L’intersectionnalité

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Conceptualisée dans la lignée du Black Feminism et d’ouvrages tels que Women, Race and Class d’Angela Davis ou Ain’t I a Woman de bell hooks, l’intersectionnalité est, depuis quelques années, un concept phare de la rhétorique féministe. C’est à Kimberlé W. Crenshaw que nous le devons, juriste et professeure noire américaine, fondatrice de la Critical Race Theory, du Center for Intersectionality and Social Policy Studies, et co-fondatrice de l’African American Policy Forum

En 1989, Crenshaw publie l’article « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex : A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », dans lequel elle analyse trois décisions de justice qui démontrent le vide juridique entourant la situation des femmes noires, dont le genre et la race façonnent une expérience de travail singulière. Par exemple, en attaquant un employeur pour cause de discrimination, est refusé l’argument de la discrimination basée sur le sexe avec le cas des femmes blanches, de même que la discrimination basée sur la race, avec, cette fois-ci, le cas des hommes noirs. En 1991, Crenshaw publie un second article, « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », généralement cité pour la naissance du concept. Elle y analyse l’expérience de la violence masculine (violence physique – battering – et viol) chez les femmes racisées, au travers du prisme du genre et de la race, et la manière dont cette violence est invisibilisée (notamment par les mouvements féministes et antiracistes). Elle propose alors une tripartition de l’intersectionnalité : 

  • structurelle : la manière dont l’intersection entre le genre et la race produit une expérience différente de la violence entre les femmes racisées et les femmes blanches ;
  • politique : l’impact des politiques publiques féministes et antiracistes sur l’expérience de la violence par les femmes racisées ;
  • représentationnelle : le caractère contreproductif des polémiques autour des représentations des femmes racisées dans la culture populaire, qui effacent leur situation singulière.

En somme, la conceptualisation de l’intersectionnalité s’enracine dans l’observation de l’invisibilité des femmes racisées, perpétuée par les mouvements féministes hégémoniques et antiracistes, qui, outre ne guère dialoguer, manquent à percevoir et conceptualiser les situations d’appartenance multiples qui créent le croisement des oppressions.

Dans le contexte francophone, l’intersectionnalité pourrait être apparentée de prime abord aux oppressions analogues relevées par les féministes matérialistes, soit le modèle analytique genre/race/classe, toutefois, l’intersectionnalité permet d’éviter l’écueil d’une oppression perçue comme prioritaire. Car, le prisme intersectionnel envisage les reconfigurations respectives des oppressions – et non pas la somme des oppressions, tel qu’on pourrait le penser -, autrement dit, la manière dont le sexisme est racisé et le racisme est genré. Aux oppressions originelles du concept peuvent être ajoutées d’autres oppressions, telles que le capacitisme, l’homophobie, la transphobie, la grossophobie, entre autres, qui façonnent d’autres expériences singulières.


La fleur de pouvoir / The Power Flower

Un nouvel outil a récemment été développé par BC Campus, à partir du travail de Rick Arnold, Bev Burke, Carl James, D’Arcy Martin et Barb Thomas (1991). Il s’agit d’un « outil visuel que nous pouvons utiliser pour explorer comment nos identités multiples, qui se combinent pour créer la personne que nous sommes ». Une activité pédagogique en anglais est également proposée. Adaptée en français, voici à quoi pourrait ressembler une fleur intersectionnelle :


Pour en savoir plus


Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Paris : Éditions Amsterdam. 

Kimberlé Crenshaw. 1989. « Demarginalizing the intersection of race and sex: A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics ». u. Chi. Legal f. : 139-167. 

Kimberlé Crenshaw. 1991. « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color ». Stanford Law Review 43 (n°6) : 1241-1299.

Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard. 2015. Introduction aux études sur le genre (2è édition). Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur. 

Lucy Mangan (avant-propos) et contributrices multiples. 2019. The Feminism Book: Big Ideas Simply Explained. London : DK.

La masculinité et ses implications : masculinité hégémonique, masculinité toxique, et masculinisme

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La masculinité renvoie aux attentes sociales – prescriptions et proscriptions – attribuées au sexe masculin, reposant sur l’idéalisation de la figure du mâle. Dans La domination masculine, Pierre Bourdieu fournit des éléments essentiels à sa compréhension – quoiqu’il emploie le terme de virilité. Ainsi, selon le sociologue, la masculinité relève d’une loi sociale incorporée, produit de l’inconscient historique ; en d’autres termes, elle est essentiellement construite et non innée ou naturelle. Toutefois, parce que les attentes sociales qu’elle crée sont profondément et historiquement ancrées dans le fonctionnement social et l’imaginaire collectif, elles devraient être acceptées comme évidentes, allant de soi – or, il n’en est rien. Qui plus est, la masculinité ne s’est pas constituée de manière positive, au contraire, elle est le résultat d’un processus de différenciation active par rapport au sexe opposé, c’est-à-dire qu’elle est d’abord et avant tout, une non-féminité. Si être un homme, un vrai, c’est être tout ce qu’une femme n’est pas, il est essentiel pour les hommes de le prouver aux autres hommes. La dimension relationnelle de la masculinité ne relève donc pas simplement de sa construction même, mais également de son caractère performatif : pour être un homme, il faut être reconnu en tant qu’homme en agissant comme un homme devant les autres hommes. Cette validation permet la création de solidarités viriles, qui assurent la durabilité des attentes, soit la permanence des contraintes. 

En somme, la masculinité n’est autre que l’antithèse de la faiblesse, la douceur, la bienveillance, la dépendance, la soumission, la docilité (impliquant la passivité sexuelle) l’émotivité, de même que le privé, soit principalement la force, la violence, l’indépendance, la domination, l’audace, la rationalité, mais également la sphère publique. Ce faisant, là où la féminité est dénigrée, la masculinité est louée et estimée, mais selon le principe du double standard (soit l’asymétrie de traitement) ; par exemple, lorsqu’un homme fait preuve d’autorité, cela peut renvoyer à la figure paternelle ou évoquer la crainte ou la menace, mais toujours légitimes, tandis qu’une femme sera immédiatement hystérique et castratrice, de même, un homme multipliant les conquêtes est un tombeur qui correspond au stéréotype d’une libido masculine débridée – parfois même incontrôlable, terreau fertile à la culture du viol – alors qu’une femme est nécessairement facile, aux mœurs légères qui contredisent sa supposée passivité sexuelle, bref, une femme sexuellement active est une putain (ce qui constitue du slut-shaming et fournit un terreau fertile à la putophobie).

La masculinité hégémonique

Cette expression apparaît dans un premier temps au début des années 1980, principalement utilisée dans des rapports empiriques sur les inégalités dans les lycées australiens, mais c’est généralement à Connell que l’on associe le concept, lorsqu’il aborde « la masculinité hégémonique et la féminité accentuée » en 1987. 

La masculinité hégémonique est une masculinité normative et configurationnelle, qui appelle par son existence même celle de masculinités subordonnées. Autrement dit, la masculinité hégémonique n’est autre que l’ensemble des attitudes constituant l’étalon – variable dans le temps et l’espace – par rapport auquel les hommes mesurent l’expression de leur propre masculinité, donnant ainsi lieu à une hiérarchisation. Par exemple, dans les sociétés occidentales, la masculinité hégémonique est historiquement blanche et hétérosexuelle, profondément ancrée, donc, dans le racisme et l’homophobie.

Particulièrement fécond, ce concept a nourri tant les champs de la criminologie que du travail social, permettant ainsi de réfléchir principalement à des solutions de prévention de la violence ou de soutien émotionnel, en ce que nombre de maux ont été associés à la quête de conformité à la masculinité hégémonique.

La masculinité toxique 

L’expression masculinité toxique apparaît à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, alors que l’on commence à parler d’une crise de la masculinité. Elle aurait d’abord été employée par des groupes tels que Mythopoetic Men’s Movementet Promise Keepers pour dénoncer l’impact négatif de l’hypermasculinité belliqueuse sur la vie de famille. Ces groupes, regroupant exclusivement des hommes – et quasi exclusivement des hommes blancs et hétérosexuels -, étaient organisés autour de figures et de textes tels que Iron John: A Book About Men de Robert Bly, et revendiquaient une masculinité plus douce, ancrée dans la compassion, organisant alors des rassemblements et retraites au cours desquels les hommes s’adonnaient à des formes de rituels pour renouer avec leur masculinité. L’objectif n’était alors nullement de se défaire des rôles de genre, bien au contraire, il s’agissait de revenir au rôle de « patriarche bienveillant », à la fois pourvoyeur et pilier spirituel de la famille, tel que l’explique Sam de Boise. En parallèle, la masculinité toxique apparaît comme un concept analytique en sciences sociales, utilisé, par exemple, par Tracy Karner, qui la définit comme tentative d’atteindre le statut d’homme – d’être reconnu comme tel par ses pairs – par l’adoption de comportements dangereux tels que « la consommation excessive d’alcool, la bagarre quasi compulsive, la compétition violente, et la recherche de sensations fortes ». 

La masculinité affecte grandement la santé des hommes, notamment la santé mentale. Ainsi, en 2013 aux États-Unis, sur les 41 149 suicides commis, presque 78% l’ont été par des hommes, ce qui constituait la septième cause de décès chez les hommes (alors qu’il s’agissait de la quatorzième chez les femmes), et environ 57% de ces hommes ont eu recours à des armes à feu. Autrement dit, en 2013, ce sont presque 32 100 hommes qui se sont suicidés, soit 20,65% des hommes, alors que la même année, seuls 9% des hommes ont rapporté ressentir quotidiennement un sentiment d’anxiété ou de dépression, et 41% de ces hommes seulement ont dit prendre des médicaments ou avoir parlé récemment à un professionnel de la santé. Il est essentiel de garder une réserve face à ces chiffres, notamment en raison du système de santé américain ne favorisant pas la prise en charge, sans compter les disparités raciales principalement liées à l’accessibilité des soins pour les personnes racisées, toutefois, une tendance nette apparaît : les hommes se suicident plus mais communiquent peu sur leurs émotions tout en étant peu pris en charge – et moins que les femmes.

Il est essentiel de noter que ce type de comportement n’est pas uniquement dangereux pour l’homme qui l’adopte, tant s’en faut, et le désir d’être reconnu comme un homme par les hommes structure les rapports de pouvoir tels que nous les connaissons au sein d’une société patriarcale. Ce ne sont pas simplement les relations entre hommes ou entre femmes et hommes en tant qu’individus qui en pâtissent, mais bien la construction même de nos institutions et la manière d’exercer le pouvoir, tant au niveau national qu’international par exemple.

Le masculinisme

Le masculinisme, quoique le terme soit déjà employé par Hubertine Auclert au XIXè siècle, naît en tant que mouvement organisé à la suite de – et en réaction à – la seconde vague du mouvement féministe, alors que certains hommes estiment que les femmes dominent dorénavant les rapports sociaux, et qu’il est impératif qu’ils retrouvent leur virilité perdue afin, généralement, de rétablir leur domination.

Voir également, backlash.

Mélissa Blais identifie quatre types de stratégies utilisées par les masculinistes – les trois premières étant issues de travaux antérieurs de Mayer N. Zald et Bert Useem. L’on retrouve donc (1) les stratégies de dommage (2) les stratégies de dissuasion ou de persuasion (3) les stratégies de recrutement (4) les stratégies de neutralisation. Auxquelles s’ajoutent trois catégories de publics cibles qui nécessitent le recours à différentes tactiques : (1) une large audience, faisant appel aux tactiques rhétorique et de diffusion des discours (2) les féministes et les femmes, requérant les tactiques de surveillance, de mise à l’écart, d’infiltration et de répression (3) les tiers, impliquant les tactiques juridique, de lobbying, et de soutien aux hommes.

Si le mouvement masculiniste est particulièrement hétérogène, tantôt modéré et pacifique, apportant par exemple du soutien aux pères célibataires, il peut également être à l’origine de tueries de masse, telles que celle de Polytechnique à Montréal en 1989, d’Oslo en 2011, ou de Toronto en 2018. La mouvance violente – si ce n’est terroriste – du mouvement masculiniste est incarné par le groupe des incels, les « célibataires involontaires » qui, persuadés de la profonde misandrie des femmes devenues bourreaux ultimes, érigent la misogynie en principe de vie.


Abby L. Ferber. 2000. « Racial warriors and weekend warriors: The construction of masculinity in mythopoetic and white supremacist discourse ». Men and masculinities 3 (n°1) : 30-56. 

Centers for Disease Control and Prevention. Violence Prevention. 2015. Suicide – Facts at glance. En ligne.

Christine Bard. « Le masculinisme en Europe ». Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe. En ligne

Debbie Ging. 2017. « Alphas, Betas, and Incels: Theorizing the Masculinities of the Manosphere ». Men and Masculinities 20 (n°10) : 1-20.

Francis Dupuis-Déri. 2018. La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace. Montréal : Éditions du Remue-Ménage.

Kenneth Clatterbaugh. 1998. « What is problematic about masculinities? ». Men and masculinities 1 (n°1) : 24-45.

Mélissa Blais. 2019. « Effets des tactiques antiféministes auprès des institutions oeuvrant contre les violences faites aux femmes ». Dans Christine Bard, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (dir.), Antiféminismes et masculinisme d’hier à aujourd’hui. Paris : Presses Universitaires de France.

Paul Hoch. 2004. « White Hero Black Beast: Racism, Sexism and the Mask of Masculinity », dans Peter F. Murphy (dir.), Feminism and Masculinities. Oxford University Press : 93-107.

Pierre Bourdieu. 1998. La domination masculine. Paris : Éditions du Seuil.

Sam de Boise. 2019. « Editorial: is masculinity toxic? ». NORMA 14 (n°3) : 147-151.

Stephen J. Blumberg, Tainya C. Clarke, et Debra L. Blackwell. 2015. « Racial and Ethnic Disparities in Men’s Use of Mental Health Treatments ». National Center for Health Statistics 206. En ligne.

Robert W. Connell et James W. Messerschmidt. 2005. « Hegemonic masculinity: Rethinking the concept ». Gender & society 19 (n°6) : 829-859. Traduction en français également disponible.

Tim Carrigan, Bob Connell et John Lee. 1985. « Toward a new sociology of masculinity ». Theory and society 14 (n°5) : 551-604.

Tracy Karner. 1996. « Fathers, sons, and Vietnam: Masculinity and betrayal in the life narratives of Vietnam veterans with post traumatic stress disorder ». American Studies 37 (n°1) : 63-94.

La grossophobie

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Apparue dans la langue française en 1994 avec Anne Zamberlan mais présente dans le dictionnaire uniquement depuis 2019, la grossophobie relève, à l’instar des autres -phobies, des oppressions institutionnalisées, menant de l’exclusion à la violence émotionnelle ou physique, et présente tant dans le milieu médical que dans le système de valeurs – incluant les critères esthétiques occidentaux. Pour autant, comme le rappelle Jean-Pierre Poulain, il s’agit de la discrimination la plus socialement acceptée, puisqu’elle est associée à une responsabilité personnelle. La société et les individus qui la composent sont donc ouvertement – bien que parfois involontairement – grossophobes, d’où l’urgence et la nécessité du travail de déconstruction.

La grossophobie internalisée : insidieuse et omniprésente

Nous sommes grossophobes, que nous le voulions ou non.

  • « Mais non, tu n’es pas gros·se, tu es […] »
  • « T’as maigri, ça te va bien ! »
  • « T’es sûr·e que j’ai pas l’air gros là-dedans ? »
  • « C’est dommage, elle a un joli visage… »
  • « T’as qu’à prendre tes baskets et aller courir… »
  • « Vu ce qu’il y a dans son assiette, faut pas s’étonner… »
  • « Tu pourrais faire un peu plus attention quand même, c’est dangereux pour ta santé ! »

Autant de petites phrases quotidiennes qui sous-entendent, d’une part, que la grosseur serait intrinsèquement négative et retirerait aux êtres humains une partie de leur valeur, d’autre part, que grosseur et beauté seraient fondamentalement incompatibles, là où grosseur et paresse iraient nécessairement de pair. Or, être gros·se est factuel, et en aucun cas n’est-ce une insulte.

La perception des personnes grosses par la société

  1. Les stéréotypes et associations négatives

Nos croyances sur la grosseur et ses causes, ou ce qu’elle dit de la personne concernée, sont généralement erronées. Tout d’abord, le chiffre affiché sur la balance n’est pas un indicateur de santé – le courant du weight bias tente de faire évoluer notre rapport au poids, pour mettre un terme à la discrimination basée sur le tour de taille (size discrimination). Qui plus est, être gros·se ne sous-tend ni la paresse, ni l’inactivité, ni la négligence, et encore moins l’absence de volonté

Si le mode de vie peut avoir un impact sur la masse corporelle – le confinement en est un exemple -, les facteurs sont multiples : la génétique, tout d’abord, mais également, entre autres, « la composition de la flore intestinale, les hormones gastro-intestinales, le fonctionnement du cerveau, les effets secondaires de certains médicaments, les troubles alimentaires, les enjeux psychiatriques […] le stress et les déterminants sociaux », ainsi qu’en témoigne Marie-Philippe Morin, médecin au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. L’on est donc loin du mode de vie sain et exigeant des personnes minces opposé à un relâchement quotidien des personnes grosses.

Toutefois, reconnaître nos biais est une chose, lutter activement pour y mettre un terme en est une autre.

  1. Le milieu médical

Le personnel de santé n’est pas imperméable aux systèmes de valeurs dans lesquels leurs pratiques s’inscrivent. Autrement dit, de la même manière que les personnes racisées ne reçoivent pas les mêmes soins de santé, les personnes grosses font face à une somme de discriminations particulièrement dangereuse – le décès d’Ellen Maud Bennett en est un exemple frappant. 

Généralement, le personnel médical tend à préconiser immédiatement une perte de poids peu importe le problème pour lequel la personne grosse consulte, et assimiler tout problème de santé au surpoids, plutôt que de prendre le temps de discuter et d’effectuer les analyses nécessaires. Une étude menée par le Rudd Center relève d’autres problèmes : refus de traiter une personne en raison de son poids, blagues et commentaires déplacés provoquant des sentiments très négatifs chez les patient·es (pouvant potentiellement accroître des problèmes de santé mentale), et absence d’équipement adapté. Si les chiffres vous intéressent, le diaporama (en anglais) préparé par Rebecca M. Puhl regorge de données issues de multiples études et fournissent un panorama édifiant de la situation.

Il est essentiel de garder à l’esprit le cercle vicieux créé par ces discriminations : parce que l’expérience médicale est difficile voire traumatisante – en plus d’être généralement inefficace -, les personnes grosses et obèses tendent à moins consulter, ce qui augmente les risques de rencontrer des problèmes de santé


Angela S. Alberga, Sarah Nutter, Cara MacInnis, John H. Ellard et Shelly Russell-Mayhew. 2019. « Examining Weight Bias among Practicing Canadian Family Physicians ». Obesity Facts 12 (n°6) : 632-638. 

Claudia Sikorski, Melanie Luppa, Marie Kaiser, Heide Glaesmer, Georg Schomerus, Hans-Helmut König et Steffi G. Riedel-Heller. 2011. « The stigma of obesity in the general public and its implications for public health – a systematic review ». BMC Public Health 11 (n°1) : 661. 

Francesco Rubino et al. 2020. « Joint international consensus statement for ending stigma of obesity ». Nature medicine : 1-13.

Rebecca M. Puhl, JD Latner, K. O’Brien, J. Luedicke, S. Danielsdottir et M. Forhan. 2015. « A multinational examination of weight bias: predictors of anti-fat attitudes across four countries ». International Journal of Obesity 39 (n°7) : 1-8.

Roni Elran-Barak et Yoav Bar-Anan. 2018. « Implicit and explicit anti-fat bias: The role of weight-related attitudes and beliefs ». Social Science & Medicine 204 : 117-124.

Rudd Center. 2012. « Weight Bias : A Social Justice Issue – A Policy Brief ».


Ressources

Ouvrages

  • Anne Zamberlan. 1994. Coup de gueule contre la grossophobie : Je suis grosse, et alors ?. Éditions Ramsay.
  • Gabrielle Deydier. 2017. On ne naît pas grosse. Paris : Goutte d’or.
  • Jean-Pierre Poulain. 2009. Sociologie de l’obésité. Paris : Presses Universitaires de France.
  • Jess Baker. 2018. Landwhale: On Turning Insults Into Nicknames, Why Body Image Is Hard, and How Diets Can Kiss My Ass. New York : Seal Press.
  • Louise Adams et Fiona Willer. 2018. Everything you’ve been told about weight loss is bullshit. Ebook.
  • Louise Green. 2017. Big Fit Girl: Embrace the Body You Have. Vancouver : Greystone Books.

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Photographie | Documentaires

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Charge émotionnelle, charge mentale, charge morale

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En cette période de pandémie et de confinement, à l’instar des tensions conjugales et des violences, la charge mentale des femmes a pour le moins augmenté, alors même qu’elles occupent majoritairement les emplois de première ligne. Plus précisément, selon l’ONU, 70% des emplois du secteur médical et des services sociaux sont occupés par des femmes, et elles exécutent trois fois plus de travail invisible (non rémunéré) que les hommes. Il semble donc pertinent de faire le point sur le sujet.

Quelques articles et enquêtes

À noter que ces concepts s’appliquent généralement aux couples/ménages cisgenres hétérosexuels monogames. La répartition des tâches domestiques – et ce que cela implique – chez les couples LGBTQI+ est moins abordée dans la littérature scientifique, et surtout, elle l’est depuis moins longtemps. Généralement, les couples de même sexe répondent à ce que les sociologues anglophones ont nommé une « éthique égalitaire« . Les explications souvent invoquées sont la similarité des processus de socialisation ou la suppression de la dimension genrée des tâches. Toutefois, l’élément clé demeure le rejet des scripts hétéronormatifs et la possibilité de les réécrire, notamment par la négociation – ce qui peut d’ailleurs créer beaucoup de pression. Qui plus est, d’autres facteurs viennent créer des déséquilibres ou des rapports de domination, à l’instar de la santé ou de l’échelon social en fonction de la profession.

Il est communément admis que la répartition des tâches ménagères tend vers une plus grande égalité. Il s’agit en réalité d’une interprétation hasardeuse des chiffres. Si l’on prend le cas français, qui ne fait sans doute pas exception, en 2010, les femmes accordaient 184 minutes par jour aux tâches domestiques, contre 252 en 1985. Pour les hommes, il s’agissait de 114 minutes en 1985 contre 105 en 2010. Autrement dit, l’écart est passé de 138 minutes à 79 minutes, sachant que les femmes y passent 68 minutes de moins qu’avant. En somme, les hommes ne réalisent pas plus de tâches ménagères qu’avant : la proportion de leur implication augmente parce que le temps consacré par les femmes diminue, et ce principalement grâce aux avancées technologiques et aux modifications des habitudes de consommation – sans compter la délégation du travail domestique, instaurant un nouveau rapport d’exploitation. Ainsi, le temps passé à cuisiner, s’occuper du linge et coudre a grandement diminué – plus précisément, 35 minutes de moins pour la cuisine, 10 minutes pour le linge, et 15 minutes pour la couture, soit une heure. Pour plus de détails, consultez « 25 ans de participation des hommes et des femmes au travail domestique : quels facteurs d’évolutions ? » par Clara Champagne, Ariane Pailhé, et Anne Solaz.

La charge émotionnelle

En 1983, Arlie R. Hochschild publie The Managed Heart, un ouvrage sociologique sur les émotions, mais il faudra attendre 2017 pour qu’il soit traduit en français. L’autrice forge alors le concept de travail émotionnel, renvoyant à « l’acte par lequel on essaie de changer le degré ou la qualité d’une émotion ou d’un sentiment », et ce en fonction des conventions sociales. Sont analysées tant la sphère professionnelle que la sphère domestique, mais également les structures au sein desquelles ce travail se déploie. Ses analyses lui permettant également de conceptualiser la double journée, avec le premier quart de travail professionnel, suivi du deuxième quart familial, auxquels s’ajoutera finalement le troisième quart, celui du travail émotionnel de culpabilisation des mères qui travaillent. À noter que le troisième quart de travail peut également renvoyer au travail sexuel, inclus dans la charge mentale – à la fois à travers la disponibilité, le souci du désir de l’autre, mais également la contraception et les injonctions esthétiques.

Il apparaît rapidement que ce travail émotionnel se trouve être genré, et que la charge repose principalement sur les femmes. Ainsi, en 1986, le concept est employé par England et Farkas, renvoyant à l’empathie, à la capacité de ressentir les émotions d’autrui comme s’il s’agissait des nôtres. Or, selon les normes sociales, ce travail là est typiquement féminin, ce qui crée, de fait, un déséquilibre au sein des couples hétérosexuels. La charge émotionnelle correspond donc au souci constant du bien-être d’autrui, dans tout ce que cela implique d’anticipation, de responsabilisation, de crainte, et pèse avant tout sur les épaules des femmes. Il existe un réel coût psychologique à ce déséquilibre, qui augmente le risque de dépression chez les femmes, auquel s’ajoute le risque d’implosion du couple, en ce que l’expérience maritale s’en trouve plus conflictuelle.

Nb: la littérature scientifique anglophone différencie « emotional labour » et « emotional work », le premier étant rémunéré, le deuxième ne l’étant pas.

La charge mentale

Très simplement, la charge mentale renvoie à l’organisation en amont de l’exécution des tâches. Il s’agit d’un travail encore plus invisible que le travail domestique, et, de fait, particulièrement difficile à quantifier. C’est à Monique Hainault que l’on doit ce concept, développé en 1984, au travers de la réflexion sur la double journée des femmes – dans le prolongement des revendications des années 1970 mais en se départissant de la réflexion factuelle sur le partage des tâches. Il s’agissait de comprendre la superposition des espaces et des temporalités dans le quotidien des femmes, en ce qu’elles restent en partie à la maison lorsqu’elles sont au travail, et inversement, tout en gardant à l’esprit la prégnance de l’imaginaire collectif et la pression induite par les représentations de la perfection domestique. De l’analyse ressort l’idée d’une reproduction quotidienne des rapports sociaux d’exploitation et de domination en raison de la « non séparabilité » des sphères domestiques et professionnelles pour les femmes, opposée à l’imperméabilité des sphères dans le quotidien des hommes.

Ainsi, la charge mentale s’inscrit dans la performativité du genre, puisque les injonctions domestiques relèvent des injonctions de genre qui, répétées quotidiennement, nous créent en même temps que nous les créons.

La charge morale

Plus récent, ce concept découle de la charge mentale mais s’inscrit dans le cadre de la responsabilité écologique. D’une part, les modifications des modes de vie et de consommation, qui allègent le fardeau domestique des femmes, se font au détriment de l’environnement, créant un dilemme aussi délicat qu’inopérant. D’autre part, les choix écoresponsables relevant de l’alimentation, des produits ménagers, du zéro déchet, bref, de l’ensemble des sphères domestiques affectées par la prise de conscience écologique impliquant une transition, de fait, leur incombent et ajoutent pression et réflexion supplémentaires. Sans compter l’association fallacieuse entre le fait de prendre soin – ici, de la planète – et de la féminité, soit l’éthique du care, mais également les répercussions des stéréotypes de genre, pour ne pas dire la masculinité toxique, sur les comportements verts. Car, si, au siècle dernier, l’on se moquait des hommes sensibles aux enjeux écologiques, ils évitent aujourd’hui d’adopter des comportements qui pourraient être associés à la féminité, et, par extension, à l’homosexualité. Se trouvent ainsi imbriqués nombre de terribles stéréotypes de genre qui nuisent à la fois aux êtres humains et à la planète.


Outils et ressources


Aaron R. Brough, James E. B. Wilkie, Jingjing Ma, Mathew S. Isaac, David Gal. 2016. « Is eco-friendly unmanly? The green-feminine stereotype and its effect on sustainable consumption ». Journal of Consumer Research 43 (n°4) : 567-582.

Abbie E. Goldberg. 2013. « Doing and Undoing Gender: The Meaning and Division of Housework in Same‐Sex Couples ». Journal of Family Theory & Review 5 (n°2) : 85-104.

Arlie Russell Hochschild. 1983. The Managed Heart: The Commercialization of Human Feeling. Berkeley : The University of California Press.

Arlie Russel Hochschild. 1997. The Time Bind : When Work Becomes Home and Home Becomes Work. Henry Holt & Company.

Arlie Russell Hochschild. 2003. « Travail émotionnel, règles de sentiments et structure sociale ». Travailler 1 (n° 9) : 19-49.

Cécile Thomé, Julien Bernard, et Nicolas Amadio. 2017. « La sociologie des émotions autour des travaux d’Arlie Hochschild ». Séminaire Re/Lire les sciences sociales, ENS de Lyon. compte-rendu de l’ouvrage

Janet K. Swim, Ashley J. Gillis, et Kaitlynn J. Hamaty. 2020. « Gender bending and gender conformity: the social consequences of engaging in feminine and masculine pro-environmental behaviors. » Sex Roles 82 (n°5-6) : 363-385.

Jérôme Courduriès. 2011. Être en couple (gay) : Conjugalité et homosexualité masculine en France. Lyon : PUL.

Lyndall Strazdins et Dorothy H. Broom. 2004.  « Acts of love (and work) : gender imbalance in emotional work and women’s psychological distress ». Journal of Family Issues 25 (n°3) : 356-378.

Michel Bozon. 2009. « 1. Comment le travail empiète et la famille déborde : différences sociales dans l’arrangement des sexes », dans Ariane Pailhé (dir.) Entre famille et travail. Des arrangements de couple aux pratiques des employeurs. Paris, La Découverte, « Recherches » : 29-54. 

Monique Haicault. 1984. « La gestion ordinaire de la vie en deux ». Sociologie du Travail 26 (n°3) : 268-277.

Paula England et George Farkas. 1986. Households, employment, and gender. NewYork : Aldine.

Race, racisme, racisation

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Race et racisme

Le terme « race » n’apparaît dans la langue française qu’au XVe siècle. Ne s’appuyant d’abord que sur son sens étymologique d’ordre chronologique, il renvoie à un « ensemble de traits biologiques et psychologiques qui relient ascendants et descendants dans une même lignée ». Par la suite, les « grandes découvertes » et la prise de conscience de l’hétérogénéité de l’humanité marquent le début de la structuration du groupe humain en « races » – faisant progressivement s’éloigner le terme de son acception première. La différenciation raciale relève alors principalement de la différence religieuse – elle le restera en partie au travers de l’antisémitisme -, mais elle commence à instaurer un rapport de domination et de supériorité. En effet, il s’agit dans un premier temps de savoir si les autres groupes humains sont dignes du salut – en témoigne la controverse de Valladolid, puis l’apparition du terme « nègres » au XVIè siècle pour désigner les esclaves. Si Buffon, au XVIIIe siècle, présente une classification raciale des êtres humains, c’est avec la création du groupe « sémite » (en 1845) et du « sémitisme » (en 1862), que le processus de racialisation de la race est enclenché.

Les sciences naturelles au XIXe siècle en Occident s’ancrent dans la temporalité et la notion d’hérédité, tentant d’expliquer, à l’instar des sciences sociales naissantes, le mouvement général de l’humanité. Ceci étant, le fait biologique et le fait sociologique se confondent alors grandement dans la pensée scientifique, et l’on conçoit aisément comment a pu naître, dans ces conditions, l’idéologie raciste. Les groupes humains sont alors perçus comme intrinsèquement différents et fatalement séparés, ce qui devient une justification supposément rationnelle de la haine, et de tout ce qui en découle. 

La notion « scientifique » de race n’est dorénavant plus guère acceptée, si ce n’est chez quelques irréductibles, et l’acception du terme revêt plutôt une dimension sociale. Quant au racisme, il renvoie aujourd’hui à un système de rapports sociaux entre groupes identifiés comme différents, basé sur l’hostilité et les comportements qu’elle entraîne, soit, principalement, l’agressivité et la hiérarchisation, et ce tant au niveau individuel qu’institutionnel.

Les termes d’ethnie ou d’ethnique sont parfois utilisés pour éviter l’emploi du mot race, dans la mesure où ils seraient à la fois plus acceptables parce que moins marqués historiquement et politiquement, et plus savants puisque relevant de l’anthropologie plutôt que d’une pensée « scientifique » révolue. Si ces termes sont plus récents, datant plutôt du milieu du XIXè siècle, il serait erroné de les croire moins connotés : ils se substituaient d’abord à l’emploi de race dans le discours, quoique leurs significations soient différentes.

Racialisation/racisation, racisé·e, racisant·e

Cette terminologie, d’abord employée dans la recherche académique en sociologie, apparaît dans les années 1970, mais ce n’est qu’au cours des dernières années qu’elle a fait son entrée dans le langage courant – bien que parfois encore décriée en France, généralement faussement associée à la novlangue responsable de la destruction de la langue française. Quoiqu’il en soit, l’objectif est d’éviter de recourir au terme de race, en raison de son absence de fondement scientifique, et d’utiliser un vocabulaire retranscrivant les mécanismes sociaux à l’origine de la différenciation entre les groupes. Toutefois, a longtemps été reproché à ce cadre d’analyse son inscription dans le paradigme opposant de manière binaire les personnes blanches et les personnes noires. Aujourd’hui, l’adjectif s’utilise pour parler de l’ensemble des personnes non-blanches.

Dans le contexte francophone, c’est à Colette Guillaumin que l’on doit l’emploi de cette terminologie. Dans son livre L’idéologie raciste : Genèse et langage actuel, publié en 1972, elle identifie, d’une part, le processus de racisation, d’autre part, l’individu racisé et l’individu racisant. En somme, les dominants sont les racisants, et attribuent, par le processus de racisation, des caractéristiques aux groupes racisés, caractéristiques absolument nécessaires pour permettre leur reconnaissance comme tels par ceux qui les ont définis. Ainsi, elle écrit que « la signifiance de la notion de race pour ceux qui sont racisés n’apparaît qu’à la lumière du système de signification propre aux dominants » ; autrement dit, il n’existe de racisé·es que parce qu’il existe des racisant·es – qui sont autant les individus eux-mêmes que les institutions ou les médias par exemple.

Dans le contexte anglophone américain, le processus de racialisation est associé à Michael Omi et Howard Winant, dans leur ouvrage Racial Formation in the United States : From the 1960s to the 1990s. Les auteurs le définissent comme l’attribution d’une dimension raciale à une relation, une pratique sociale, ou un groupe auparavant non catégorisé d’un point de vue racial. Ce processus alimente la différenciation et produit la signification raciale des comportements et phénomènes sociaux. Il est important de noter que l’un des piliers de la racialisation n’est autre que la perception de menace du groupe dominant, ayant trois principales conséquences : la stigmatisation, la discrimination et l’exclusion, la persécution. En parallèle, existe un processus de déracialisation, d’abord conceptuellement créé pour analyser la tendance des politicien·nes américain·es noir·es à évincer de leurs discours les enjeux raciaux, avant d’être utilisé pour référer aux personnes auparavant définies par leur appartenance raciale et dorénavant traitées comme les personnes blanches – apparaît ainsi la notion de déracialisant, dont l’une des formes renvoie aux personnes ayant tendance à déracialiser les membres de leur entourage tout en continuant de racialiser les inconnu·es. D’aucuns voudraient toutefois que le concept de déracialisation renvoie à une construction utopique où disparaitrait l’appartenance raciale (et tout ce qui s’y rattache).


Albert Memmi. « Racisme ». Encyclopædia Universalis. En ligne.

Bianca Gonzalez-Sobrino et Devon R. Goss. 2018. « Exploring the mechanisms of racialization beyond the black–white binary ». Ethnic and Racial Studies.

Colette Guillaumin. 1972. L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel. Nice : Institut d’études et de recherches interethniques et interculturelles.

Colette Guillaumin. 1992. « Une société en ordre. De quelques-unes des formes de l’idéologie raciste ». Sociologie et sociétés, 24 (n°2) : 13–23.

Herbert J. Gans. 2016. Racialization and racialization research. Ethnic and Racial Studies.

Michael Omi et Howard Winant. 1986. Racial Formation in the United States: From the 1960s to the 1990s. New York : Routledge.