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Avant « le féminisme » : des voix isolées mais conscientes
Les prises de position en faveur d’une meilleure place des femmes dans la société ne datent pas d’hier. On en trouve déjà des traces dans la littérature de la Grèce antique, notamment chez Sappho. D’autres voix apparaissent ensuite au fil des siècles : au Moyen Âge avec Hildegarde de Bingen ou Christine de Pizan, puis à la Renaissance avec Louise Labé, Marie de Gournay, Mary Ward ou encore Mary Astell.
Ces textes ont longtemps été présentés comme des interventions isolées, ne reflétant pas encore un mouvement collectif conscient de lui-même. Pourtant, il serait trompeur de croire que ces autrices exprimaient leurs critiques ou leurs revendications par hasard. Les nombreuses querelles ayant opposé, tout au long de l’histoire, les défenseur·es et les opposant·es à l’évolution du statut des femmes montrent bien que ces prises de position étaient déjà perçues comme politiques.
Le tournant des Lumières
C’est pourquoi le siècle des Lumières et les révolutions qui l’accompagnent sont souvent considérés comme le point de départ du féminisme en tant que mouvement. À cette époque, les revendications s’inscrivent dans un contexte plus large : celui de la montée du libéralisme politique et de l’affirmation des droits individuels.
Parmi les figures les plus souvent associées à cette période, on retrouve Olympe de Gouges en France et Mary Wollstonecraft en Angleterre, toutes deux connues pour leurs textes publics revendiquant l’égalité des droits.
Aux États-Unis, Abigail Adams, épouse et conseillère du futur président John Adams, a également exercé une influence importante. Elle défendait l’idée d’une représentation plus juste des femmes dans les processus législatifs et d’un accès égal à l’éducation. Son héritage repose toutefois surtout sur une correspondance privée publiée après sa mort, plutôt que sur des écrits explicitement destinés à l’espace public.
Les « vagues » du féminisme
La métaphore des « vagues du féminisme », aujourd’hui largement utilisée pour raconter l’histoire du mouvement, est souvent attribuée à l’article The Second Feminist Wave publié en 1968 par Martha Weinman Lear dans le New York Times Magazine. Pourtant, la chercheuse Elizabeth Sarah rappelle que l’expression circulerait déjà autour de 1920.
On distingue aujourd’hui le plus souvent quatre grandes vagues, même si leurs frontières chronologiques restent discutées :
- Première vague : de la fin du XVIIIᵉ siècle à la Seconde Guerre mondiale
- Deuxième vague : des années 1950 aux années 1990
- Troisième vague : des années 1990 aux années 2010
- Quatrième vague : depuis les années 2010
Une histoire à élargir
Les figures mentionnées plus haut appartiennent toutefois à une histoire longtemps dominante du féminisme. Cette construction du récit laisse peu de place aux femmes non blanches, aux ouvrières, aux paysannes ou aux femmes réduites en esclavage, qui ont pourtant elles aussi formulé des revendications et mené des luttes que l’on qualifierait aujourd’hui de féministes.
Comprendre l’histoire du féminisme implique donc aussi de revisiter ces récits, d’en interroger les angles morts et de redonner une place à des expériences et à des voix longtemps marginalisées.
Antonio González Alcaraz. 1987. « Le débat féministe à la renaissance ». Estudios románicos 4 : 453-460.
Béatrice Alonso et Éliane Viennot. 2004. Louise Labé 2005. Saint-Étienne : PUSE, coll. « l’école du genre ».
Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.
Divina Frau-Meigs. 2018. « Les armes numériques de la nouvelle vague féministe ». The Conversation. En ligne.
Martha Rampton. 2019. « Four Waves of Feminism ». Pacific University.
René Doumic. 1898. « Revue littéraire : Le féminisme au temps de la Renaissance ». Revue des Deux Mondes 149 (4) : 921-932.
Sarah Gamble. 2006. The Routledge Companion to Feminism and Postfeminism. Taylor & Francis e-Library.
Merci pour cet éclairage clair et concis.
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