Le(s) féminisme(s) lesbien(s) et la deuxième vague

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Le féminisme lesbien s’inscrit dans la mouvance radicale des années 1970 et redéfinit le lesbianisme non plus en tant qu’orientation sexuelle mais plutôt comme outil politique permettant de sortir de l’oppression hétéropatriarcale. Il permettra notamment de mettre en lumière les enjeux du travail domestique, mais également de l’éducation et de la garde des enfants, ainsi que de la contraception. Toutefois, le mouvement n’est guère uniforme, tant de chaque côté de l’Atlantique, que dans le positionnement à l’égard du séparatisme ; car, si certaines femmes lesbiennes postulaient la nécessité de s’extraire de la société au travers du projet de l’utopie lesbienne, soit l’accession à un système en-dehors des cadres normatifs et des oppressions, d’autres en récusaient la radicalité.

Les États-Unis

Il est essentiel de garder à l’esprit qu’aux États-Unis, dans les années 1960, si les femmes  lesbiennes étaient nombreuses au sein du mouvement féministe hégémonique, elles étaient volontairement mises à l’écart, pour autant, aux côtés des hommes gays, elles faisaient face au sexisme et à l’iniquité ; autrement dit, elles étaient d’un côté rejetées en raison de leur orientation sexuelle, et, de l’autre, à cause de leur sexe et de leur genre. Il n’est donc pas étonnant de trouver, dans un premier temps, une multitude de militantes lesbiennes alliées des femmes racisées, étant également invisibilisées parce qu’à l’intersection de deux systèmes d’oppression – quoique cette alliance fut de courte durée. 

En 1970 paraît le « Woman-Identified Woman », manifeste des Radicalesbians (auparavant connues sous le nom de Lavender Menace, en référence à Betty Friedan), qui marque l’avènement politique du mouvement. Les autrices soutiennent que le lesbianisme est essentiel au mouvement féministe, en tant qu’il permet de s’extraire de la définition et de la validation par les hommes. Deux ans plus tard, Charlotte Bunch rédige « Lesbians in Revolt », article soulignant l’erreur commise par les hommes : en définissant le lesbianisme comme un acte sexuel et les lesbiennes comme de fausses femmes, ils se révèlent incapables d’envisager les femmes autrement qu’en tant qu’objet sexuel fait pour leur propre satisfaction. Ainsi, l’autrice affirme que le lesbianisme met à mal la domination masculine, tant idéologique et individuelle que politique et économique, puisque les femmes n’ont alors plus besoin des hommes, et sortent, de fait, de l’infériorité créée par les rapports de pouvoir hétéropatriarcaux. L’année suivante paraît Lesbian Nation: The Feminist Solution, écrit par Jill Johnston. Il s’agit alors de récuser le couple monogame hétérosexuel en ce qu’il assigne de manière permanente la femme à résidence et entretient l’injonction à la féminité (et ce qu’elle implique). La même année est lancée la première revue théorique féministe lesbienne, Quest: a feminist quarterly, par Charlotte Bunch et Rita Mae Brown, qui publiera pendant dix ans – quelques années plus tôt, en 1969, avait été lancé Feminary: A Feminist Journal for the South Emphasizing the Lesbian Vision, qui abordait les enjeux des femmes lesbiennes au sein du féminisme, toutefois, ce n’est qu’en 1978 que les éditrices ont décidé de se concentrer exclusivement sur ces enjeux, en publiant, entre autres, des entrevues, de la poésie, et des critiques littéraires.

En 1976 un tribunal international populaire a lieu à Bruxelles, condamnant les crimes contre les femmes. Plusieurs témoignages portent alors sur l’expérience de femmes lesbiennes et les conséquences de leur orientation sexuelle : indigence, emprisonnement, neurochirurgie, torture, exil. L’un des crimes reconnus est celui de la « compulsory heterosexuality », soit l’hétérosexualité forcée. Quatre ans plus tard, Adrienne Rich en fait un concept essentiel à la théorie féministe lesbienne, le définissant comme le présupposé – omniprésent dans l’ensemble des productions culturelles et intellectuelles – selon lequel les femmes doivent choisir les hommes comme partenaires amoureux et sexuels. Elle souligne que ce raisonnement fallacieux est à l’origine de la destruction volontaire de tout ce qui renseignait historiquement la réalité des relations lesbiennes, entraînant ainsi le sentiment d’une absence de choix, et permettant de maintenir l’hétérosexualité comme mode de vie – et punir les femmes désireuses de s’opposer à cette injonction.

Puisque le lesbianisme devient une identité politique de rupture, il se trouve des codes, notamment vestimentaires, s’enracinant dans le rejet de la féminité ainsi que du matérialisme, en tant qu’incarnation du privilège. La tenue à adopter est alors « cheveux courts, jeans, bottes utilitaires et chemises à carreaux ». Les militantes désirent se distancier des figures de la butch et de la femme, la première étant perçue comme s’identifiant aux codes et rôles masculins, la seconde aux codes et rôles féminins, perpétuant ainsi les schémas hétéropatriarcaux, et minant, de fait, les résolutions et luttes du mouvement. Ce rejet des codes de genre qui motivent l’hétéronormativité est alors partagé par les mouvements gays, et constitue le fer de lance de No Turning Back: Lesbian and Gay Liberation of the ‘80s, de Gerre Goodman, George Lakey, Judy Lashof et Erika Thorne. 

Toutefois, le milieu des années 1980 a vu naître des remises en question et critiques globales du féminisme lesbien, principalement par les exclues du courant hégémonique, qu’il s’agisse des femmes racisées ou des femmes des classes populaires, en raison de son idéalisation des liens et rapports entre les femmes. Car, la promotion de cette connexion empêchait de voir les structures de pouvoir intragenres. Il ne tarda donc pas à se fracturer – fracture accélérée par l’éclosion de la crise du VIH/SIDA. Ainsi, de nombreuses femmes lesbiennes rejoignirent les mouvements des minorités sexuelles – d’abord LGB, puis LGBT, enfin LGBTQ -, mais, leurs enjeux spécifiques furent rapidement et silencieusement assimilés à des revendications qui ne leur étaient pas propres. Les controverses à ce sujet ont été nombreuses, et de multiples autrices et auteurs ont récusé l’incompatibilité entre les théories queer et les objectifs du féminisme lesbien ; cependant, aujourd’hui, ce courant féministe n’est plus guère en vogue, accusé d’être soit « rétrograde » (Walters), soit trop « politiquement correct » (Cooper).

La France

Si les féministes lesbiennes ont été essentielles au sein du Mouvement de Libération des Femmes, créé en 1970, la constitution d’un mouvement féministe lesbien, ou lesbianisme politique, est un peu plus tardive, constituant alors autant un rupture qu’un prolongement du féminisme matérialiste. « La pensée straight » et « On ne naît pas femme », parus en 1980 et écrits par Monique Wittig, en sont les deux articles fondateurs. Elle réfléchit alors à la construction culturelle – et symbolique – des rapports entre les genres, se faisant dans l’opposition et l’altérité, dont l’interprétation par les hommes crée la domination masculine. Et, puisque les rapports entre les genres relèvent des rapports entre les classes – se trouvent ici les bases matérialistes du courant – les rapports hétérosexuels relèvent de la collaboration entre les classes (la référence à l’occupation allemande étant volontaire). Or, cela participe du maintien des structures de pouvoir dont il faut s’extraire, c’est pourquoi seules les lesbiennes et les gays, en tant qu’ils ne sont, respectivement, ni femmes ni hommes puisque non inscrits dans ces rapports de pouvoir qui créent les catégories, peuvent s’opposer au patriarcat et le démanteler.

Ce courant n’a eu que peu d’adeptes au sein du féminisme matérialiste, et ses opposantes récusaient l’idée de collaboration entre les classes, y voyant, au contraire, une lutte. Sans compter qu’on lui reprochait de fuir plutôt que de confronter, et de fournir un solution individuelle plutôt que collective : il ne s’agissait pas tant de démanteler le patriarcat que de vivre en dehors de celui-ci.


Adrienne Rich. 1980. « Compulsory heterosexuality and lesbian existence ». Signs: Journal of women in culture and society 5 (n°4) : 631-660.

Charlotte Bunch. 1975. « Lesbians in revolt ». Lesbianism and the Women’s Movement 1 : 29-37. 

Charlotte Cooper. 2003. « Swing it baby! ». Journal of Bisexuality 3 (3/4) : 87-92.

Elise Chenier. 2015. « Lesbian Feminism ». GLBTQ Encyclopedia.

Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, et Anne Revillard. 2015. Introduction aux études sur le genre (2è édition). Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur.

Monique Wittig. 1980. « La pensée straight ». Questions Féministes (n°7) : 45-53.

Sonja J. Ellis et Elizabeth Peel. 2010. « Lesbian feminisms: Historical and present possibilities ». Feminism & Psychology 21(n°2) : 198-204.

Suzanna Danuta Walters. 1996. « From here to queer: Radical feminism, postmodernism, and the lesbian menace (or why can’t a woman be more like a fag?) ». Signs: Journal of Women in Culture and Society 21 (n°4) : 830-869.

Charge émotionnelle, charge mentale, charge morale

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En cette période de pandémie et de confinement, à l’instar des tensions conjugales et des violences, la charge mentale des femmes a pour le moins augmenté, alors même qu’elles occupent majoritairement les emplois de première ligne. Plus précisément, selon l’ONU, 70% des emplois du secteur médical et des services sociaux sont occupés par des femmes, et elles exécutent trois fois plus de travail invisible (non rémunéré) que les hommes. Il semble donc pertinent de faire le point sur le sujet.

Quelques articles et enquêtes :

À noter que ces concepts s’appliquent généralement aux couples/ménages cisgenres hétérosexuels monogames. La répartition des tâches domestiques – et ce que cela implique – chez les couples LGBTQI+ est moins abordée dans la littérature scientifique, et surtout, elle l’est depuis moins longtemps. Généralement, les couples de même sexe répondent à ce que les sociologues anglophones ont nommé une « éthique égalitaire« . Les explications souvent invoquées sont la similarité des processus de socialisation ou la suppression de la dimension genrée des tâches. Toutefois, l’élément clé demeure le rejet des scripts hétéronormatifs et la possibilité de les réécrire, notamment par la négociation – ce qui peut d’ailleurs créer beaucoup de pression. Qui plus est, d’autres facteurs viennent créer des déséquilibres ou des rapports de domination, à l’instar de la santé ou de l’échelon social en fonction de la profession.

Il est communément admis que la répartition des tâches ménagères tend vers une plus grande égalité. Il s’agit en réalité d’une interprétation hasardeuse des chiffres. Si l’on prend le cas français, qui ne fait sans doute pas exception, en 2010, les femmes accordaient 184 minutes par jour aux tâches domestiques, contre 252 en 1985. Pour les hommes, il s’agissait de 114 minutes en 1985 contre 105 en 2010. Autrement dit, l’écart est passé de 138 minutes à 79 minutes, sachant que les femmes y passent 68 minutes de moins qu’avant. En somme, les hommes ne réalisent pas plus de tâches ménagères qu’avant : la proportion de leur implication augmente parce que le temps consacré par les femmes diminue, et ce principalement grâce aux avancées technologiques et aux modifications des habitudes de consommation – sans compter la délégation du travail domestique, instaurant un nouveau rapport d’exploitation. Ainsi, le temps passé à cuisiner, s’occuper du linge et coudre a grandement diminué – plus précisément, 35 minutes de moins pour la cuisine, 10 minutes pour le linge, et 15 minutes pour la couture, soit une heure. Pour plus de détails, consultez « 25 ans de participation des hommes et des femmes au travail domestique : quels facteurs d’évolutions ? » par Clara Champagne, Ariane Pailhé, et Anne Solaz.

La charge émotionnelle

En 1983, Arlie R. Hochschild publie The Managed Heart, un ouvrage sociologique sur les émotions, mais il faudra attendre 2017 pour qu’il soit traduit en français. L’autrice forge alors le concept de travail émotionnel, renvoyant à « l’acte par lequel on essaie de changer le degré ou la qualité d’une émotion ou d’un sentiment », et ce en fonction des conventions sociales. Sont analysées tant la sphère professionnelle que la sphère domestique, mais également les structures au sein desquelles ce travail se déploie. Ses analyses lui permettant également de conceptualiser la double journée, avec le premier quart de travail professionnel, suivi du deuxième quart familial, auxquels s’ajoutera finalement le troisième quart, celui du travail émotionnel de culpabilisation des mères qui travaillent. À noter que le troisième quart de travail peut également renvoyer au travail sexuel, inclus dans la charge mentale – à la fois à travers la disponibilité, le souci du désir de l’autre, mais également la contraception et les injonctions esthétiques.

Il apparaît rapidement que ce travail émotionnel se trouve être genré, et que la charge repose principalement sur les femmes. Ainsi, en 1986, le concept est employé par England et Farkas, renvoyant à l’empathie, à la capacité de ressentir les émotions d’autrui comme s’il s’agissait des nôtres. Or, selon les normes sociales, ce travail là est typiquement féminin, ce qui crée, de fait, un déséquilibre au sein des couples hétérosexuels. La charge émotionnelle correspond donc au souci constant du bien-être d’autrui, dans tout ce que cela implique d’anticipation, de responsabilisation, de crainte, et pèse avant tout sur les épaules des femmes. Il existe un réel coût psychologique à ce déséquilibre, qui augmente le risque de dépression chez les femmes, auquel s’ajoute le risque d’implosion du couple, en ce que l’expérience maritale s’en trouve plus conflictuelle.

Nb: la littérature scientifique anglophone différencie « emotional labour » et « emotional work », le premier étant rémunéré, le deuxième ne l’étant pas.

La charge mentale

Très simplement, la charge mentale renvoie à l’organisation en amont de l’exécution des tâches. Il s’agit d’un travail encore plus invisible que le travail domestique, et, de fait, particulièrement difficile à quantifier. C’est à Monique Hainault que l’on doit ce concept, développé en 1984, au travers de la réflexion sur la double journée des femmes – dans le prolongement des revendications des années 1970 mais en se départissant de la réflexion factuelle sur le partage des tâches. Il s’agissait de comprendre la superposition des espaces et des temporalités dans le quotidien des femmes, en ce qu’elles restent en partie à la maison lorsqu’elles sont au travail, et inversement, tout en gardant à l’esprit la prégnance de l’imaginaire collectif et la pression induite par les représentations de la perfection domestique. De l’analyse ressort l’idée d’une reproduction quotidienne des rapports sociaux d’exploitation et de domination en raison de la « non séparabilité » des sphères domestiques et professionnelles pour les femmes, opposée à l’imperméabilité des sphères dans le quotidien des hommes.

Ainsi, la charge mentale s’inscrit dans la performativité du genre, puisque les injonctions domestiques relèvent des injonctions de genre qui, répétées quotidiennement, nous créent en même temps que nous les créons.

La charge morale

Plus récent, ce concept découle de la charge mentale mais s’inscrit dans le cadre de la responsabilité écologique. D’une part, les modifications des modes de vie et de consommation, qui allègent le fardeau domestique des femmes, se font au détriment de l’environnement, créant un dilemme aussi délicat qu’inopérant. D’autre part, les choix écoresponsables relevant de l’alimentation, des produits ménagers, du zéro déchet, bref, de l’ensemble des sphères domestiques affectées par la prise de conscience écologique impliquant une transition, de fait, leur incombent et ajoutent pression et réflexion supplémentaires. Sans compter l’association fallacieuse entre le fait de prendre soin – ici, de la planète – et de la féminité, soit l’éthique du care, mais également les répercussions des stéréotypes de genre, pour ne pas dire la masculinité toxique, sur les comportements verts. Car, si, au siècle dernier, l’on se moquait des hommes sensibles aux enjeux écologiques, ils évitent aujourd’hui d’adopter des comportements qui pourraient être associés à la féminité, et, par extension, à l’homosexualité. Se trouvent ainsi imbriqués nombre de terribles stéréotypes de genre qui nuisent à la fois aux êtres humains et à la planète.


Outils et ressources


Aaron R. Brough, James E. B. Wilkie, Jingjing Ma, Mathew S. Isaac, David Gal. 2016. « Is eco-friendly unmanly? The green-feminine stereotype and its effect on sustainable consumption ». Journal of Consumer Research 43 (n°4) : 567-582.

Abbie E. Goldberg. 2013. « Doing and Undoing Gender: The Meaning and Division of Housework in Same‐Sex Couples ». Journal of Family Theory & Review 5 (n°2) : 85-104.

Arlie Russell Hochschild. 1983. The Managed Heart: The Commercialization of Human Feeling. Berkeley : The University of California Press.

Arlie Russel Hochschild. 1997. The Time Bind : When Work Becomes Home and Home Becomes Work. Henry Holt & Company.

Arlie Russell Hochschild. 2003. « Travail émotionnel, règles de sentiments et structure sociale ». Travailler 1 (n° 9) : 19-49.

Cécile Thomé, Julien Bernard, et Nicolas Amadio. 2017. « La sociologie des émotions autour des travaux d’Arlie Hochschild ». Séminaire Re/Lire les sciences sociales, ENS de Lyon. compte-rendu de l’ouvrage

Janet K. Swim, Ashley J. Gillis, et Kaitlynn J. Hamaty. 2020. « Gender bending and gender conformity: the social consequences of engaging in feminine and masculine pro-environmental behaviors. » Sex Roles 82 (n°5-6) : 363-385.

Jérôme Courduriès. 2011. Être en couple (gay) : Conjugalité et homosexualité masculine en France. Lyon : PUL.

Lyndall Strazdins et Dorothy H. Broom. 2004.  « Acts of love (and work) : gender imbalance in emotional work and women’s psychological distress ». Journal of Family Issues 25 (n°3) : 356-378.

Michel Bozon. 2009. « 1. Comment le travail empiète et la famille déborde : différences sociales dans l’arrangement des sexes », dans Ariane Pailhé (dir.) Entre famille et travail. Des arrangements de couple aux pratiques des employeurs. Paris, La Découverte, « Recherches » : 29-54. 

Monique Haicault. 1984. « La gestion ordinaire de la vie en deux ». Sociologie du Travail 26 (n°3) : 268-277.

Paula England et George Farkas. 1986. Households, employment, and gender. NewYork : Aldine.

Les femmes racisées et la deuxième vague

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Le féminisme multiracial est souvent associé à la troisième vague, or, jamais la deuxième vague n’aurait été la même sans le Black Power Movement – enraciné dans le mouvement pour les droits civiques – et les combats des femmes racisées. D’une part, parce que le Black Power Movement a profondément inspiré le Women’s Liberation Movement, soit l’ancrage militant américain de la seconde vague du féminisme ; d’autre part, parce que les femmes engagées dans le mouvement Black Power, y ayant subi discriminations et harcèlement, ont été parmi les premières à fonder des groupes féministes radicaux, à intervenir en leur sein, ou encore à rédiger des essais sur la double discrimination race/genre – l’on pense par exemple à Cellestine Ware, Florynce Kennedy, Patricia Robinson, Frances M. Beale, Barbara Omolade, Daphne Busby, ou encore Safiya Bandele. Ainsi, nombre de femmes racisées récusaient l’accès à l’égalité dans un système d’oppressions multiples, où les discriminations liées au genre étaient indissociables de celles liées à la race et la classe sociale. Qui plus est, une grande majorité ne se reconnaissaient pas dans le féminisme hégémonique de l’époque – teinté d’une homogénéité problématique, n’ayant guère conscience de l’entrecroisement des systèmes d’oppression ou les ignorant tout simplement -, ainsi qu’ont pu en témoigner Angela Davis ou Audre Lorde ; car, le privilège blanc et ses répercussions concrètes tant sur les expériences quotidiennes des femmes que sur leur place et leur visibilité dans les revendications et discours, empêchaient les alliances interraciales au sein des mouvements féministes.

Des féministes blanches ont pu tenter de théoriser les implications du racisme, mais ces analyses théoriques n’allaient généralement pas de pair avec leur expérience pratique, en ce qu’elles côtoyaient rarement des femmes racisées. Winifred Breines, théoricienne et militante de la deuxième vague, a ainsi écrit qu’en ne se connaissant pas, il était impossible de construire ensemble le mouvement. D’autres femmes blanches, dont les figures de prou étaient souvent juives ou lesbiennes, c’est-à-dire appartenant à des minorités discriminées – et ce au sein même des mouvements féministes -, se sont cependant véritablement ralliées à la cause, afin de déconstruire ce privilège. Les combats féministes antiracistes se sont d’ailleurs déroulés au péril de la liberté des militantes, qui ont très souvent été arrêtées ou emprisonnées, telles que Naomi Jaffe, Marilyn Buck ou Laura Whitehorn.

Ainsi, si le début de la deuxième vague est marqué par une certaine unité apparente, en témoigne le fameux slogan en faveur de la sororité, elle se désagrègera dès la fin des années 1970. Il est également intéressant de noter que la décennie 1980 est généralement vue comme le creux de la deuxième vague, alors même qu’elle coïncide avec les mobilisations des militantes antiracistes et l’avènement des femmes racisées comme « nouveau sujet politique ».

Chronologie indicative et figures de prou

La Third World Women’s Alliance, fondée en 1971, regroupaient les femmes afro-américaines, latino-américaines, et asio-américaines, dans l’objectif de combattre à la fois le sexisme, le racisme et l’impérialisme. Elle deviendra par la suite l’Alliance Against Women’s Oppression.

Le féminisme noir

  • 1970 : Toni Cade, The Black Woman: An Anthology
  • 1972 : Shirley Chisholm se porte candidate aux élections présidentielles
  • 1973 : National Black Feminist Organization
  • 1974 : Combahee River Collective
  • 1977 : Maxine Hong Kingston, The Woman Warrior
  • 1979 : Conditions: Five: The Black Women’s Issue
  • 1981 : This Bridge Called My Back: Writings by Radical Women of Color
  • 1981 : Angela Davis, Women, Race and Class
  • 1981 : bell hooks, Ain’t I a Woman
  • 1983 : Barbara Smith, Home Girls: A Black Feminist Anthology
  • 1983 : Mab Segrest cofonde le North Carolinians Against Racist and Religious Violence et y travaille jusqu’en 1990 (elle en fera le sujet de Memoir of a Race Traitor, publié en 1995)

Le féminisme chicana

Le développement de la pensée féministe chicana s’est fait dans un cadre d’analyse similaire à celui des femmes noires, soit l’imbrication des discriminations de genre, de race, et de classe sociale, avec la volonté de comprendre la manière dont leur expérience – en tant que femmes racisées – était modulée par les structures sociales. La complexité du combat réside en ce que la cellule familiale, véritable outil de résistance au sein du mouvement chicano des années 1970, auquel les femmes ont pris part, consistait également en une source d’inégalités au sein même de la communauté. Qui plus est, les hommes du mouvement estimaient que le féminisme chicana renforcerait leur combat, leur place au sein de la société, mais ils ne leur firent guère la place nécessaire dans leurs rangs. Est ainsi né un dialogue, relevant à la fois du féminisme et du « nationalisme culturel » (Alma M. Garcia), visant à ré-établir la place des femmes chicana tant au niveau national que communautaire.

  • 1970 : National Chicana Conference
  • 1971 : Hijas de Cuauhtemoc
  • 1972 : Mirta Vidal, Chicanas Speak Out – Women: New Voice of La Raza
  • 1973 : Encuentro Femenil
  • 1974 : Ana Nieto-Gomez, La Feminista
  • 1974 : Mexican American Women’s National Association
  • 1981 : This Bridge Called My Back: Writings by Radical Women of Color – notamment Cherrie Moraga et Gloria Anzaldua
  • 1983 : Cherrie Moraga, Loving in the War Years/lo que nunca paso por sus labio

Voir également : Martha Cotera, Francisca Flores, Enriqueta Longeaux y Vásquez.

Le féminisme des femmes d’origine asiatique

Les femmes asio-américaines, dans la mouvance des années 1960, ont impulsé la création de plusieurs organisations leur permettant de gagner en visibilité et de se construire une identité politique particulière, en réfléchissant à leur place au sein de la société, mais également au sein de leurs communautés. Toutefois, les initiatives ont été plus sporadiques et moins durables que celles des femmes noires et chicanas, en raison d’un manque crucial de financement et de soutien – sans compter certaines valeurs familiales prégnantes, telles que la loyauté, la primeur de l’intérêt collectif, ainsi que l’ensemble des stéréotypes exotiques véhiculés par l’orientalisme, comme la passivité ou la docilité, alimentant d’ailleurs des fantasmes masculins, auxquels les militantes ont pu se heurter. Outre les organisations créées au sein des universités, l’on peut citer :

  • 1971 : Asian Sisters (qui deviendra la Asian American Political Alliance)
  • 1976 : Organization of Pan Asian American Women
  • Asian American Women United

Le féminisme autochtone

L’étude du féminisme autochtone a cela de particulier que le colonialisme de peuplement et ses implications patriarcales et chrétiennes ont fait évoluer les rapports de genre différemment selon les communautés. Toutefois, au début des années 1970, il existe un mouvement clair de ralliement aux revendications des femmes racisées, dans l’objectif, d’une part, de décentrer le féminisme hégémonique blanc, d’autre part, de contester le patriarcat au sein des communautés.

  • 1968 : American Indian Movement
  • 1970 (décennie) : stérilisation forcée des femmes autochtones
  • 1974 : Women of All Red Nations (Janet McCloud, Madonna Thunderhawk, Phyllis Young, Lorelei DeCora Means) 
  • 1975 : assassinat d’Anna Mae Aquash
  • 1984 : Minnesota Indian Women’s Resource Center
  • 1985 : Indigenous Women’s Network
  • 1985 : Wilma Mankiller devient la première cheffe de la Nation Cherokee

Alma M. Garcia. 1989. « The Development of Chicana Feminist Discourse, 1970-1980 ». Gender and Society 3 (n°2) : 217-238.

Andrea Smith. 2011. « Indigenous feminism without apology ». Unsettling Ourselves: Reflections and Resources for Deconstructing Colonial Mentality. En ligne.

Ariane Vani Kannan. 2018. « The Thirld World Women’s Alliance: History, Geopolitics, and Form ». Syracuse University. 

Esther Ngan-Ling Chow. 1987. « The Development of Feminist Consciousness Among Asian American Women ». Gender & Society 1 (n°3) : 284-299.

Esther Ngan-Ling Chow. 1992. « The Feminist Movement: Where Are All the Asian American Women? ». US-Japan Women’s Journal (n°2) : 96-111.

Jarvie Grant et Joseph Maguire. 2002. Sport and leisure in social thought. Routledge : London et New York.

Mario T. Garcia. 1997. Chicana Feminist Thought: The Basic Historical Writings. Psychology Press.

Nancy A. Hewitt. 2005. A Companion to American Women’s History. Hoboken : Wiley-Blackwell.

Rosalyn Baxandall. 2001. « Re-Visioning the Women’s Liberation Movement’s Narrative: Early Second Wave African American Feminists ». Feminist Studies 27 (n°1) : 225-245.

Susan Archermann et Douglas J. Huffman. 2005. « The Decentering of Second Wave Feminism and the Rise of the Third Wave ». Science & Society 69 (n°1) : 56-91.

Verta Taylor et Nancy Whittier. 1997. « The New Feminist Movement ». Dans Laurel Richardson, Verta Taylor, et Nancy Whittier, Feminist Frontiers IV. New York: McGraw-Hill. 

Wini Breines. 2002. « What’s Love Got to Do with It? White Women, Black Women, and Feminism in the Movement Years ». Signs: Journal of Women in Culture and Society 27 (n°4) : 1096-1133.

Le genre et les identités de genre

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S’informer favorise à la fois la compréhension et l’acceptation, mais stimule également le soutien. Cependant, l’on ne saurait tomber dans l’écueil de l’injonction à la pédagogie. Autrement dit, poser des questions auprès des personnes concernées est une démarche saine si elle demeure raisonnable et respectueuse. Dès lors que l’on attend de quelqu’un qu’iel nous éduque, l’on tend à adopter un comportement oppressif, en présupposant dangereusement que l’information nous est due. Dans un contexte d’accessibilité de l’information, il demeure préférable d’entreprendre, avant toute chose, une démarche personnelle de renseignement.


Tout d’abord, notons qu’il est essentiel de ne pas confondre sexe et genre.

  • le sexe dit biologique renvoie à la fois au sexe anatomique, au sexe chromosomique, et au sexe hormonal, tous trois inscrits dans le système binaire homme/femme ; toutefois, si, dans la majorité des cas, ces trois dimensions s’alignent, les personnes intersexuées présentent des variations dans ces caractéristiques ;
  • le sexe assigné à la naissance n’est autre que la case officiellement cochée en fonction de l’apparence des organes génitaux externes ;
  • le genre consiste quant à lui en l’expression des caractéristiques attribuées au sexe, c’est-à-dire aux attentes socioculturelles.

Les conceptions du genre

Les réflexions des mouvements des femmes ont toujours, et nécessairement, été articulées autour des attentes et des contraintes liées à leur sexe. Cependant, la séparation philosophique et sociologique – si ce n’est ontologique – entre le sexe et le genre est attribuée à Simone de Beauvoir, lorsqu’elle a écrit que l’on ne naît pas femme, on le devient ; autrement dit, la féminité – et tout ce qui en découle – relève d’un apprentissage conditionné plutôt qu’une manière innée d’être. C’est dans les années 1970 que cette séparation sera approfondie, principalement par les féministes anglophones.

La conception essentialiste

L’essentialisme conçoit le genre comme un attribut permanent et indissociable d’une personne, autrement dit, il est interne et indépendant des facteurs socioculturels et contextuels. L’essence est souvent associée à la biologie – la nature -, mais elle ne s’y résume pas.

La conception constructiviste

Au contraire, le constructivisme conceptualise le genre comme un produit externe, c’est-à-dire qu’il est une construction sociale dictant la manière adéquate d’agir et d’interagir pour chaque sexe.

La conception performative

L’on doit cette approche à Judith Butler, dans le prolongement de la réflexion constructiviste. Ainsi, elle envisage à la fois le sexe et le genre comme des construits sociaux, partant du principe que le corps n’est sexué que parce que le genre est actualisé continuellement. Butler fait ici appel au concept linguistique de performativité, qui renvoie, grossièrement, aux énoncés qui se réalisent immédiatement par le simple fait d’être prononcés. Par exemple, à la naissance d’un enfant, en prononçant « c’est une fille » ou « c’est un garçon », l’on ne crée pas (l’on n’actualise pas) la même réalité. En somme, il n’existe des sexes que parce qu’il existe des genres, et les genres n’existent que par la répétition des pratiques et performances sociales qui les constituent. Ce faisant, l’on crée le genre autant qu’il nous crée.

Les identités de genre

À l’instar de l’orientation sexuelle, l’identité de genre est un spectre sur lequel l’individu se situe, et il est indispensable de respecter l’identification propre à chacun·e – notamment au travers des pronoms, parfois des prénoms, avec lesquels iels sont à l’aise et se reconnaissent. Il est également essentiel de garder à l’esprit qu’orientation sexuelle et identité de genre sont indépendantes.

  • Cisgenre : se dit d’une personne dont le genre est conforme au sexe assigné à la naissance
  • Transgenre : se dit d’une personne dont le genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance
    • Dysphorie de genre : sentiment de discordance entre son sexe et son genre, à l’origine d’une grande détresse (il s’agit également d’une entrée dans le DSM-5, soit de la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association Américaine de Psychiatrie)
    • Transexuel·le : se dit d’une personne transgenre ayant entrepris une transition sociale et parfois médicale afin de changer de sexe et aligner leur genre et leur apparence
    • Drag (queen/king) : se dit d’une personne adoptant temporairement le code vestimentaire stéréotypé de l’autre genre, généralement de manière exagérée et dans le cadre d’une prestation artistique
    • Travesti·e : se dit d’une personne adoptant le code vestimentaire de l’autre genre, sans lien avec son identité de genre ou l’expression de son genre
  • Agenre/de genre neutre : se dit d’une personne ne s’identifiant à aucun genre ou à aucun genre spécifique
  • Bigenre : se dit d’une personne s’identifiant aux deux genres (féminin et masculin)
  • Pangenre/omnigenre : se dit d’une personne dont l’identité de genre correspond à tous les genres
  • Androgyne : se dit d’une personne exprimant des traits typiques des deux genres
  • Genderfluid/de genre fluide : se dit d’une personne dont le genre fluctue sur le spectre
  • Genderqueer/non-binaire : se dit d’une personne dont le genre se situe hors du spectre, remettant ainsi en cause le système binaire traditionnel

L’identité de genre comme source de discriminations

  • Cisnormativité : système de pensée normatif binaire à l’origine de la marginalisation des personnes trans
  • Cissexisme : découle de la cisnormativité ; perception qu’être cisgenre relève de la norme et que l’identité de genre est naturellement alignée avec le sexe assigné à la naissance, menant à la négation ou l’ignorance volontaire des autres identités, et dictant les comportements sociaux par le truchement de l’ensemble des institutions
  • Transphobie : comportement motivé par la peur ou l’aversion menant à la discrimination directe ou indirecte – jusqu’à la violence – à l’égard de toute personne en dehors du schéma binaire homme/masculin et femme/féminin

Ressources

Deux outils complémentaires permettent une meilleure compréhension :


Audrey Baril. 2007. « De la construction du genre à la construction du « sexe » : les thèses féministes postmodernes dans l’oeuvre de Judith Butler ». Recherches féministes 20 (n°2) : 61-90.

Harriet Dyer. 2019. The Queeriodic Table. London : Summersdale Publishers.

Janis S. Bohan. 1993. « Regarding Gender : Essentialism, Constructionism, and Feminist Psychology ». Psychology of Women Quarterly 17 : 5-21.

Judith Butler. 1999. Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity. Routledge : New-York/London.

Stevi Jackson. 1999. « Théoriser le genre : l’héritage de Beauvoir ». Nouvelles Questions Féministes 20 (n°4) : 9-28.

Robert L. Crooks et Karla Baur. 2017. Nos sexualités : 3è édition. Montréal : Modulo.

Les orientations sexuelles

Temps de lecture : 4 minutes


S’informer favorise à la fois la compréhension et l’acceptation, mais stimule également le soutien. Cependant, l’on ne saurait tomber dans l’écueil de l’injonction à la pédagogie. Autrement dit, poser des questions auprès des personnes concernées est une démarche saine si elle demeure raisonnable et respectueuse. Dès lors que l’on attend de quelqu’un qu’iel nous éduque, l’on tend à adopter un comportement oppressif, en présupposant dangereusement que l’information nous est due. Dans un contexte d’accessibilité de l’information, il demeure préférable d’entreprendre, avant toute chose, une démarche personnelle de renseignement.


Définir l’orientation sexuelle

Le concept d’orientation sexuelle repose traditionnellement sur quatre piliers :

  • le désir ou l’attirance sexuel·le ;
  • le comportement sexuel ;
  • le sentiment amoureux ;
  • l’auto-identification.

Les outils de mesure et d’identification

L’échelle de Kinsey

La grille de Klein

Lexique des orientations sexuelles

Nota bene : l’autoidentification est une composante importante de l’orientation sexuelle, qu’il est essentiel de respecter. Il est possible que les définitions présentées ici ne coïncident pas toujours avec celles qu’en ont certains sujets, ce qui n’invalide ni leur vécu, ni les concepts eux-mêmes, qui tentent avant tout d’en saisir la signification globale.

  • Hétérosexualité : attirance romantique/émotionnelle et sexuelle pour les personnes du sexe opposé
  • Homosexualité : attirance romantique/émotionnelle et sexuelle pour les personnes du même sexe
    • gay : homme attiré par les hommes
    • lesbienne : femme attirée par les femmes
  • Bisexualité : attirance sexuelle pour les personnes du sexe opposé et les personnes du même sexe
    • biromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour les personnes du sexe opposé et les personnes du même sexe, allant de pair ou non avec la bisexualité
    • bisexualité performative : situation où une femme hétérosexuelle cisgenre a des contacts sexuels avec une ou d’autres femmes en présence d’hommes hétérosexuels cisgenres dans des contextes privés ou semi privés sexualisés (fêtes étudiantes, regroupements, bars, etc.) dans l’objectif d’être validée sexuellement
  • Pansexualité/omnisexualité : attirance sexuelle pour tous les sexes et toutes les identités de genre
    • panromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour tous les sexes et toutes les identités de genre, allant de pair ou non avec la pansexualité
  • Polysexualité : attirance sexuelle pour tous les sexes ou toutes les identités de genre
    • polyromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour tous les sexes et toutes les identités de genre, allant de pair ou non avec la polysexualité
  • Allosexualité/queer : identité en dehors de la binarité traditionnelle ou des étiquettes prédéfinies et en dehors du spectre de l’asexualité
    • La première occurence de l’adjectif queer date de 1508, le terme renvoyant alors péjorativement à quelqu’un sortant de la norme, avant de prendre un sens véritablement insultant, relatif à la différence, à l’étrangeté, sans qu’une définition fixe ne soit retenue. C’est en 1895, lors du procès d’Oscar Wilde, qu’il prend une dimension homophobe, et devient un élément incontournable de la rhétorique haineuse. Toutefois, presqu’un siècle plus tard, les activistes LGBTQ+ se le réapproprieront. En 1990 est fondée la Queer Nation, alertant et sensibilisant aux violences commises contre la communauté, donnant ainsi au terme une dimension politique et symbolique. Il englobe dorénavant l’ensemble des identités non conformes, et permet de sortir du carcan binaire du genre et de la sexualité – d’aucuns le privilégient, pour cette raison, à l’acronyme LGBT.
  • Asexualité : absence d’attirance sexuelle pour qui que ce soit
    • hétéroromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour les personnes du genre opposé
    • homoromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour les personnes du même genre
  • Aromantisme : absence d’attirance romantique/émotionnelle pour qui que ce soit
  • Fluidité sexuelle : variation temporelle ou contextuelle dans l’attirance sexuelle ou romantique et l’auto-identification à une orientation sexuelle

L’orientation sexuelle comme source de discriminations

  • Hétéronormativité : système de pensée normatif binaire présupposant l’alignement du sexe/du genre/de l’orientation sexuelle, excluant et discriminant toute personne se situant en dehors de ce cadre
  • Hétérosexisme : découle de l’hétéronormativité ; perception de l’hétérosexualité comme norme – voire comme étant supérieure – menant à la négation ou l’ignorance volontaire des autres identités ou orientations et dictant les comportements sociaux par le truchement de l’ensemble des institutions
  • Homophobie : comportement motivé par la peur ou l’aversion menant à la discrimination directe ou indirecte – jusqu’à la violence – à l’égard de toute personne ne correspondant pas aux critères hétéronormés
    • lesbophobie : discrimination des personnes lesbiennes
    • biphobie : discrimination des personnes bisexuelles
    • transphobie : discrimination des personnes trans
    • sérophobie : discriminations des personnes séropositives
    • homophobie intériorisée : culpabilité, honte, ou haine de soi-même ressentie par une personne homosexuelle et inculquée par le système hétéronormatif

Ressources


Breanne, Fahs. 2009. « Compulsory bisexuality? : The challenges of modern sexual fluidity. » Journal of Bisexuality 9 (n°3-4) : 431-449.

Harriet Dyer. 2019. The Queeriodic Table. London : Summersdale Publishers.

Mains BSL.

Randall L. Sell. 1997. « Defining and measuring sexual orientation: A review. » Archives of sexual behavior 26 (n°6) : 643-658.

Robert L. Crooks et Karla Baur. 2017. Nos sexualités : 3è édition. Montréal : Modulo.