million de femmes sont gentils, comme aujourd’hui, mais plutôt un homme et un million de femmes sont gentilles. Cette règle est parfois mise en cause pour sa complexité, cependant, au regard de toutes les règles incongrues de la langue française, cette justification fait figure d’excuse de principe. Ceci étant, la règle de la prévalence aujourd’hui utilisée a été expliquée, tout simplement, par la caractère plus noble du genre masculin, lui-même lié à « la supériorité du mâle sur la femelle » (voir Dupleix et Beauzée). 

Qui plus est, alors que les noms de professions coexistaient au masculin et au féminin jusqu’à la Renaissance, n’empêchant guère de parler français, l’emploi du masculin l’a également emporté sur le féminin, et il faudra attendre les années 1980 (Québec, Suisse) voire 1990 (Belgique, France) pour que des interrogations sur l’usage commencent à poindre et influencer les législations. Il est souvent question de déficit lexical ou de lacune du langage pour expliquer l’absence du féminin, or, ces mots ont existé, et il est impératif de les faire revivre. Pour en savoir plus.

  1. L’écriture inclusive et l’utilisation du point médian : intégrer les femmes au discours

L’écriture inclusive a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années et plusieurs guides fournissent des conseils clés pour parvenir à l’utiliser facilement.

En octobre 2020, Tristan Bartolini, étudiant de la Haute école d’Arts appliqués de Genève a créé une police d’écriture inclusive absolument fascinante, décrochant le Prix du jury dans le cadre de la 6ème édition du Prix Art Humanité. Pour en savoir plus !

  1. Le langage épicène : redéfinir la neutralité de genre dans le discours

Un adjectif épicène est un adjectif non fléchi en genre, que l’on n’accorde pas, en somme, tel que jaune, rouge, apte, respectable, magnifique, etc. De cette typicité grammaticale est issu un langage non sexiste, valorisant l’emploi de termes dont la forme est la même au masculin et au féminin.

  1. Les néopronoms et les ajustements orthographiques : intégrer la non binarité au langage

Les communautés queers font preuve d’une créativité fascinante et participent de l’évolution constante de la langue française. Ont ainsi été créés différents pronoms personnels sujets, qui peuvent aussi être utilisés en compléments, dont les plus courants sont iel, ielle, ou yel, qui s’accordent en nombre, mais l’on retrouve également ille, ellui, ol, olle, ul, ulle, ael, aël, æl. Il est absolument essentiel de s’assurer que l’on emploie le pronom choisi par la personne avec qui l’on interagit ou dont on parle – se tromper peut arriver, auquel cas, on se corrige, on remercie la personne qui nous le fait remarquer, et on continue, en faisant attention. Il existe également des contractions inclusives telles que cellui, celleux, ceuxes, touste, touxe, toustes. Outre les pronoms, le terme fxmme est parfois utilisé pour désigner toutes les femmes, que leur sexe assigné à la naissance soit féminin ou non. Ce terme est emprunté de l’anglais womxn, né de cette même volonté d’inclure les personnes trans et non binaires.


Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à consulter les ouvrages :

  • Bernard Cerguiglini. 2018. Le/la ministre est enceinte – ou la grande querelle de la féminisation des noms. Paris : Éditions du Seuil.
  • Éliane Viennot. 2014. Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française. Donnemarie-Dontilly : Éditions iXe.
  • Éliane Viennot. 2018. Le langage inclusif : pourquoi, comment. Donnemarie-Dontilly : Éditions iXe.
  • Éliane Viennot, Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger et Anne-Marie Houdebine. 2016. L’Académie contre la langue française : le dossier féminisation. Donnemarie-Dontilly : Éditions iXe.
  • Maria Candea et Laélia Veron. 2019. Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique. Paris : Éditions La Découverte.
  • Suzanne Zaccour et Michaël Lessard (dir). 2017. Dictionnaire critique du sexisme linguistique. Montréal : Éditions Somme Toute.

Boîte à outils n°3 | L’antiracisme, guide pour s’allier

Si l’on ne fait pas partie de la solution, c’est que l’on fait partie du problème : il n’existe pas de zone grise dans le positionnement à l’égard du racisme.

Cinq règles

  1. L’antiracisme est une lutte quotidienne de longue haleine : en aucun cas il ne doit s’agir d’une doctrine à la mode que l’on affiche sur les réseaux sociaux pour appartenir au camp du bien ou se donner bonne conscience.
  2. Être bien intentionné·e est une chose, avoir conscience de l’impact réel de son comportement est en une autre.
  3. Agir plutôt que ressentir passivement culpabilité, tristesse et compassion. D’une part, l’empathie peut rapidement devenir le piège de la facilité en permettant de se dédouaner, d’autre part, s’accaparer la charge émotionnelle de ce qui tue autrui tout en nous bénéficiant, est pour le moins déplacé. 
  4. Toujours, toujours, toujours s’interroger sur ce qui motive ou détermine un schéma de pensée. « Pourquoi pensé-je cela ? » et « pourquoi penses-tu cela ? » devraient être des moteurs de réflexions personnelles et conjointes.
  5. Entendre les critiques, admettre ses erreurs, les partager, mais ne plus les reproduire.

Cinq étapes

  1. Reconnaître activement ses privilèges afin de les remettre en question tout en les utilisant pour créer des opportunités pour celles et ceux qui subissent le racisme structurel.
  2. S’informer activement sans attendre de quiconque qu’iel nous éduque, tout en apprenant à écouter et, surtout, se taire.
  3. Engager activement le dialogue, quitte à sortir de sa zone de confort et confronter – le racisme n’est pas une opinion.
  4. Soutenir activement les initiatives et entreprises des personnes noires, par le don, l’investissement, la promotion.
  5. Dénoncer activement les violences et demander des comptes aux représentant·es politiques.

Les comptes à suivre

Anglophones

Francophones

Livres, séries et films

D’autres ressources ont été brillamment compilées par Sarah Sophie Flicker et Alyssa Klein, ainsi que @house9 – sans doute certaines ressources vont-elles se répéter.

Boîte à outils n°2 | Bibliographie (non exhaustive)

Encyclopédies et dictionnaires

  • Lorraine Code. 2000. Encyclopedia of Feminist Theory. London/New York : Routledge.
  • Bonnie G. Smith. 2008. The Oxford Encyclopedia of Women in World History. Oxford University Press.
  • Nancy A. Naples. 2016. The Wiley Blackwell encyclopedia of gender and sexuality studies.
  • Abbie Goldberg. 2016. The SAGE Encyclopedia of LGBTQ Studies.

Introduction et vulgarisation

  • Louise Toupin. 1998. « Les courants de pensée féministe ». Qu’est que le féminisme? Trousse d’information sur le féminisme québécois des vingt-cinq dernières années. Montréal : Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine.
  • Margaret Walters. 2005. Feminism: A Very Short Introduction. Oxford : Oxford University Press.
  • Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.
  • Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Paris : Éditions Amsterdam. 

Ouvrages de référence

  • Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard. 2015. Introduction aux études sur le genre (2è édition). Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur.
  • Sarah Gamble. 2006. The Routledge Companion to Feminism and Postfeminism. Taylor & Francis e-Library.

Ouvrages théoriques essentiels

  • Olympe de Gouges. 1791. Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Plusieurs éditions disponibles.
  • Mary Wollstonecraft. 1792. A Vindication of the Rights of Woman / Défense des droits des femmes. Plusieurs éditions disponibles.
  • Simone de Beauvoir. 1949. Le deuxième sexe. Plusieurs éditions disponibles.
  • Betty Friedan. 1963. The Feminine Mystique / La femme mystifiée. Plusieurs éditions disponibles.
  • Germaine Greer. 1970. The Female Eunuch / La Femme eunuque. Plusieurs éditions disponibles.
  • Kate Millet. 1970. Sexual Politics / La Politique du mâle. Plusieurs éditions disponibles.
  • Louky Bersianik. 1976. L’Euguélionne. Montréal : Typo.
  • bell hooks. 1981. Ain’t I a Woman: Black Women and Feminism / Ne suis-je pas une femme ? : Femmes noires et féminisme. Plusieurs éditions disponibles.
  • Judith Butler. 1990. Gender Trouble / Trouble dans le genre. Plusieurs éditions disponibles.
  • Françoise Héritier. 1996. Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris : Odile Jacob.
  • Angela Davis. 1981. Women, Race and Class / Femmes, race et classe. Plusieurs éditions disponibles.
  • Christine Delphy. 1999. L’ennemi principal. Paris : Éditions Syllepse.
  • Anne Fausto-Sterling. 2000. Sexing the Body: Gender Politics and the Construction of Sexuality. New York : Basic Books.
  • Stephen Whittle et Susan Stryker. 2006. The Transgender Studies Reader. New York : Routledge.
  • 2008. Black Feminism. Anthologie du féminisme africain-américain : 1975-2000. Paris : L’Harmattan. 
  • Danielle Chabaud-Rychter. 2010. Sous les sciences sociales, le genre. Relectures critiques, de Max Weber à Bruno Latour. Paris : La Découverte.

Bibliographies

  • Christine Bard, Annie Metz et Valérie Neveu. 2006. Guide des sources de l’histoire du féminisme: de la Révolution française à nos jours. Rennes : Presse Universitaire de Rennes.
  • ViVa Bibliography of Women’s History. International Institute of Social History.

Bases de données

Revues francophones

  • Atlantis: Études critiques sur le genre, la culture, et la justice sociale (bilingue)
  • Cahiers du CEDREF
  • Cahiers du Genre
  • Cahiers du Grif
  • Clio – Femmes, Genre, Histoire
  • Comment s’en sortir – Études féministes, queer et postcoloniales
  • EuGeStA (études de genre dans l’Antiquité)
  • Genre, Éducation, Formation
  • Genre en séries : cinéma, télévision, médias
  • Genre et Histoire
  • Genre, sexualité, société
  • GLAD! Langage, genre, sexualité.
  • Lectures du genre
  • Miroir-miroirs : revue des corps contemporains
  • Nouvelles Questions Féministes
  • Point[s] d’accroche – Pensées plurielles féministes autour du genre, du sexe et des sexualités
  • Revue interdisciplinaire francophone d’études féministes
  • Travail, genre, et sociétés

Revues internationales anglophones

  • Atlantis: Critical Studies in Gender, Culture & Social Justice (bilingue)
  • Canadian Women Studies – Les Cahiers de la femme
  • European Journal of Politics and Gender
  • European Journal of Women’s Studies
  • Feminist Africa
  • Gender and Education
  • Gender and History
  • Gender & Society
  • Genders
  • Généros
  • International Journal of Gender, Science and Technology
  • Journal of Gender Studies
  • Journal of GLBT Family Studies
  • MP – Online feminist Journal
  • Nora – Nordic Journal of Feminist and Gender Research
  • Signs
  • Women’s History Review
  • Pour en savoir plus

Boîte à outils n°1 | Ressources LGBTQI+

Outils

Québec

France

Belgique

Suisse

Union Européenne