La culture du viol

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#MeToo, #AgressionNonDénoncée, #BalanceTonPorc, autant de mouvements contemporains ayant fait prendre conscience de la prégnance de la culture du viol dans les sociétés patriarcales, concept s’étant fait une place tardive dans le vocabulaire courant, puisqu’il apparaît en 1971, dans un article de Susan Griffin. Dans la première  partie de « Rape: The All-American Crime », Griffin déconstruit les mythes qui permettent à cette culture de prospérer, dénonçant ainsi principalement :

  • l’association violeurs/pathologie ou violeurs/anormalité
  • les stéréotypes sexuels fondés sur la glorification de la nature violente de l’homme face à la passivité inhérente à la femme
  • la responsabilisation de la victime basée sur la croyance qu’un non veut dire oui (d’ailleurs une femme bien élevée devrait dire non) et que la coercition est une source de plaisir pour les femmes

Ce que l’on entend aujourd’hui par culture du viol n’est guère éloigné de ce que Griffin notait déjà il y a un demi siècle, soit une culture dominante qui :

  1. encourage la violence sexuelle par sa romantisation dans la culture (de la littérature à l’humour en passant par le cinéma) et l’imaginaire collectif, romantisation elle-même nourrie de fantasmes erronés
  2. banalise la violence sexuelle par son incorporation à la vie quotidienne, de manière à l’invisibiliser et en amoindrir l’impact
  3. excuse la violence sexuelle par la responsabilisation des victimes

La culture du viol en chiffres

Au Québec, selon les statistiques regroupées par le Regroupement Québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, 5% des crimes sexuels sont rapportés à la police et 0,3% des plaintes se soldent par une condamnation, sachant que 96.8% des agresseurs sont connus des victimes. En parallèle, en France, selon l’IPSOS, 10% des victimes portent plainte et 1% de ces plaintes se traduisent par une condamnation. Qui plus est, 42% des Français·e·s estiment qu’une attitude provocante de la victime atténue la responsabilité du violeur, 43% pensent que si une victime se défend véritablement, le violeur fuit, 30% qu’en adoptant certaines précautions, une victime potentielle peut éviter de se faire violer, 30% également selon qui une absence de réaction ou de défense équivaut à une absence d’agression, et 27% partent du principe que beaucoup de viols ayant fait l’objet de plaintes n’en sont pas. Qu’en est-il réellement ? Dans 100% des cas, la responsabilité d’une agression sexuelle incombe à l’individu qui agresse. Le nombre de fausses allégations oscille entre 2% et 10% selon les études – dont les échantillons varient énormément -, sachant que le nombre le plus récent a été estimé à 1 plainte sur 165. Dans tous les cas, ce débat ne sert généralement qu’un seul objectif : décrédibiliser la parole des victimes.


Je vous crois.

Je vous vois.


Ressources

L’intersectionnalité

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Conceptualisée dans la lignée du Black Feminism et d’ouvrages tels que Women, Race and Class d’Angela Davis ou Ain’t I a Woman de bell hooks, l’intersectionnalité est, depuis quelques années, un concept phare de la rhétorique féministe. C’est à Kimberlé W. Crenshaw que nous le devons, juriste et professeure noire américaine, fondatrice de la Critical Race Theory, du Center for Intersectionality and Social Policy Studies, et co-fondatrice de l’African American Policy Forum

En 1989, Crenshaw publie l’article « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex : A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », dans lequel elle analyse trois décisions de justice qui démontrent le vide juridique entourant la situation des femmes noires, dont le genre et la race façonnent une expérience de travail singulière. Par exemple, en attaquant un employeur pour cause de discrimination, est refusé l’argument de la discrimination basée sur le sexe avec le cas des femmes blanches, de même que la discrimination basée sur la race, avec, cette fois-ci, le cas des hommes noirs. En 1991, Crenshaw publie un second article, « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », généralement cité pour la naissance du concept. Elle y analyse l’expérience de la violence masculine (violence physique – battering – et viol) chez les femmes racisées, au travers du prisme du genre et de la race, et la manière dont cette violence est invisibilisée (notamment par les mouvements féministes et antiracistes). Elle propose alors une tripartition de l’intersectionnalité : 

  • structurelle : la manière dont l’intersection entre le genre et la race produit une expérience différente de la violence entre les femmes racisées et les femmes blanches ;
  • politique : l’impact des politiques publiques féministes et antiracistes sur l’expérience de la violence par les femmes racisées ;
  • représentationnelle : le caractère contreproductif des polémiques autour des représentations des femmes racisées dans la culture populaire, qui effacent leur situation singulière.

En somme, la conceptualisation de l’intersectionnalité s’enracine dans l’observation de l’invisibilité des femmes racisées, perpétuée par les mouvements féministes hégémoniques et antiracistes, qui, outre ne guère dialoguer, manquent à percevoir et conceptualiser les situations d’appartenance multiples qui créent le croisement des oppressions.

Dans le contexte francophone, l’intersectionnalité pourrait être apparentée de prime abord aux oppressions analogues relevées par les féministes matérialistes, soit le modèle analytique genre/race/classe, toutefois, l’intersectionnalité permet d’éviter l’écueil d’une oppression perçue comme prioritaire. Car, le prisme intersectionnel envisage les reconfigurations respectives des oppressions – et non pas la somme des oppressions, tel qu’on pourrait le penser -, autrement dit, la manière dont le sexisme est racisé et le racisme est genré. Aux oppressions originelles du concept peuvent être ajoutées d’autres oppressions, telles que le capacitisme, l’homophobie, la transphobie, la grossophobie, entre autres, qui façonnent d’autres expériences singulières.


La fleur de pouvoir / The Power Flower

Un nouvel outil a récemment été développé par BC Campus, à partir du travail de Rick Arnold, Bev Burke, Carl James, D’Arcy Martin et Barb Thomas (1991). Il s’agit d’un « outil visuel que nous pouvons utiliser pour explorer comment nos identités multiples, qui se combinent pour créer la personne que nous sommes ». Une activité pédagogique en anglais est également proposée. Adaptée en français, voici à quoi pourrait ressembler une fleur intersectionnelle :


Pour en savoir plus


Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Paris : Éditions Amsterdam. 

Kimberlé Crenshaw. 1989. « Demarginalizing the intersection of race and sex: A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics ». u. Chi. Legal f. : 139-167. 

Kimberlé Crenshaw. 1991. « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color ». Stanford Law Review 43 (n°6) : 1241-1299.

Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard. 2015. Introduction aux études sur le genre (2è édition). Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur. 

Lucy Mangan (avant-propos) et contributrices multiples. 2019. The Feminism Book: Big Ideas Simply Explained. London : DK.

La masculinité et ses implications : masculinité hégémonique, masculinité toxique, et masculinisme

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La masculinité renvoie aux attentes sociales – prescriptions et proscriptions – attribuées au sexe masculin, reposant sur l’idéalisation de la figure du mâle. Dans La domination masculine, Pierre Bourdieu fournit des éléments essentiels à sa compréhension – quoiqu’il emploie le terme de virilité. Ainsi, selon le sociologue, la masculinité relève d’une loi sociale incorporée, produit de l’inconscient historique ; en d’autres termes, elle est essentiellement construite et non innée ou naturelle. Toutefois, parce que les attentes sociales qu’elle crée sont profondément et historiquement ancrées dans le fonctionnement social et l’imaginaire collectif, elles devraient être acceptées comme évidentes, allant de soi – or, il n’en est rien. Qui plus est, la masculinité ne s’est pas constituée de manière positive, au contraire, elle est le résultat d’un processus de différenciation active par rapport au sexe opposé, c’est-à-dire qu’elle est d’abord et avant tout, une non-féminité. Si être un homme, un vrai, c’est être tout ce qu’une femme n’est pas, il est essentiel pour les hommes de le prouver aux autres hommes. La dimension relationnelle de la masculinité ne relève donc pas simplement de sa construction même, mais également de son caractère performatif : pour être un homme, il faut être reconnu en tant qu’homme en agissant comme un homme devant les autres hommes. Cette validation permet la création de solidarités viriles, qui assurent la durabilité des attentes, soit la permanence des contraintes. 

En somme, la masculinité n’est autre que l’antithèse de la faiblesse, la douceur, la bienveillance, la dépendance, la soumission, la docilité (impliquant la passivité sexuelle) l’émotivité, de même que le privé, soit principalement la force, la violence, l’indépendance, la domination, l’audace, la rationalité, mais également la sphère publique. Ce faisant, là où la féminité est dénigrée, la masculinité est louée et estimée, mais selon le principe du double standard (soit l’asymétrie de traitement) ; par exemple, lorsqu’un homme fait preuve d’autorité, cela peut renvoyer à la figure paternelle ou évoquer la crainte ou la menace, mais toujours légitimes, tandis qu’une femme sera immédiatement hystérique et castratrice, de même, un homme multipliant les conquêtes est un tombeur qui correspond au stéréotype d’une libido masculine débridée – parfois même incontrôlable, terreau fertile à la culture du viol – alors qu’une femme est nécessairement facile, aux mœurs légères qui contredisent sa supposée passivité sexuelle, bref, une femme sexuellement active est une putain (ce qui constitue du slut-shaming et fournit un terreau fertile à la putophobie).

La masculinité hégémonique

Cette expression apparaît dans un premier temps au début des années 1980, principalement utilisée dans des rapports empiriques sur les inégalités dans les lycées australiens, mais c’est généralement à Connell que l’on associe le concept, lorsqu’il aborde « la masculinité hégémonique et la féminité accentuée » en 1987. 

La masculinité hégémonique est une masculinité normative et configurationnelle, qui appelle par son existence même celle de masculinités subordonnées. Autrement dit, la masculinité hégémonique n’est autre que l’ensemble des attitudes constituant l’étalon – variable dans le temps et l’espace – par rapport auquel les hommes mesurent l’expression de leur propre masculinité, donnant ainsi lieu à une hiérarchisation. Par exemple, dans les sociétés occidentales, la masculinité hégémonique est historiquement blanche et hétérosexuelle, profondément ancrée, donc, dans le racisme et l’homophobie.

Particulièrement fécond, ce concept a nourri tant les champs de la criminologie que du travail social, permettant ainsi de réfléchir principalement à des solutions de prévention de la violence ou de soutien émotionnel, en ce que nombre de maux ont été associés à la quête de conformité à la masculinité hégémonique.

La masculinité toxique 

L’expression masculinité toxique apparaît à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, alors que l’on commence à parler d’une crise de la masculinité. Elle aurait d’abord été employée par des groupes tels que Mythopoetic Men’s Movementet Promise Keepers pour dénoncer l’impact négatif de l’hypermasculinité belliqueuse sur la vie de famille. Ces groupes, regroupant exclusivement des hommes – et quasi exclusivement des hommes blancs et hétérosexuels -, étaient organisés autour de figures et de textes tels que Iron John: A Book About Men de Robert Bly, et revendiquaient une masculinité plus douce, ancrée dans la compassion, organisant alors des rassemblements et retraites au cours desquels les hommes s’adonnaient à des formes de rituels pour renouer avec leur masculinité. L’objectif n’était alors nullement de se défaire des rôles de genre, bien au contraire, il s’agissait de revenir au rôle de « patriarche bienveillant », à la fois pourvoyeur et pilier spirituel de la famille, tel que l’explique Sam de Boise. En parallèle, la masculinité toxique apparaît comme un concept analytique en sciences sociales, utilisé, par exemple, par Tracy Karner, qui la définit comme tentative d’atteindre le statut d’homme – d’être reconnu comme tel par ses pairs – par l’adoption de comportements dangereux tels que « la consommation excessive d’alcool, la bagarre quasi compulsive, la compétition violente, et la recherche de sensations fortes ». 

La masculinité affecte grandement la santé des hommes, notamment la santé mentale. Ainsi, en 2013 aux États-Unis, sur les 41 149 suicides commis, presque 78% l’ont été par des hommes, ce qui constituait la septième cause de décès chez les hommes (alors qu’il s’agissait de la quatorzième chez les femmes), et environ 57% de ces hommes ont eu recours à des armes à feu. Autrement dit, en 2013, ce sont presque 32 100 hommes qui se sont suicidés, soit 20,65% des hommes, alors que la même année, seuls 9% des hommes ont rapporté ressentir quotidiennement un sentiment d’anxiété ou de dépression, et 41% de ces hommes seulement ont dit prendre des médicaments ou avoir parlé récemment à un professionnel de la santé. Il est essentiel de garder une réserve face à ces chiffres, notamment en raison du système de santé américain ne favorisant pas la prise en charge, sans compter les disparités raciales principalement liées à l’accessibilité des soins pour les personnes racisées, toutefois, une tendance nette apparaît : les hommes se suicident plus mais communiquent peu sur leurs émotions tout en étant peu pris en charge – et moins que les femmes.

Il est essentiel de noter que ce type de comportement n’est pas uniquement dangereux pour l’homme qui l’adopte, tant s’en faut, et le désir d’être reconnu comme un homme par les hommes structure les rapports de pouvoir tels que nous les connaissons au sein d’une société patriarcale. Ce ne sont pas simplement les relations entre hommes ou entre femmes et hommes en tant qu’individus qui en pâtissent, mais bien la construction même de nos institutions et la manière d’exercer le pouvoir, tant au niveau national qu’international par exemple.

Le masculinisme

Le masculinisme, quoique le terme soit déjà employé par Hubertine Auclert au XIXè siècle, naît en tant que mouvement organisé à la suite de – et en réaction à – la seconde vague du mouvement féministe, alors que certains hommes estiment que les femmes dominent dorénavant les rapports sociaux, et qu’il est impératif qu’ils retrouvent leur virilité perdue afin, généralement, de rétablir leur domination.

Voir également, backlash.

Mélissa Blais identifie quatre types de stratégies utilisées par les masculinistes – les trois premières étant issues de travaux antérieurs de Mayer N. Zald et Bert Useem. L’on retrouve donc (1) les stratégies de dommage (2) les stratégies de dissuasion ou de persuasion (3) les stratégies de recrutement (4) les stratégies de neutralisation. Auxquelles s’ajoutent trois catégories de publics cibles qui nécessitent le recours à différentes tactiques : (1) une large audience, faisant appel aux tactiques rhétorique et de diffusion des discours (2) les féministes et les femmes, requérant les tactiques de surveillance, de mise à l’écart, d’infiltration et de répression (3) les tiers, impliquant les tactiques juridique, de lobbying, et de soutien aux hommes.

Si le mouvement masculiniste est particulièrement hétérogène, tantôt modéré et pacifique, apportant par exemple du soutien aux pères célibataires, il peut également être à l’origine de tueries de masse, telles que celle de Polytechnique à Montréal en 1989, d’Oslo en 2011, ou de Toronto en 2018. La mouvance violente – si ce n’est terroriste – du mouvement masculiniste est incarné par le groupe des incels, les « célibataires involontaires » qui, persuadés de la profonde misandrie des femmes devenues bourreaux ultimes, érigent la misogynie en principe de vie.


Abby L. Ferber. 2000. « Racial warriors and weekend warriors: The construction of masculinity in mythopoetic and white supremacist discourse ». Men and masculinities 3 (n°1) : 30-56. 

Centers for Disease Control and Prevention. Violence Prevention. 2015. Suicide – Facts at glance. En ligne.

Christine Bard. « Le masculinisme en Europe ». Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe. En ligne

Debbie Ging. 2017. « Alphas, Betas, and Incels: Theorizing the Masculinities of the Manosphere ». Men and Masculinities 20 (n°10) : 1-20.

Francis Dupuis-Déri. 2018. La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace. Montréal : Éditions du Remue-Ménage.

Kenneth Clatterbaugh. 1998. « What is problematic about masculinities? ». Men and masculinities 1 (n°1) : 24-45.

Mélissa Blais. 2019. « Effets des tactiques antiféministes auprès des institutions oeuvrant contre les violences faites aux femmes ». Dans Christine Bard, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (dir.), Antiféminismes et masculinisme d’hier à aujourd’hui. Paris : Presses Universitaires de France.

Paul Hoch. 2004. « White Hero Black Beast: Racism, Sexism and the Mask of Masculinity », dans Peter F. Murphy (dir.), Feminism and Masculinities. Oxford University Press : 93-107.

Pierre Bourdieu. 1998. La domination masculine. Paris : Éditions du Seuil.

Sam de Boise. 2019. « Editorial: is masculinity toxic? ». NORMA 14 (n°3) : 147-151.

Stephen J. Blumberg, Tainya C. Clarke, et Debra L. Blackwell. 2015. « Racial and Ethnic Disparities in Men’s Use of Mental Health Treatments ». National Center for Health Statistics 206. En ligne.

Robert W. Connell et James W. Messerschmidt. 2005. « Hegemonic masculinity: Rethinking the concept ». Gender & society 19 (n°6) : 829-859. Traduction en français également disponible.

Tim Carrigan, Bob Connell et John Lee. 1985. « Toward a new sociology of masculinity ». Theory and society 14 (n°5) : 551-604.

Tracy Karner. 1996. « Fathers, sons, and Vietnam: Masculinity and betrayal in the life narratives of Vietnam veterans with post traumatic stress disorder ». American Studies 37 (n°1) : 63-94.

La grossophobie

Temps de lecture : 3 minutes


Apparue dans la langue française en 1994 avec Anne Zamberlan mais présente dans le dictionnaire uniquement depuis 2019, la grossophobie relève, à l’instar des autres -phobies, des oppressions institutionnalisées, menant de l’exclusion à la violence émotionnelle ou physique, et présente tant dans le milieu médical que dans le système de valeurs – incluant les critères esthétiques occidentaux. Pour autant, comme le rappelle Jean-Pierre Poulain, il s’agit de la discrimination la plus socialement acceptée, puisqu’elle est associée à une responsabilité personnelle. La société et les individus qui la composent sont donc ouvertement – bien que parfois involontairement – grossophobes, d’où l’urgence et la nécessité du travail de déconstruction.

La grossophobie internalisée : insidieuse et omniprésente

Nous sommes grossophobes, que nous le voulions ou non.

  • « Mais non, tu n’es pas gros·se, tu es […] »
  • « T’as maigri, ça te va bien ! »
  • « T’es sûr·e que j’ai pas l’air gros là-dedans ? »
  • « C’est dommage, elle a un joli visage… »
  • « T’as qu’à prendre tes baskets et aller courir… »
  • « Vu ce qu’il y a dans son assiette, faut pas s’étonner… »
  • « Tu pourrais faire un peu plus attention quand même, c’est dangereux pour ta santé ! »

Autant de petites phrases quotidiennes qui sous-entendent, d’une part, que la grosseur serait intrinsèquement négative et retirerait aux êtres humains une partie de leur valeur, d’autre part, que grosseur et beauté seraient fondamentalement incompatibles, là où grosseur et paresse iraient nécessairement de pair. Or, être gros·se est factuel, et en aucun cas n’est-ce une insulte.

La perception des personnes grosses par la société

  1. Les stéréotypes et associations négatives

Nos croyances sur la grosseur et ses causes, ou ce qu’elle dit de la personne concernée, sont généralement erronées. Tout d’abord, le chiffre affiché sur la balance n’est pas un indicateur de santé – le courant du weight bias tente de faire évoluer notre rapport au poids, pour mettre un terme à la discrimination basée sur le tour de taille (size discrimination). Qui plus est, être gros·se ne sous-tend ni la paresse, ni l’inactivité, ni la négligence, et encore moins l’absence de volonté

Si le mode de vie peut avoir un impact sur la masse corporelle – le confinement en est un exemple -, les facteurs sont multiples : la génétique, tout d’abord, mais également, entre autres, « la composition de la flore intestinale, les hormones gastro-intestinales, le fonctionnement du cerveau, les effets secondaires de certains médicaments, les troubles alimentaires, les enjeux psychiatriques […] le stress et les déterminants sociaux », ainsi qu’en témoigne Marie-Philippe Morin, médecin au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. L’on est donc loin du mode de vie sain et exigeant des personnes minces opposé à un relâchement quotidien des personnes grosses.

Toutefois, reconnaître nos biais est une chose, lutter activement pour y mettre un terme en est une autre.

  1. Le milieu médical

Le personnel de santé n’est pas imperméable aux systèmes de valeurs dans lesquels leurs pratiques s’inscrivent. Autrement dit, de la même manière que les personnes racisées ne reçoivent pas les mêmes soins de santé, les personnes grosses font face à une somme de discriminations particulièrement dangereuse – le décès d’Ellen Maud Bennett en est un exemple frappant. 

Généralement, le personnel médical tend à préconiser immédiatement une perte de poids peu importe le problème pour lequel la personne grosse consulte, et assimiler tout problème de santé au surpoids, plutôt que de prendre le temps de discuter et d’effectuer les analyses nécessaires. Une étude menée par le Rudd Center relève d’autres problèmes : refus de traiter une personne en raison de son poids, blagues et commentaires déplacés provoquant des sentiments très négatifs chez les patient·es (pouvant potentiellement accroître des problèmes de santé mentale), et absence d’équipement adapté. Si les chiffres vous intéressent, le diaporama (en anglais) préparé par Rebecca M. Puhl regorge de données issues de multiples études et fournissent un panorama édifiant de la situation.

Il est essentiel de garder à l’esprit le cercle vicieux créé par ces discriminations : parce que l’expérience médicale est difficile voire traumatisante – en plus d’être généralement inefficace -, les personnes grosses et obèses tendent à moins consulter, ce qui augmente les risques de rencontrer des problèmes de santé


Angela S. Alberga, Sarah Nutter, Cara MacInnis, John H. Ellard et Shelly Russell-Mayhew. 2019. « Examining Weight Bias among Practicing Canadian Family Physicians ». Obesity Facts 12 (n°6) : 632-638. 

Claudia Sikorski, Melanie Luppa, Marie Kaiser, Heide Glaesmer, Georg Schomerus, Hans-Helmut König et Steffi G. Riedel-Heller. 2011. « The stigma of obesity in the general public and its implications for public health – a systematic review ». BMC Public Health 11 (n°1) : 661. 

Francesco Rubino et al. 2020. « Joint international consensus statement for ending stigma of obesity ». Nature medicine : 1-13.

Rebecca M. Puhl, JD Latner, K. O’Brien, J. Luedicke, S. Danielsdottir et M. Forhan. 2015. « A multinational examination of weight bias: predictors of anti-fat attitudes across four countries ». International Journal of Obesity 39 (n°7) : 1-8.

Roni Elran-Barak et Yoav Bar-Anan. 2018. « Implicit and explicit anti-fat bias: The role of weight-related attitudes and beliefs ». Social Science & Medicine 204 : 117-124.

Rudd Center. 2012. « Weight Bias : A Social Justice Issue – A Policy Brief ».


Ressources

Ouvrages

  • Anne Zamberlan. 1994. Coup de gueule contre la grossophobie : Je suis grosse, et alors ?. Éditions Ramsay.
  • Gabrielle Deydier. 2017. On ne naît pas grosse. Paris : Goutte d’or.
  • Jean-Pierre Poulain. 2009. Sociologie de l’obésité. Paris : Presses Universitaires de France.
  • Jess Baker. 2018. Landwhale: On Turning Insults Into Nicknames, Why Body Image Is Hard, and How Diets Can Kiss My Ass. New York : Seal Press.
  • Louise Adams et Fiona Willer. 2018. Everything you’ve been told about weight loss is bullshit. Ebook.
  • Louise Green. 2017. Big Fit Girl: Embrace the Body You Have. Vancouver : Greystone Books.

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Photographie | Documentaires

Information

Associations | Groupes

Ressources | Le consentement et les violences sexuelles

Temps de lecture : 3 minutes


Aucune formulation ne semble plus pertinente que « sans oui, c’est non », slogan d’une campagne menée depuis 2014 par l’Université de Montréal, son Bureau d’intervention en matière de harcèlement, et la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal. Car, s’il y a impossibilité ou incapacité à établir un oui clair, libre, éclairé, c’est non. Contrairement à l’adage, qui aurait dû disparaître de notre langage courant, qui ne dit mot, ne consent pas. Qui plus est, le consentement peut se retirer à tout moment. Ce n’est pas parce que l’on a dit oui aux premiers gestes, ou à certains gestes, que ceux qui suivront seront consentis. Le consentement se vérifie, au fur et à mesure que la situation évolue, et doit être respecté en tout temps, même s’il implique de cesser immédiatement ce qui a été entrepris.

Les paramètres du consentement 

  1. Le consentement doit être clair
  • il n’y a pas de place à l’interprétation
  • il n’y a pas de place à l’hésitation
  1. Le consentement doit être libre
  • absence de contrainte (physique, émotionnelle, morale)
  • absence de rapport de pouvoir et d’abus de confiance
  • absence de mensonge (infections transmissibles sexuellement et par le sang, contraception, âge, etc.)
  1. Le consentement doit être éclairé
  • la personne doit être consciente et en pleine possession de ses moyens
  • l’intoxication à l’alcool ou la consommation de drogue invalide le consentement

L’âge du consentement

Au Canada – et au Québec -, l’âge du consentement à des activités sexuelles est fixé à 16 ans. Au Québec, pour que le consentement à des attouchements soit valide chez les adolescent·es de moins de 16 ans, la loi est claire :

  • moins de 12 ans : la présomption de non consentement prévaut (le consentement n’est jamais valide)
  • entre 12 et 13 ans, l’écart d’âge entre les partenaires ne doit être supérieur à deux ans
  • entre 14 et 15 ans, l’écart d’âge entre les partenaires ne doit être supérieur à cinq ans

En France, il n’existe pas d’âge minimum concernant le consentement ; toutefois, des modifications du Code pénal ont été apportées en août 2018, avec la loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. En somme, la loi stipule dorénavant qu’un·e adolescent·e de moins de 15 ans ne dispose pas « du discernement nécessaire » et qu’il y a « abus de la vulnérabilité de la victime ». Qui plus est, le loi prend en compte la différence d’âge significative (ce caractère significatif n’est cependant pas explicité) si l’un·e des partenaires est mineur·e.

En Belgique, l’âge du consentement à des activités sexuelles est fixé à 16 ans – âge avant lequel toute activité sexuelle est interdite et la présomption de non consentement prévaut. Avant 14 ans, il est établi que le consentement n’est pas valide et tout acte de pénétration constitue un viol (article 375). Entre 14 et 16 ans, les activités sexuelles relèvent de l’« attentat à la pudeur » (article 372), autrement dit, de l’atteinte intentionnelle à l’intégrité sexuelle de la personne, et les implications sont à la discrétion du juge.

En Suisse, la majorité sexuelle est également fixée à 16 ans, âge avant lequel il y a présomption de non consentement et toute activité sexuelle relève de l’agression ou du viol, sauf si la différence d’âge entre les partenaires ne dépasse pas trois ans (article 187). 

Les ressources pour les victimes, les témoins, les proches

Au Québec

En France

En Belgique

En Suisse