Le Mouvement de Libération des Femmes (France)

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Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui n’avons pas d’histoire, depuis la nuit des temps, les femmes, nous sommes le continent noir. Levons-nous femmes esclaves et brisons nos entraves ! Debout ! Debout ! Asservies, humiliées, les femmes, achetées, vendues, violées, dans toutes les maisons, les femmes, hors du monde reléguées. Seules dans notre malheur, les femmes, l’une de l’autre ignorée, ils nous ont divisées, les femmes, et de nos sœurs séparées. Le temps de la colère, les femmes, notre temps est arrivé. Connaissons notre force, les femmes, découvrons-nous des milliers !

Hymne du MLF

L’histoire du Mouvement de Libération des Femmes est complexe, parcourue de désaccords et de tensions. La date marquant sa naissance fait elle-même débat : octobre 1968, comme l’a défendu Antoinette Fouque, ou 197O, ainsi que l’a écrit Françoise Picq ? La plupart des militantes sont en faveur de la deuxième option. En effet, selon Christine Delphy, la re-naissance du mouvement féministe français (1991, 137), se serait faite en plusieurs étapes au cours de cette année 1970. La sociologue en retrace quatre fondamentales : « la parution de l’article « Combat pour la libération de la femme » dans L’idiot International daté de Mai 1970; une manifestation à l’Université de Vincennes, tenue le 21 Mai 1970, dans laquelle on voit pour la première fois des affiches et banderoles portant les mots « Libération des femmes, année 0 »; la manifestation à l’Arc de Triomphe, organisée en solidarité avec la grève des féministes américaines, le 20 Août 1970; enfin, la publication d’un numéro spécial de la revue Partisans, intitulé « Libération des femmes, année 0 », en Novembre 1970 » (1991, 138).

Ainsi, au cours de l’année 1970, le mouvement se structure. D’abord à travers la décision, prise à Vincennes, de la non mixité, puis à travers les différentes réunions, notamment l’Assemblée générale aux Beaux-Arts à la rentrée de septembre, et les publications, tel que le bulletin mis en place en novembre, suivi d’un journal menstruel – et non mensuel parce qu’irrégulier – en 1971 (Pavard, Rochefort et Zancarini-Fournel 2020, 277). Les principales actions marquant le début du Mouvement ont été le rassemblement du 26 août 1970 dénonçant l’invisibilisation historique des femmes, l’irruption, en février 1971, dans une émission de radio en direct, présentée par Ménie Grégoire et consacrée à l’homosexualité – alors qualifiée de « douloureux problème » – pour « réclamer la liberté« , ainsi que le soutien à différentes grèves (Pavard et al. 2020, 281-282).

Par ailleurs, l’enjeu de l’avortement – alors condamné depuis la loi de 1920 – est central dans la constitution et les revendications du MLF. Faisant suite au Manifeste des 343, un appel à la prise de parole est publié par le Mouvement pour l’avortement libre dans le journal menstruel du MLF, Le Torchon brûle. Au moins de novembre, l’une des plus grandes manifestations féministes est organisée. Presqu’un an plus tard se tient le premier procès de Bobigny, où Gisèle Halimi, fondatrice de l’association Choisir, défend une jeune adolescente de seize ans ayant avorté après avoir été violée. Les membres de Choisir et du MLF manifestent alors devant le tribunal pour enfants. La victime est relaxée. Le second procès de Bobigny a lieu un mois plus tard, jugeant cette fois-ci les complices de l’affaire. Elles sont condamnées à de légères peines. À partir de 1973, l’enjeu de l’avortement dépasse clairement le seul MLF : l’association de Gisèle Halimi se formalise, et les militantes du MLF émettent alors de nombreuses critiques à son encontre, puis est créé le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, qui ne fait pas consensus non plus – Choisir perçoit l’association comme concurrente et les militantes du MLF « refusent de participer à une association déclarée en préfecture et qui réintroduit les hommes » (Pavard et al. 2020, 291).

En 1974, alors qu’est créé le secrétariat d’État à la Condition féminine, confié à Françoise Giroud – qui récuse le terme féministe -, le MLF estime qu’il s’agit d’une cooptation institutionnelle à l’origine d’une dépolitisation de la cause (Pavard et al. 2020, 334). Car, le MLF ne s’inscrit pas dans une tradition réformiste, et l’autonomie à l’égard du politique constitue son ADN militante. Les membres lancent à cette même époque une grève des femmes, qui doivent cesser leur travail salarié, mais également tout travail domestique. Certaines militantes lancent également La Ligue du droit des femmes, présidée par Simone de Beauvoir et visant à « dénoncer sous toutes ses formes la discrimination sexe, défendre les femmes et les informer de leurs droits actuels, entreprendre toute action pour promouvoir un Droit nouveau des femmes » (Albistur et Armogathe 1977, 460). En parallèle de cette action de terrain, des ailes féminines sont créées au sein de plusieurs partis politiques de gauche et syndicats, de même que des groupes de lutte des femmes sur l’ensemble du territoire métropolitain. L’année suivante, la Loi n°75-17 du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de la grossesse, dite loi Veil, est votée. 1975 est également déclarée Année internationale de la femme par les Nations Unies. Dans ce contexte inédit d’institutionnalisation du mouvement féministe, la décennie 1970 s’achève toutefois sur des conflits internes menaçant l’existence du MLF, notamment lorsqu’en 1979 « Antoinette Fouque et d’autres déclarent une association loi 1901 portant le nom de MLF et déclarent le MLF à l’INPI en tant que marque » (Pavard 2020). Les dissensions ne sont alors plus négligeables, des récits concurrents se mettent en place, et la sororité se délite progressivement (Pavard 2020). Qui plus est, l’épuisement du souffle révolutionnaire au début des années 1980 est commun à l’ensemble de la mouvance ayant suivi les événements et l’ébullition de mai 1968 (Leibovici 2003, 141).


Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel. 2020. Ne nous libérez pas, on s’en charge; Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Paris : La Découverte.

Christine Delphy. 1991. « Les Origines Du Mouvement de Libération Des Femmes En France ». Nouvelles Questions Féministes (n°16/18): 137-148.

Maïté Albistur et Daniel Armogathe. 1977. Histoire du féminisme français du Moyen-Âge à nos jours. Paris: Éditions des femmes.

Marie Kirschen et Bibia Pavard. 2020. « Le MLF a été une rupture politique radicale ». Les Inrockuptibles. En ligne.

Martine Leibovici. 2003. « L’appel du temps – retour sur le Mouvement de Libération des Femmes ». Tumultes 1 (n°20): 119-142.

Espace de la cause des femmes

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L’espace de la cause des femmes est un concept que l’on doit à Laure Bereni, développé dans sa thèse de doctorat, publiée en 2007. Ce concept s’appuie sur celui d’espace des mouvements sociaux élaboré par Lilian Mathieu dans un article publié la même année et défini comme « un univers de pratique et de sens relativement autonome à l’intérieur du monde social, et au sein duquel les mobilisations sont unies par des relations d’interdépendance ».

Ainsi, l’espace de la cause des femmes renvoie dans un premier temps à « l’ensemble des collectifs – et leurs participantes – qui luttent au nom des femmes et pour les femmes, quels que soient les termes de la lutte et la sphère dans laquelle elle se déploie » (2007, 23), avant qu’il ne soit spécifié et entendu comme la « configuration des sites de mobilisation pour la cause des femmes dans une pluralité de sphères sociales » (2012, 28). Les collectifs appartenant à cet espace doivent répondre à deux caractéristiques : œuvrer au nom des femmes et pour les femmes (2007, 25). Qui plus est, il existe au sein même de l’espace de la cause des femmes différentes mouvances en fonction des clivages idéologiques externes transposés dans un espace nécessairement transversal et hétérogène (2007, 27).

Définir le militantisme en ces termes permet de prolonger les concepts de mouvement des femmes et de mouvements féministes en sortant de la dichotomie traditionnelle entre institutionnel et non institutionnel, affinant ainsi la sociologie des mouvements sociaux. Car, les actrices luttant pour la cause des femmes traversent souvent les frontières des différents milieux (plus ou moins) militants, qu’il s’agisse de l’administration publique, du milieu associatif, des partis politiques, du monde académique, etc. – ainsi qu’a pu le montrer Lee Ann Banaszak dans son ouvrage incontournable The Women’s Movement Inside and Outside the State (Cambridge University Press).


Laure Bereni. 2007. De la cause à la loi. Les mobilisations pour la parité politique en France (1992-2000). Thèse de doctorat en science politique. Université Panthéon-Sorbonne, Paris I.

Laure Bereni. 2012. « Penser la transversalité des mobilisations féministes : l’espace de la cause des femmes ». Dans Christine Bard (dir.), Les féministes de la deuxième vague. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Lilian Mathieu. 2007. « L’espace des mouvements sociaux ». Politix 77, (n°1) : 131-151.

L’anarcha-féminisme (ou anarcho-féminisme)

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Comme son nom l’indique, l’anarcha-féminisme se situe au croisement des théories anarchistes et féministes, estimant que les relations inégales entre les genres sont la manifestation première de la hiérarchie au sein de la société (et le produit des institutions étatiques).

Le développement des théories anarchistes

Étymologiquement, l’ἀναρχία est l’absence d’autorité, quoique ses détracteurs préfèrent la réduire à l’idée de chaos. Plus précisément, l’anarchisme a pour objectif l’abolition des institutions et l’autogestion. William Godwin (1756-1836), mari de Mary Wollstonecraft (1759-1797) – elle-même considérée comme pionnière de l’anarcha-féminisme -, est généralement perçu comme le précurseur de l’anarchisme, mais les pulsions libertaires de certains groupes lui sont antérieures – qu’il s’agisse des Cyniques en Grèce antique ou des Cathares en France au Moyen-Âge, entres autres. En somme, sa pensée est axée autour de la liberté de choix et de la souveraineté absolue des êtres humains, et il récuse l’existence d’un gouvernement, qu’il associe à la corruption et à la manipulation. Selon lui, le mal n’existe que parce que l’être humain ne peut suivre librement sa raison.

Toutefois, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) sera le premier à se réclamer officiellement de l’anarchisme, dans son ouvrage Qu’est-ce que la propriété ?, paru en 1840. Il y propose un nouveau modèle de société, fondé sur la liberté. Il est immédiatement conscient de la perception fallacieuse de son projet, ainsi qu’il l’écrit : « anarchie, absence de maître, de souverain, telle est la forme de gouvernement dont nous approchons tous les jours, et que l’habitude invétérée de prendre l’homme pour règle et sa volonté pour loi nous fait regarder comme le comble du désordre et l’expression du chaos ». La pensée de Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (1814-1876) a été directement influencée par les écrits de Proudhon, qu’il a prolongés ou récusés. Ainsi, il s’est notamment positionné en faveur du collectivisme et de l’action violente, idées rejetées par Proudhon (plutôt en faveur du mutualisme et de la non violence) et qui influencèrent pourtant grandement le mouvement anarchiste – et ce jusqu’en 1939. De l’autre côté de l’Atlantique, Josiah Warren (1798-1874) peut être considéré comme le Proudhon états-uniens, développant lui aussi une théorie de l’anarchisme individualiste. Face au marxisme, l’anarchisme était donc le deuxième courant révolutionnaire le plus important du XIXè siècle jusqu’au début du XXè.

La place de l’émancipation des femmes dans ces théories était toutefois ambigüe, marquée par des résistances, des débâcles, en témoigne notamment l’ouvrage La Pornocratie de Proudhon, foncièrement anti-féministe, si ce n’est misogyne, qui suscita de vives réactions. L’on peut penser à la lettre rédigée par Joseph Déjacque (1821-1865) ou aux prises de position de Jenny P. d’Héricourt (1809-1875), balayées du revers de la main par Proudhon qui la jugeait naturellement moins intelligente. Ce grand vide au sein de la théorie anarchiste initiale a toutefois rapidement été comblé.

Le développement des théories anarcha-féministes

Trois théoriciennes ont notamment permis le développement et la diffusion de ces théories : Emma Goldman (1869-1940), Voltairine de Cleyre (1866-1912) et He-Yin Zhen (1884-1920).

Emma Goldman, anarchiste avant tout, ne se considérait pas tout à fait féministe, tant elle était éloignée des courants états-uniens de l’époque (elle s’est notamment positionnée contre le droit de vote des femmes), mais a fait de la question des rapports entre les femmes et les hommes, principalement des enjeux de sexualité, de reproduction et de mariage, un élément central de ses réflexions et de son combat. Car, pour Goldman, l’objectif n’est autre que la liberté totale et réelle des femmes, en dehors de toute forme d’oppression, mais également en dehors de la lutte constante pour l’émancipation. Son féminisme ne fait toutefois par l’unanimité, et d’aucuns ont vu en elle un conservatisme plus qu’une radicalité. Son positionnement controversé à l’égard du droit de vote s’inscrit toutefois dans une idéologie anarchiste, donc l’égalité institutionnelle, quoique nécessaire, ne saurait être une fin en soi, et l’accès au vote de femmes non émancipées ne changerait rien à la situation d’inégalité. Thibaut de Saint Maurice résume particulièrement bien son engagement, en écrivant qu’Emma Goldman est « d’avantage une féministe de la liberté qu’une combattante pour l’égalité ». De nombreux parallèles avec plusieurs courants du XXème siècle peuvent alors être tracés.

Quoique Goldman ne soit pas toujours en accord avec elle, elle tenait en haute estime Voltairine de Cleyre. La pensée de cette dernière s’articule principalement autour d’un discours antireligieux, de la nécessité d’action directe – elle deviendra d’ailleurs de plus en plus en faveur de l’action violente au cours de sa vie -, de l’abolition du mariage et de la réorganisation des unions, de même qu’autour des rapports entre privé et public, séparation qu’elle rend particulièrement poreuse. Cette préfiguration du fameux slogan le privé est politique demeure la pierre angulaire de sa pensée.

He-Yin Zhen, anarchiste et révolutionnaire, prônait notamment le renversement des rapports de pouvoir et envisageait la libération des femmes comme condition nécessaire de toute vraie révolution – une libération par les femmes et pour les femmes. La distinction entre les sexes, dont elle récusait la naturalisation en raison de son caractère éminemment social et culturel, est le fer de lance d’une pensée axée autour de la déconstruction des rapports de domination, perçus comme multiples, et justifiant la révolution. He-Yin Zhen était également en opposition au capitalisme occidental, qui participait de l’asservissement des femmes. Encore une fois, on observe ici un parallèle important avec d’autres courants féministes.

Le plus célèbre des mouvements anarcha-féministes

« Il y a deux choses qui, parce qu’elles sont iniques, commencent à s’effondrer dans le monde : le privilège de la classe qui fonda la civilisation du parasitisme, d’où est né le monstre de la guerre, et le privilège du sexe mâle qui transforma la moitié du genre humain en êtres autonomes et l’autre moitié en êtres esclaves, et créa un type de civilisation unisexuelle : la civilisation masculine… »

Suceso Portales, 1938.

En 1936, Lucia Sanchez Saornil, Mercedes Comaposada et Amparo Poch y Gaston, protagonistes incontournables de l’anarcho-syndicalisme espagnol, fondent la revue Mujeres Libres, qui donnera par la suite lieu à la création de la Federación Nacional de Mujeres Libres, qui constitue sans doute l’exemple le plus connu de groupe anarchiste et féministe – quoiqu’elles préféraient le terme féminin à féministe. Perçu d’un mauvais œil par les mouvances libertaires et les syndicats ouvriers, la fédération regroupera, durant ses trois ans d’existence, des dizaines de milliers d’adhérentes, défendant la suppression de l’État comme condition d’accès à l’égalité réelle.

Ce groupe inspirera le mouvement anarcha-féministe du XXè siècle, qui connaîtra son âge d’or au cours de la décennie 1960-1970.

Pour en savoir plus


Britannica. « William Godwin ». Encyclopedia Britannica. En ligne.

Caroline Arni. 2001. « « La toute-puissance de la barbe » Jenny P. d’Héricourt et les novateurs modernes ». Clio. Histoire‚ femmes et sociétés 13 : 145-154.

Donna Farmer. 1993. « Emma Goldman. A voice for women ? ». The Raven (n°3) : 257-284. En ligne.

Emma Goldman. 2020. De la liberté des femmes. Payot.

Franklin Rosemont. « Anarchism ». Encyclopedia Britannica. En ligne.

Gabriella Fiore. 2014. « L’anarcha-féminisme ». Possibles 38 : 71-78. En ligne.

Guy Hermet, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, et Philippe Braud. 2015. Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques. Armand Colin.

Miguel Chueca. 2007. « Les Mujeres Libres (1936-1939) : la parole et l’action de femmes libres espagnoles ». Aden 1 (n°1) : 161-184.

Normand Baillargeon et Chantal Santerre. 2018. Écrits d’une insoumise, Voltairine de Cleyre. LUX.

Peter Zarrow. 1988. « He Zhen and Anarcho-Feminism in China ». The Journal of Asian Studies 47 (n°4) : 796-813.

Yannick Ripa. 1996. « Le genre dans l’anarcho-syndicalisme espagnol (1910-1939) ». Clio. Histoire‚ femmes et sociétés 3 :

Yleanna. « Comprendre le féminisme libertaire ou anarcha-féminisme ». Les Potiches. En ligne.

Le féminisme d’État

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Le féminisme d’État est un concept analytique développé dans les années 1980 par Ruth Nielsen avant d’être repris, quelques années plus tard, par Helga Hernes (à qui on l’associe traditionnellement). Il s’agissait dans un premier temps d’une notion juridique visant à rendre compte de la production de textes de lois dédiés à l’égalité entre les femmes et les hommes, avant qu’il ne serve à mettre en lumière, de manière plus globale, le nouveau répertoire d’action de l’État consacré à la réduction des inégalités de genre. Plusieurs concepts en ont alors découlé, notamment celui de fémocrates et de women’s policy machineries/women’s policy agencies.

  • Le concept de fémocrates a été développé principalement en Australie dans les années 1990, référant à la fois aux bureaucrates féministes œuvrant au sein de l’État mais également aux bureaucrates œuvrant au sein des institutions étatiques dédiées à l’égalité entre les genres. Les principaux travaux sont ceux d’Hester Eisenstein (1989), Suzanne Franzway, R. W. Connell et Dianne Court (1989), ou encore d’Anna Yeatman (1990).
  • Les women’s policy agencies regroupent quant à elles les structures intra-étatiques de promotion de l’égalité, à savoir autant les ministères que les commissions ou tout autre relais institutionnel. Amy G. Mazur et Dorothy McBride sont à l’origine de la plupart des travaux à ce sujet, notamment grâce à leur initiative transnationale, le Research Network on Gender, Politics, and the State.

Amy G. Mazur et Dorothy E McBride. 2007. « State Feminism since the 1980s: From Loose Notion to Operationalized Concept ». Politics & Gender 3 (n°4) : 501-13.

Anne Revillard. 2016. La cause des femmes dans l’État. Libres cours Politique. Presses universitaires de Grenoble.

Sandrine Dauphin. 2010. L’État et les droits des femmes: des institutions au service de l’égalité ? Archives du féminisme. Presses universitaires de Rennes.


Cet article est en partie issu d’un travail effectué dans le cadre du cours POL6020 recherche qualitative en science politique et remis le 8 mars 2021.

Le féminisme libéral

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Le féminisme libéral de la seconde moitié du XXè siècle s’inscrit dans le prolongement des mouvements de la première vague ; ses fondements sont donc égalitaires et institutionnels. Il est indissociable des figures de Simone de Beauvoir et Betty Friedan.

Les féministes libérales ont un double objectif : poursuivre l’émancipation des femmes, et permettre leur libération. Selon ce courant, les racines des discriminations sexistes se trouvent dans la construction sociale des stéréotypes de genre, qui astreignent les femmes à certaines tâches et comportements particuliers, principalement liés à la sphère privée. S’ensuit deux asymétries : une asymétrie d’opportunités puisque leur est déniée l’appartenance à certaines sphères en raison de leur genre, et une asymétrie décisionnelle puisque leur sont refusées l’autonomie et l’indépendance ; or, le libéralisme postule l’égalité et le libre choix de l’individu rationnel. Ces obstacles structurels peuvent toutefois être surmontés grâce à des réformes institutionnelles, qui permettraient aux femmes d’être en libre compétition avec les hommes, et une éducation non sexiste, qui entraînerait la disparition des comportements et attentes de genre, libérant les femmes de l’injonction domestique, mais libérant également les hommes de l’injonction inverse.

De ce mouvement de libération – et du développement de groupes de discussion non mixtes permettant aux femmes de faire part de leur vécu – est né le fameux slogan américain le privé est politique, qui signifie que les inégalités et l’oppression dont souffrent les femmes dans la sphère privée résultent de l’organisation globale des rapports de pouvoir ; il est donc de la responsabilité du politique d’y mettre un terme. Ainsi, ont été mis dans le débat public les enjeux de violences conjugales, d’accès à la contraception et d’accès à l’avortement.

Il convient de souligner trois réalisations importantes :

  • la pilule contraceptive : développée aux États et mise au point en 1956 après avoir été testée à Porto Rico, Enovid est commercialisée pour la première fois en Allemagne la même année, en 1960 aux États-Unis, en 1967 en France, puis en 1969 au Canada ;
  • l’interruption volontaire de grossesse : légalisé aux États-Unis en 1973 mais remis en cause depuis, dépénalisé en France en 1975 avec la Loi Veil, revenant ainsi sur la loi de 1920, dépénalisé au Canada en 1988 ;
  • l’adoption de la CEDAW, Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, par les Nations Unies en 1979, mise en place deux ans plus tard et ratifiée par vingt pays.

Deux limites principales ont toutefois été pointées du doigt :

  • le caractère profondément blanc et privilégié de ce mouvement, qui n’intègre pas la multiplicité des vécus des femmes – et la multiplicité des femmes elles-mêmes ;
  • la prémisse fallacieuse voulant que la liberté de choix implique l’égalité des chances, ce qui conduit à une incapacité à établir une analyse systémique des structures favorisant le maintien des inégalités.

De ces critiques, et dans l’objectif de pallier ces lacunes, ont émergé les courants marxistes et radicaux.


Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter les ouvrages d’Alison Jaggar, Rosemarie Tong ou Valerie Bryson.


Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu. Le féminisme en 7 slogans et citations. Bruxelles : Le Lombard.

Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.

Kristina Wolff. 2007. « Liberal Feminism ». Dans George Ritzer (dir.), The Blackwell Encyclopedia of Sociology. Hoboken : JohnWiley & Sons.

Loretta Kensinger. 1997. « (1n)Quest of Liberal Feminism ». Hypatia 12 (n°4) : 178-197.

8 mars. « 1956 : invention de la pilule contraceptive ». En ligne.