Backlash (ou contrecoup, retour de bâton)

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Un pas en avant, deux pas en arrière ? Remises en question globalisées du droit à l’avortement, répression accrue des personnes LGBTQIA2+, recul des droits des femmes en temps de crise sanitaire… Si l’on peut témoigner de nombreuses avancées (notamment sur l’accès à l’avortement en Argentine et en Corée du Sud, peut-être bientôt au Chili), l’on ne peut fermer les yeux sur les violences symboliques et physiques qui, de plus en plus médiatisées, pèsent sur les femmes et les communautés LGBTQIA2+.

C’est à Susan Faludi, dans un essai publié en 1991, que l’on doit le concept de backlash appliqué aux mouvements féministes. De manière générale, le backlash renvoie aux réactions conservatrices qui éclosent face aux changements politiques et sociaux ; plus spécifiquement, selon Jane Mansbridge et Shauna L. Shames, il s’agirait d’un « processus de résistance dynamique […] à une redistribution du pouvoir » devant répondre à trois critères : (1) être une réaction (2) comporter un élément de coercition (3) être une tentative de restaurer un pouvoir. Cette notion de redistribution du pouvoir, à comprendre comme redistribution de la capacité à agir, est des plus pertinentes dans le cadre des études féministes, en ce qu’elle renvoie concrètement au renversement du déséquilibre entre les genres – l’un des objectifs du féminisme -, et qui est à l’origine, notamment, de la supposée crise de la masculinité. Cette redistribution de la capacité à agir entraîne donc un contrecoup qui s’exprime par la tentative concrète de restauration du pouvoir, motivée par le désespoir, et pouvant se traduire par l’exercice de la coercition et l’usage de la violence aux niveaux tant individuel qu’institutionnel – si l’on continue avec l’exemple précédent, il s’agirait du masculinisme.

Il n’existe pas de consensus sur les liens entre backlash et contre-mouvements. Nous souscrivons ici à l’idée que du backlash en tant que position éminemment émotionnelle naît un contre-mouvement collectif organisé, l’antiféminisme, qui, à mesure de la progression médiatique des féminismes, semble grandir – en témoignent notamment la cyberviolence et le cyberharcèlement. Mélissa Blais soutient par ailleurs que les « attaques antiféministes ne constituent pas une forme de violence distincte des violences masculines contre les femmes », autrement dit, les violences économiques, psychologiques, physiques et sexuelles, dont les féminicides, ne sont pas à exclure de l’analyse du backlash, en ce qu’elles participent de cette tentative de restauration du pouvoir par le contrôle des femmes.

En somme, toute remise en question du statu quo sera généralement suivie d’une réaction émotionnelle forte – se traduisant par la violence, qu’elle soit symbolique ou physique – de la part des personnes privilégiées par le système mis à mal ; qui, dans le cas des féminismes, produit un aller-retour constant entre acquis et pertes, démontrant peut-être la nécessité de reconstruction totale du système patriarcal si les changements ne peuvent s’ancrer dans la durée, toujours soumis aux fluctuations contextuelles.


Jane Mansbridge et Shauna L. Shames. 2012. « Vers une théorie du backlash : la résistance dynamique et le rôle fondamental du pouvoir ». Recherches féministes 25 (n°1) : 151-162.

Marie-Ève Campbell-Fiset. 2017. « Analyse d’un backlash intramouvement : les États Généraux de l’action et de l’analyse féministes (2011-2014) ». Université du Québec à Montréal : Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en science politique.

Mélissa Blais. 2012. « Y a-t-il un « cycle de la violence antiféministe » ? Les effets de l’antiféminisme selon les féministes québécoises ». Cahiers du Genre 52 (n°1) : 167-195. 

Seymour Martin Lipset et Earl Raab. 1978. The Politics of Unreason : Right-Wing Extremism in America, 1790-1970. Chicago : University of Chicago Press.

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