François Poulain de la Barre (1647-1723)

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Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie. – Citation reprise par Simone de Beauvoir en exergue du premier tome du Deuxième Sexe

Philosophe cartésien du 17ᵉ siècle, François Poulain de la Barre est aujourd’hui considéré comme un précurseur de la Révolution française et l’un des premiers penseurs à avoir défendu l’égalité entre les femmes et les hommes. Longtemps oublié, il est redécouvert au début du 20ᵉ siècle par l’historien Henri Piéron, qui retrouve plusieurs de ses ouvrages à la Bibliothèque nationale de France. L’un d’eux n’avait jamais été consulté, tandis qu’un autre ne l’avait été que trois fois, preuve de l’oubli dans lequel son œuvre était tombée.

Entre 1673 et 1675, Poulain de la Barre publie trois traités consacrés à la question des femmes. Bien accueillis à l’époque, réédités et traduits de son vivant, ils suscitent également de nombreux débats dans une société encore peu prête à remettre en cause les hiérarchies entre les sexes :

Dans ces ouvrages, il critique à la fois les discours ouvertement misogynes et les formes de féminisme mondain qui se développent dans certains cercles littéraires du 17ᵉ siècle. Pour lui, la question des femmes doit être abordée avant tout sur le plan philosophique et théologique, plutôt que dans une perspective politique ou sociale.

Un « cartésianisme social »

Inspiré par la pensée de René Descartes, Poulain de la Barre applique la méthode du doute et l’usage de la raison à l’analyse des rapports entre les sexes. Sa thèse tient en une formule devenue emblématique : « l’Esprit n’a point de Sexe ».

Selon lui, les femmes et les hommes possèdent la même faculté de raisonner. Les différences observées ne proviennent donc pas de la nature, mais de l’éducation, des habitudes sociales et des préjugés. Il rejette notamment l’idée selon laquelle le cerveau des femmes et des hommes fonctionnerait différemment. La seule différence qu’il admet, c’est leur rôle respectif dans la procréation.

Poulain de la Barre critique également les juristes et les penseurs de son époque qui présentent la domination masculine comme une loi naturelle. Pour lui, cette hiérarchie résulte plutôt d’habitudes et de conditionnements culturels. Il élargit même cette réflexion aux questions de rang social et de race, montrant que les préjugés peuvent prendre des formes multiples.

Au-delà de la critique philosophique, il formule des revendications concrètes, notamment en faveur de l’accès des femmes à l’éducation et aux savoirs. Sur ce point, sa pensée fait écho aux arguments développés par Christine de Pizan dans son Livre de la Cité des Dames (1405). Ses écrits annoncent également les revendications qui deviendront centrales dans les mouvements féministes du 19ᵉ siècle.


Henri Grappin. 1913. « Notes sur un féministe oublié: le cartésien Poullain de La Barre ». Revue d’Histoire littéraire de la France 20 (n°4) : 852-867. 

Martina Reuter. 2019. « François Poulain de la Barre ». The Stanford Encyclopedia of Philosophy.

Michael A. Seidel. 1974. « Poulain De La Barre’s The Woman as Good as the Man ». Journal of the History of Ideas 35 (n°3) : 499-508.

Siep Stuurman. 1998. « L’égalité des sexes qui ne se conteste plus en France: feminism in the seventeenth century ». Dans Tjitske Akkerman et Siep Stuurman (dir.), Perspectives on Feminist Political Thought in European History From the Middle Ages to the Present. New York/London : Routledge : 67-84.

© Crédit image : Lapham’s Quarterly

Une réflexion sur “François Poulain de la Barre (1647-1723)

  1. Clair et concis.
    Je ne connaissais de François Poulain de la Barre, que son nom…cité à l’occasion de lecture sur les salons littéraires. Merci pour cet éclairage qui me donne envie d’en savoir plus sur cet homme.

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