Boîte à outils n°14 | Féminisme et élection présidentielle française

Les élections présidentielles françaises auront lieu dans moins de vingt jours. Les enjeux féministes sont devenus particulièrement saillants dans la sphère discursive française, mais les moyens ne sont guère alignés avec les prétentions rhétoriques. Quatre femmes sont actuellement candidates (Nathalie Arthaud, Anne Hidalgo, Marine Le Pen, Valérie Pécresse), face à huit hommes, pour succéder à Emmanuel Macron. L’appartenance de genre n’équivaut toutefois bien évidemment pas au soutien, ou non, des causes féministes – loin de là. Par ailleurs, l’auto-identification au féminisme ne signifie pas toujours grand chose, surtout lorsqu’on y accole des adjectifs tels qu’universaliste. Dès lors, comment y voir un peu plus clair ?

Les résumés et analyses des programmes

Les programmes complets en lien avec les enjeux féministe ou de genre

Les programmes sans partie dédiée spécifiquement à la lutte contre les inégalités et les violences

Pour plus d’informations

  • Consultez le comparateur de programmes établi par le journal Le Monde
  • Prenez connaissance du Rapport rédigé par Oxfam concernant le bilan du quinquennat Macron
  • Mettez en perspective ces informations avec le concept de féminisme d’État

Féminisme et relations internationales

Temps de lecture : 3 minutes


« Alors que l’histoire conventionnelle des disciplines suggère que le féminisme est arrivé tardivement aux relations internationales, nous soutenons que la discipline est arrivée tardivement au féminisme » (Tickner et True 2018). En effet, les théories féministes se déploient dans l’ensemble des champs de la science politique ; toutefois, il existe toujours un décalage entre l’implication des femmes et des féministes dans un domaine et leur intégration dans les disciplines concernées. Les perspectives féministes – le pluriel est important, plusieurs théories concurrentes existent – ont émergé en relations internationales dans les années 1980. Ainsi, un premier colloque a été organisé en 1988 à la London School of Economics, mais c’est au cours de la décennie suivante qu’elles ont gagné en importance. Battistella et ses collègues rappellent ainsi que la revue International Feminist Journal of Politics n’existe que depuis 1999 (2019, 347).

L’intégration tardive du féminisme à la discipline des relations internationales résulte en grande partie de la défiance mutuelle entre les deux approches. Car, les féministes récusaient le portrait du monde dressé par les RI, là où celles-ci étaient incapables de saisir la contribution des femmes à la politique internationale autant qu’elles étaient ontologiquement et méthodologiquement (notamment dans le cas de l’école dite réaliste) inadaptées à la prise en compte des enjeux de genre (Battistella et al. 2019). Dans un premier temps, les féministes en RI ont ré-évalué le rôle et l’implication historiques des femmes dans les lieux du pouvoir de la scène internationale, avant de développer leur propre conception de la discipline, en en redéfinissant les enjeux centraux et en posant de nouvelles questions (Buskie 2013).

La critique du réalisme

Le réalisme centre sa structure théorique sur la manière dont l’État cherche à obtenir le pouvoir et à défendre ses intérêts nationaux contre d’autres États concurrents dans une anarchie mondiale ou en l’absence d’une autorité supérieure à celle de l’État. Les États recherchent la sécurité par le biais d’un équilibre des pouvoirs sur la scène internationale, principalement par des moyens militaires, et en recourant à la guerre, si nécessaire. Les réalistes considèrent généralement l’État comme l’acteur clé de la politique internationale et minimisent – ou, comme l’affirme la théorie féministe, ignorent – le rôle de l’individu.

Tricia Ruiz (2005)

Les critiques féministes de cette école, telles que résumées par Tricia Ruiz, sont les suivantes :

  • Le rôle de l’État est surévalué, il convient plutôt de réfléchir aux modalités de sa constitution et la manière dont cela influe sur sa politique étrangère ;
  • La conception du pouvoir est inexacte, elle s’ancre dans une société patriarcale et empêche de le concevoir dans une perspective de coopération et de paix, qui plus est, l’intérêt national ne relève pas nécessairement de l’accroissement du pouvoir du pays concerné ;
  • L’individu n’étant pas pris en compte dans l’analyse, les femmes – et donc les théories féministes – en sont d’autant plus exclues.

La critique du libéralisme

Contrairement au réalisme, la théorie libérale met l’accent sur le rôle de l’individu plutôt que sur celui de l’État. Au lieu de considérer l’anarchie et la lutte pour le pouvoir comme une caractéristique essentielle de la politique mondiale, ces théoriciens mettent plutôt l’accent sur une lutte pour le consensus international comme élément central pour expliquer les relations internationales. Les outils des libéraux comprennent le libre-échange, l’éducation et les institutions internationales, pour protéger et promouvoir les intérêts économiques et civils de l’individu.

Tricia Ruiz (2005)

Les critiques féministes de cette école, telles que résumées par Tricia Ruiz, sont les suivantes :

  • Le libre-échange international est à l’origine d’inégalités économiques, notamment de genre ;
  • Les indicateurs économiques invisibilisent le travail des femmes ;
  • Capitalisme et patriarcat sont intimement liés ;
  • Les institutions internationales ne sont pas les outils les plus efficaces pour atteindre l’égalité.

L’apport du féminisme intersectionnel

L’intersectionnalité appliquée aux RI a permis, d’une part, de mieux comprendre l’absence, au sein de la discipline, des femmes et notamment des femmes minorisées et issues des Suds ; d’autre part, de faire advenir une perspective plus individuelle/individualisante, qui met l’accent sur la façon dont l’expérience du croisement des oppressions et de leur reconfiguration façonnent la manière dont on envisage et vit la politique internationale (Ackerly et True 2008 ; Battistella et al. 2019).

En conclusion

Les critiques féministes des relations internationales mettent de l’avant la construction masculine de la discipline et de ses concepts ; cependant, cette construction a un impact direct sur la conduite des affaires internationales. La redéfinition des termes implique donc la redéfinition de la politique elle-même. Ce faisant, les féministes militent pour une réelle prise en compte des enjeux de genre, des inégalités et des relations de pouvoir qui structurent les affaires internationales, mais également pour une conduite plus éthique, notamment à travers la perspective du care (True 2017).


Pour aller plus loin :

  • Cynthia Cockburn. 1999. « Les relations internationales ont un genre. Le dialogue social en Europe ». Travail, genre et sociétés 2 (n°2) : 111-137.
  • Elisabeth Prügl. 2015. « Les apports féministes aux relations internationales ». Dans Verschuur, Christine, et al. (dir.), Sous le développement, le genre. Marseille : IRD Éditions, 213-236.
  • J. Ann Tickner. 1988. « Hans Morgenthau’s Principles of Political Realism: A Feminist Reformulation ». Millennium 17(n°3):429-440.

Alexandra Buskie. 2013. « How Significant is Feminism’s Contribution to IR? ». E-International Relations. En ligne.

Brooke Ackerly et Jacqui True. 2008. « An Intersectional Analysis of International Relations: Recasting the Discipline ». Politics & Gender 4 (n°1): 156–73.

J.-Ann Tickner et Jacqui True. 2018. « A Century of International Relations Feminism: From World War I Women’s Peace Pragmatism to the Women, Peace and Security Agenda ». International Studies Quarterly 62 (n°2): 221–233.

Jacqui True. 2017. « Feminism and Gender Studies in International Relations Theory ». Dans Robert A. Denemark et Renée Marlin-Bennett (dir.), The International Studies Encyclopedia. Oxford : Blackwell Publishing.

Tricia Ruiz. 2005. « Feminist theory and international relations: the feminist challenge to realism and liberalism ». Soundings Journal : 1-7.

La Journée internationale des droits des femmes

Temps de lecture : 3 minutes


Pour ne pas faire d’anachronisme, le choix a été fait de conserver femme au singulier. Toutefois, cet emploi est problématique, en ce qu’il sous-entend l’unicité du vécu des femmes autant qu’il essentialise les expériences.


La tradition de la Journée internationale des femmes était bien, au départ un choix sectaire, pour lequel féminisme et socialisme étaient exclusifs l’un de l’autre.

Françoise Picq (2000, 163)

L’origine militante

L’histoire de la célébration du 8 mars n’a pas toujours été claire. Longtemps associée à la grève/manifestation des couturières/chemisières new-yorkaises de 1857, il s’est avéré, à la fin des années 1970, que cet événement n’avait jamais eu lieu. En réalité, c’est à Clara Zetkin que l’on doit l’idée d’une célébration annuelle d’une journée des femmes, proposée en août 1910, lors de la IIème Conférence Internationale des femmes socialistes de Copenhague. Cette proposition est adoptée à l’unanimité, et l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, et la Suisse soulignent pour la première fois cette journée quelques mois plus tard, le 19 mars 1911 (date choisie en commémoration des Révolutions de 1848 et de la Commune de Paris). Plus d’un million de femmes et d’hommes se réunissent alors pour demander le droit de vote des femmes, ainsi que leur droit à travailler et à exercer des fonctions officielles. Toutefois, moins d’une semaine plus tard, le 25 mars, près de 150 travailleuses meurent dans l’incendie de l’usine new-yorkaise Triangle Shirtwaist : les portes de l’usine étaient verrouillées pour ne pas que les travailleuses partent avant la fin de leur journée. Cet événement tragique est un tournant dans la législation du travail, alors qu’il met en lumière l’exploitation des femmes ouvrières et renforce les liens entre luttes féministes et ouvrières. Par la suite, des femmes russes organisent des événements clandestins pour célébrer la Journée internationale des ouvrières lors du dernier dimanche de février 1913 (selon le calendrier julien). D’autres rassemblements se tiennent ailleurs en Europe : le 2 mars en France (au même moment qu’en Russie, mais selon le calendrier grégorien), le 9 mars en Autriche, en Hongrie, en République tchèque, en Suisse, et aux Pays-Bas, puis le 12 mars en Allemagne. En 1917, le 23 février/8 mars, une grève des femmes est organisée à Pétrograd/Saint Petersbourg. Il s’agit pour Kolontaï et Trotsky du premier jour de la Révolution. En 1921, Lénine en fera officiellement la Journée internationale des femmes. Il faut attendre la seconde vague féministe des années 1960 pour que cette date soit de nouveau célébrée, notamment avec la manifestation de Berkeley en 1969. Deux ans plus tard, le Front de libération des femmes du Québec organise une grande manifestation pour l’avortement libre et gratuit. Et, en 1975, le MLF proteste contre l’institutionnalisation et la récupération des combats féministes par les Nations Unies.

Pour en savoir plus :

L’origine institutionnelle

Deux ans après l’adoption de la Charte qui affirme le principe d’égalité entre les genres se tient, du 10 au 24 février 1947, la première session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (créée en 1946). Deux décennies plus tard, l’Assemblée générale adopte la Déclaration sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (à ne pas confondre avec la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes adoptée en 1979, plus communément appelée CEDAW, du nom du comité qui veille à son application). L’article premier estime ainsi que la discrimination de genre constitue une « atteinte à la dignité humaine », et l’article 3 stipule que « toutes mesures appropriées doivent être prises pour éduquer l’opinion publique et inspirer dans tous les pays le désir d’abolir les préjugés et de supprimer toutes pratiques, coutumières et autres, qui sont fondées sur l’idée de l’infériorité de la femme ». Puis, au cours de l’année 1970, plusieurs résolutions portent sur la lutte contre les inégalités. Finalement, en 1972, lors de la séance plénière du 18 décembre, l’Assemblée générale proclame l’année 1975 Année internationale de la femme. Au cours de cette fameuse année 1975, les Nations Unies célèbrent officiellement pour la première fois la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars. Qui plus est, du 19 juin au 2 juillet, la première Conférence mondiale sur les femmes est organisée au Mexique et un Plan d’action mondial est adopté. Quelques mois plus tard, sur recommandation de cette conférence, la Décennie des Nations Unies pour la femme (1976-1985) est proclamée par l’Assemblée générale, et un Fonds de contributions volontaires est mis en place pour financer la création d’un Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme. En 1977, au cours de la séance plénière du 16 décembre, l’Assemblée générale invite « tous les États à proclamer, comme il conviendra en fonction de leurs traditions et coutumes historiques et nationales, un jour de l’année Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ».

Pour en savoir plus :


Testez vos connaissances avec le quiz du Conseil du statut de la femme !


8 mars info. En ligne.

Françoise Picq. 2000. « Journée internationale des femmes : à la poursuite d’un mythe ». Travail, genre et sociétés 1 (n°3) : 161-168.

International Women’s Day. « History of International Women’s Day ». En ligne.

Nations Unies. 1972. « Résolutions adoptées sur les rapports de la Troisième Commission ». En ligne.

Nations Unies. 1977. « Résolutions adoptées par l’Assemblée générale à la 32ème session ». En ligne.

1973. « La Déclaration des Nations Unies sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et son application ». Revue internationale de droit comparé 25 (n°3) : 694-698.

1977. « Décennie des Nations Unies pour la femme : égalité, développement et paix ». Les Cahiers du GRIF (n°17-18) : 91.

Le Mouvement de Libération des Femmes (France)

Temps de lecture : 5 minutes


Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui n’avons pas d’histoire, depuis la nuit des temps, les femmes, nous sommes le continent noir. Levons-nous femmes esclaves et brisons nos entraves ! Debout ! Debout ! Asservies, humiliées, les femmes, achetées, vendues, violées, dans toutes les maisons, les femmes, hors du monde reléguées. Seules dans notre malheur, les femmes, l’une de l’autre ignorée, ils nous ont divisées, les femmes, et de nos sœurs séparées. Le temps de la colère, les femmes, notre temps est arrivé. Connaissons notre force, les femmes, découvrons-nous des milliers !

Hymne du MLF

L’histoire du Mouvement de Libération des Femmes est complexe, parcourue de désaccords et de tensions. La date marquant sa naissance fait elle-même débat : octobre 1968, comme l’a défendu Antoinette Fouque, ou 197O, ainsi que l’a écrit Françoise Picq ? La plupart des militantes sont en faveur de la deuxième option. En effet, selon Christine Delphy, la re-naissance du mouvement féministe français (1991, 137), se serait faite en plusieurs étapes au cours de cette année 1970. La sociologue en retrace quatre fondamentales : « la parution de l’article « Combat pour la libération de la femme » dans L’idiot International daté de Mai 1970; une manifestation à l’Université de Vincennes, tenue le 21 Mai 1970, dans laquelle on voit pour la première fois des affiches et banderoles portant les mots « Libération des femmes, année 0 »; la manifestation à l’Arc de Triomphe, organisée en solidarité avec la grève des féministes américaines, le 20 Août 1970; enfin, la publication d’un numéro spécial de la revue Partisans, intitulé « Libération des femmes, année 0 », en Novembre 1970 » (1991, 138).

Ainsi, au cours de l’année 1970, le mouvement se structure. D’abord à travers la décision, prise à Vincennes, de la non mixité, puis à travers les différentes réunions, notamment l’Assemblée générale aux Beaux-Arts à la rentrée de septembre, et les publications, tel que le bulletin mis en place en novembre, suivi d’un journal menstruel – et non mensuel parce qu’irrégulier – en 1971 (Pavard, Rochefort et Zancarini-Fournel 2020, 277). Les principales actions marquant le début du Mouvement ont été le rassemblement du 26 août 1970 dénonçant l’invisibilisation historique des femmes, l’irruption, en février 1971, dans une émission de radio en direct, présentée par Ménie Grégoire et consacrée à l’homosexualité – alors qualifiée de « douloureux problème » – pour « réclamer la liberté« , ainsi que le soutien à différentes grèves (Pavard et al. 2020, 281-282).

Par ailleurs, l’enjeu de l’avortement – alors condamné depuis la loi de 1920 – est central dans la constitution et les revendications du MLF. Faisant suite au Manifeste des 343, un appel à la prise de parole est publié par le Mouvement pour l’avortement libre dans le journal menstruel du MLF, Le Torchon brûle. Au moins de novembre, l’une des plus grandes manifestations féministes est organisée. Presqu’un an plus tard se tient le premier procès de Bobigny, où Gisèle Halimi, fondatrice de l’association Choisir, défend une jeune adolescente de seize ans ayant avorté après avoir été violée. Les membres de Choisir et du MLF manifestent alors devant le tribunal pour enfants. La victime est relaxée. Le second procès de Bobigny a lieu un mois plus tard, jugeant cette fois-ci les complices de l’affaire. Elles sont condamnées à de légères peines. À partir de 1973, l’enjeu de l’avortement dépasse clairement le seul MLF : l’association de Gisèle Halimi se formalise, et les militantes du MLF émettent alors de nombreuses critiques à son encontre, puis est créé le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, qui ne fait pas consensus non plus – Choisir perçoit l’association comme concurrente et les militantes du MLF « refusent de participer à une association déclarée en préfecture et qui réintroduit les hommes » (Pavard et al. 2020, 291).

En 1974, alors qu’est créé le secrétariat d’État à la Condition féminine, confié à Françoise Giroud – qui récuse le terme féministe -, le MLF estime qu’il s’agit d’une cooptation institutionnelle à l’origine d’une dépolitisation de la cause (Pavard et al. 2020, 334). Car, le MLF ne s’inscrit pas dans une tradition réformiste, et l’autonomie à l’égard du politique constitue son ADN militante. Les membres lancent à cette même époque une grève des femmes, qui doivent cesser leur travail salarié, mais également tout travail domestique. Certaines militantes lancent également La Ligue du droit des femmes, présidée par Simone de Beauvoir et visant à « dénoncer sous toutes ses formes la discrimination sexe, défendre les femmes et les informer de leurs droits actuels, entreprendre toute action pour promouvoir un Droit nouveau des femmes » (Albistur et Armogathe 1977, 460). En parallèle de cette action de terrain, des ailes féminines sont créées au sein de plusieurs partis politiques de gauche et syndicats, de même que des groupes de lutte des femmes sur l’ensemble du territoire métropolitain. L’année suivante, la Loi n°75-17 du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de la grossesse, dite loi Veil, est votée. 1975 est également déclarée Année internationale de la femme par les Nations Unies. Dans ce contexte inédit d’institutionnalisation du mouvement féministe, la décennie 1970 s’achève toutefois sur des conflits internes menaçant l’existence du MLF, notamment lorsqu’en 1979 « Antoinette Fouque et d’autres déclarent une association loi 1901 portant le nom de MLF et déclarent le MLF à l’INPI en tant que marque » (Pavard 2020). Les dissensions ne sont alors plus négligeables, des récits concurrents se mettent en place, et la sororité se délite progressivement (Pavard 2020). Qui plus est, l’épuisement du souffle révolutionnaire au début des années 1980 est commun à l’ensemble de la mouvance ayant suivi les événements et l’ébullition de mai 1968 (Leibovici 2003, 141).


Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel. 2020. Ne nous libérez pas, on s’en charge; Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Paris : La Découverte.

Christine Delphy. 1991. « Les Origines Du Mouvement de Libération Des Femmes En France ». Nouvelles Questions Féministes (n°16/18): 137-148.

Maïté Albistur et Daniel Armogathe. 1977. Histoire du féminisme français du Moyen-Âge à nos jours. Paris: Éditions des femmes.

Marie Kirschen et Bibia Pavard. 2020. « Le MLF a été une rupture politique radicale ». Les Inrockuptibles. En ligne.

Martine Leibovici. 2003. « L’appel du temps – retour sur le Mouvement de Libération des Femmes ». Tumultes 1 (n°20): 119-142.

Espace de la cause des femmes

Temps de lecture : 2 minutes


L’espace de la cause des femmes est un concept que l’on doit à Laure Bereni, développé dans sa thèse de doctorat, publiée en 2007. Ce concept s’appuie sur celui d’espace des mouvements sociaux élaboré par Lilian Mathieu dans un article publié la même année et défini comme « un univers de pratique et de sens relativement autonome à l’intérieur du monde social, et au sein duquel les mobilisations sont unies par des relations d’interdépendance ».

Ainsi, l’espace de la cause des femmes renvoie dans un premier temps à « l’ensemble des collectifs – et leurs participantes – qui luttent au nom des femmes et pour les femmes, quels que soient les termes de la lutte et la sphère dans laquelle elle se déploie » (2007, 23), avant qu’il ne soit spécifié et entendu comme la « configuration des sites de mobilisation pour la cause des femmes dans une pluralité de sphères sociales » (2012, 28). Les collectifs appartenant à cet espace doivent répondre à deux caractéristiques : œuvrer au nom des femmes et pour les femmes (2007, 25). Qui plus est, il existe au sein même de l’espace de la cause des femmes différentes mouvances en fonction des clivages idéologiques externes transposés dans un espace nécessairement transversal et hétérogène (2007, 27).

Définir le militantisme en ces termes permet de prolonger les concepts de mouvement des femmes et de mouvements féministes en sortant de la dichotomie traditionnelle entre institutionnel et non institutionnel, affinant ainsi la sociologie des mouvements sociaux. Car, les actrices luttant pour la cause des femmes traversent souvent les frontières des différents milieux (plus ou moins) militants, qu’il s’agisse de l’administration publique, du milieu associatif, des partis politiques, du monde académique, etc. – ainsi qu’a pu le montrer Lee Ann Banaszak dans son ouvrage incontournable The Women’s Movement Inside and Outside the State (Cambridge University Press).


Laure Bereni. 2007. De la cause à la loi. Les mobilisations pour la parité politique en France (1992-2000). Thèse de doctorat en science politique. Université Panthéon-Sorbonne, Paris I.

Laure Bereni. 2012. « Penser la transversalité des mobilisations féministes : l’espace de la cause des femmes ». Dans Christine Bard (dir.), Les féministes de la deuxième vague. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Lilian Mathieu. 2007. « L’espace des mouvements sociaux ». Politix 77, (n°1) : 131-151.