L’intersectionnalité

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Conceptualisée dans la lignée du Black Feminism et d’ouvrages tels que Women, Race and Class d’Angela Davis ou Ain’t I a Woman de bell hooks, l’intersectionnalité est, depuis quelques années, un concept phare de la rhétorique féministe. C’est à Kimberlé W. Crenshaw que nous le devons, juriste et professeure noire américaine, fondatrice de la Critical Race Theory, du Center for Intersectionality and Social Policy Studies, et co-fondatrice de l’African American Policy Forum

En 1989, Crenshaw publie l’article « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex : A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », dans lequel elle analyse trois décisions de justice qui démontrent le vide juridique entourant la situation des femmes noires, dont le genre et la race façonnent une expérience de travail singulière. Par exemple, en attaquant un employeur pour cause de discrimination, est refusé l’argument de la discrimination basée sur le sexe avec le cas des femmes blanches, de même que la discrimination basée sur la race, avec, cette fois-ci, le cas des hommes noirs. En 1991, Crenshaw publie un second article, « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », généralement cité pour la naissance du concept. Elle y analyse l’expérience de la violence masculine (violence physique – battering – et viol) chez les femmes racisées, au travers du prisme du genre et de la race, et la manière dont cette violence est invisibilisée (notamment par les mouvements féministes et antiracistes). Elle propose alors une tripartition de l’intersectionnalité : 

  • structurelle : la manière dont l’intersection entre le genre et la race produit une expérience différente de la violence entre les femmes racisées et les femmes blanches ;
  • politique : l’impact des politiques publiques féministes et antiracistes sur l’expérience de la violence par les femmes racisées ;
  • représentationnelle : le caractère contreproductif des polémiques autour des représentations des femmes racisées dans la culture populaire, qui effacent leur situation singulière.

En somme, la conceptualisation de l’intersectionnalité s’enracine dans l’observation de l’invisibilité des femmes racisées, perpétuée par les mouvements féministes hégémoniques et antiracistes, qui, outre ne guère dialoguer, manquent à percevoir et conceptualiser les situations d’appartenance multiples qui créent le croisement des oppressions.

Dans le contexte francophone, l’intersectionnalité pourrait être apparentée de prime abord aux oppressions analoguesrelevées par les féministes matérialistes, soit le modèle analytique genre/race/classe, toutefois, l’intersectionnalité permet d’éviter l’écueil d’une oppression perçue comme prioritaire. Car, le prisme intersectionnel envisage les reconfigurations respectives des oppressions – et non pas la somme des oppressions, tel qu’on pourrait le penser -, autrement dit, la manière dont le sexisme est racisé et le racisme est genré. Aux oppressions originelles du concept peuvent être ajoutées d’autres oppressions, telles que le capacitisme, l’homophobie, la transphobie, la grossophobie, entre autres, qui façonnent d’autres expériences singulières.


Pour en savoir plus :


Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Paris : Éditions Amsterdam. 

Kimberlé Crenshaw. 1989. « Demarginalizing the intersection of race and sex: A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics ». u. Chi. Legal f. : 139-167. 

Kimberlé Crenshaw. 1991. « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color ». Stanford Law Review 43 (n°6) : 1241-1299.

Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard. 2015. Introduction aux études sur le genre (2è édition). Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur. 

Lucy Mangan (avant-propos) et contributrices multiples. 2019. The Feminism Book: Big Ideas Simply Explained. London : DK.

La masculinité et ses implications : masculinité hégémonique, masculinité toxique, et masculinisme

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La masculinité renvoie aux attentes sociales – prescriptions et proscriptions – attribuées au sexe masculin, reposant sur l’idéalisation de la figure du mâle. Dans La domination masculine, Pierre Bourdieu fournit des éléments essentiels à sa compréhension – quoiqu’il emploie le terme de virilité. Ainsi, selon le sociologue, la masculinité relève d’une loi sociale incorporée, produit de l’inconscient historique ; en d’autres termes, elle est essentiellement construite et non innée ou naturelle. Toutefois, parce que les attentes sociales qu’elle crée sont profondément et historiquement ancrées dans le fonctionnement social et l’imaginaire collectif, elles devraient être acceptées comme évidentes, allant de soi – or, il n’en est rien. Qui plus est, la masculinité ne s’est pas constituée de manière positive, au contraire, elle est le résultat d’un processus de différenciation active par rapport au sexe opposé, c’est-à-dire qu’elle est d’abord et avant tout, une non-féminité. Si être un homme, un vrai, c’est être tout ce qu’une femme n’est pas, il est essentiel pour les hommes de le prouver aux autres hommes. La dimension relationnelle de la masculinité ne relève donc pas simplement de sa construction même, mais également de son caractère performatif : pour être un homme, il faut être reconnu en tant qu’homme en agissant comme un homme devant les autres hommes. Cette validation permet la création de solidarités viriles, qui assurent la durabilité des attentes, soit la permanence des contraintes. 

En somme, la masculinité n’est autre que l’antithèse de la faiblesse, la douceur, la bienveillance, la dépendance, la soumission, la docilité (impliquant la passivité sexuelle) l’émotivité, de même que le privé, soit principalement la force, la violence, l’indépendance, la domination, l’audace, la rationalité, mais également la sphère publique. Ce faisant, là où la féminité est dénigrée, la masculinité est louée et estimée, mais selon le principe du double standard (soit l’asymétrie de traitement) ; par exemple, lorsqu’un homme fait preuve d’autorité, cela peut renvoyer à la figure paternelle ou évoquer la crainte ou la menace, mais toujours légitimes, tandis qu’une femme sera immédiatement hystérique et castratrice, de même, un homme multipliant les conquêtes est un tombeur qui correspond au stéréotype d’une libido masculine débridée – parfois même incontrôlable, terreau fertile à la culture du viol – alors qu’une femme est nécessairement facile, aux mœurs légères qui contredisent sa supposée passivité sexuelle, bref, une femme sexuellement active est une putain (ce qui constitue du slut-shaming et fournit un terreau fertile à la putophobie).

La masculinité hégémonique

Cette expression apparaît dans un premier temps au début des années 1980, principalement utilisée dans des rapports empiriques sur les inégalités dans les lycées australiens, mais c’est généralement à Connell que l’on associe le concept, lorsqu’il aborde « la masculinité hégémonique et la féminité accentuée » en 1987. 

La masculinité hégémonique est une masculinité normative et configurationnelle, qui appelle par son existence même celle de masculinités subordonnées. Autrement dit, la masculinité hégémonique n’est autre que l’ensemble des attitudes constituant l’étalon – variable dans le temps et l’espace – par rapport auquel les hommes mesurent l’expression de leur propre masculinité, donnant ainsi lieu à une hiérarchisation. Par exemple, dans les sociétés occidentales, la masculinité hégémonique est historiquement blanche et hétérosexuelle, profondément ancrée, donc, dans le racisme et l’homophobie.

Particulièrement fécond, ce concept a nourri tant les champs de la criminologie que du travail social, permettant ainsi de réfléchir principalement à des solutions de prévention de la violence ou de soutien émotionnel, en ce que nombre de maux ont été associés à la quête de conformité à la masculinité hégémonique.

La masculinité toxique 

L’expression masculinité toxique apparaît à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, alors que l’on commence à parler d’une crise de la masculinité. Elle aurait d’abord été employée par des groupes tels que Mythopoetic Men’s Movementet Promise Keepers pour dénoncer l’impact négatif de l’hypermasculinité belliqueuse sur la vie de famille. Ces groupes, regroupant exclusivement des hommes – et quasi exclusivement des hommes blancs et hétérosexuels -, étaient organisés autour de figures et de textes tels que Iron John: A Book About Men de Robert Bly, et revendiquaient une masculinité plus douce, ancrée dans la compassion, organisant alors des rassemblements et retraites au cours desquels les hommes s’adonnaient à des formes de rituels pour renouer avec leur masculinité. L’objectif n’était alors nullement de se défaire des rôles de genre, bien au contraire, il s’agissait de revenir au rôle de « patriarche bienveillant », à la fois pourvoyeur et pilier spirituel de la famille, tel que l’explique Sam de Boise. En parallèle, la masculinité toxique apparaît comme un concept analytique en sciences sociales, utilisé, par exemple, par Tracy Karner, qui la définit comme tentative d’atteindre le statut d’homme – d’être reconnu comme tel par ses pairs – par l’adoption de comportements dangereux tels que « la consommation excessive d’alcool, la bagarre quasi compulsive, la compétition violente, et la recherche de sensations fortes ». 

La masculinité affecte grandement la santé des hommes, notamment la santé mentale. Ainsi, en 2013 aux États-Unis, sur les 41 149 suicides commis, presque 78% l’ont été par des hommes, ce qui constituait la septième cause de décès chez les hommes (alors qu’il s’agissait de la quatorzième chez les femmes), et environ 57% de ces hommes ont eu recours à des armes à feu. Autrement dit, en 2013, ce sont presque 32 100 hommes qui se sont suicidés, soit 20,65% des hommes, alors que la même année, seuls 9% des hommes ont rapporté ressentir quotidiennement un sentiment d’anxiété ou de dépression, et 41% de ces hommes seulement ont dit prendre des médicaments ou avoir parlé récemment à un professionnel de la santé. Il est essentiel de garder une réserve face à ces chiffres, notamment en raison du système de santé américain ne favorisant pas la prise en charge, sans compter les disparités raciales principalement liées à l’accessibilité des soins pour les personnes racisées, toutefois, une tendance nette apparaît : les hommes se suicident plus mais communiquent peu sur leurs émotions tout en étant peu pris en charge – et moins que les femmes.

Il est essentiel de noter que ce type de comportement n’est pas uniquement dangereux pour l’homme qui l’adopte, tant s’en faut, et le désir d’être reconnu comme un homme par les hommes structure les rapports de pouvoir tels que nous les connaissons au sein d’une société patriarcale. Ce ne sont pas simplement les relations entre hommes ou entre femmes et hommes en tant qu’individus qui en pâtissent, mais bien la construction même de nos institutions et la manière d’exercer le pouvoir, tant au niveau national qu’international par exemple.

Le masculinisme

Le masculinisme, quoique le terme soit déjà employé par Hubertine Auclert au XIXè siècle, naît en tant que mouvement organisé à la suite de – et en réaction à – la seconde vague du mouvement féministe, alors que certains hommes estiment que les femmes dominent dorénavant les rapports sociaux, et qu’il est impératif qu’ils retrouvent leur virilité perdue afin, généralement, de rétablir leur domination.

Si le mouvement masculiniste est particulièrement hétérogène, tantôt modéré et pacifique, apportant par exemple du soutien aux pères célibataires, il peut également être à l’origine de tueries de masse, telles que celle de Polytechnique à Montréal en 1989, d’Oslo en 2011, ou de Toronto en 2018. La mouvance violente – si ce n’est terroriste – du mouvement masculiniste est incarné par le groupe des incels, les « célibataires involontaires » qui, persuadés de la profonde misandrie des femmes devenues bourreaux ultimes, érigent la misogynie en principe de vie.


Abby L. Ferber. 2000. « Racial warriors and weekend warriors: The construction of masculinity in mythopoetic and white supremacist discourse ». Men and masculinities 3 (n°1) : 30-56. 

Centers for Disease Control and Prevention. Violence Prevention. 2015. Suicide – Facts at glance. En ligne.

Christine Bard. « Le masculinisme en Europe ». Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe. En ligne

Debbie Ging. 2017. « Alphas, Betas, and Incels: Theorizing the Masculinities of the Manosphere ». Men and Masculinities 20 (n°10) : 1-20.

Francis Dupuis-Déri. 2018. La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace. Montréal : Éditions du Remue-Ménage.

Kenneth Clatterbaugh. 1998. « What is problematic about masculinities? ». Men and masculinities 1 (n°1) : 24-45.

Paul Hoch. 2004. « White Hero Black Beast: Racism, Sexism and the Mask of Masculinity », dans Peter F. Murphy (dir.), Feminism and Masculinities. Oxford University Press : 93-107.

Pierre Bourdieu. 1998. La domination masculine. Paris : Éditions du Seuil.

Sam de Boise. 2019. « Editorial: is masculinity toxic? ». NORMA 14 (n°3) : 147-151.

Stephen J. Blumberg, Tainya C. Clarke, et Debra L. Blackwell. 2015. « Racial and Ethnic Disparities in Men’s Use of Mental Health Treatments ». National Center for Health Statistics 206. En ligne.

Robert W. Connell et James W. Messerschmidt. 2005. « Hegemonic masculinity: Rethinking the concept ». Gender & society 19 (n°6) : 829-859. Traduction en français également disponible.

Tim Carrigan, Bob Connell et John Lee. 1985. « Toward a new sociology of masculinity ». Theory and society 14 (n°5) : 551-604.

Tracy Karner. 1996. « Fathers, sons, and Vietnam: Masculinity and betrayal in the life narratives of Vietnam veterans with post traumatic stress disorder ». American Studies 37 (n°1) : 63-94.

Le genre et les identités de genre

Temps de lecture : 5 minutes


S’informer favorise à la fois la compréhension et l’acceptation, mais stimule également le soutien. Cependant, l’on ne saurait tomber dans l’écueil de l’injonction à la pédagogie. Autrement dit, poser des questions auprès des personnes concernées est une démarche saine si elle demeure raisonnable et respectueuse. Dès lors que l’on attend de quelqu’un qu’iel nous éduque, l’on tend à adopter un comportement oppressif, en présupposant dangereusement que l’information nous est due. Dans un contexte d’accessibilité de l’information, il demeure préférable d’entreprendre, avant toute chose, une démarche personnelle de renseignement.


Tout d’abord, notons qu’il est essentiel de ne pas confondre sexe et genre.

  • le sexe dit biologique renvoie à la fois au sexe anatomique, au sexe chromosomique, et au sexe hormonal, tous trois inscrits dans le système binaire homme/femme ; toutefois, si, dans la majorité des cas, ces trois dimensions s’alignent, les personnes intersexuées présentent des variations dans ces caractéristiques ;
  • le sexe assigné à la naissance n’est autre que la case officiellement cochée en fonction de l’apparence des organes génitaux externes ;
  • le genre consiste quant à lui en l’expression des caractéristiques attribuées au sexe, c’est-à-dire aux attentes socioculturelles.

Les conceptions du genre

Les réflexions des mouvements des femmes ont toujours, et nécessairement, été articulées autour des attentes et des contraintes liées à leur sexe. Cependant, la séparation philosophique et sociologique – si ce n’est ontologique – entre le sexe et le genre est attribuée à Simone de Beauvoir, lorsqu’elle a écrit que l’on ne naît pas femme, on le devient ; autrement dit, la féminité – et tout ce qui en découle – relève d’un apprentissage conditionné plutôt qu’une manière innée d’être. C’est dans les années 1970 que cette séparation sera approfondie, principalement par les féministes anglophones.

La conception essentialiste

L’essentialisme conçoit le genre comme un attribut permanent et indissociable d’une personne, autrement dit, il est interne et indépendant des facteurs socioculturels et contextuels. L’essence est souvent associée à la biologie – la nature -, mais elle ne s’y résume pas.

La conception constructiviste

Au contraire, le constructivisme conceptualise le genre comme un produit externe, c’est-à-dire qu’il est une construction sociale dictant la manière adéquate d’agir et d’interagir pour chaque sexe.

La conception performative

L’on doit cette approche à Judith Butler, dans le prolongement de la réflexion constructiviste. Ainsi, elle envisage à la fois le sexe et le genre comme des construits sociaux, partant du principe que le corps n’est sexué que parce que le genre est actualisé continuellement. Butler fait ici appel au concept linguistique de performativité, qui renvoie, grossièrement, aux énoncés qui se réalisent immédiatement par le simple fait d’être prononcés. Par exemple, à la naissance d’un enfant, en prononçant « c’est une fille » ou « c’est un garçon », l’on ne crée pas (l’on n’actualise pas) la même réalité. En somme, il n’existe des sexes que parce qu’il existe des genres, et les genres n’existent que par la répétition des pratiques et performances sociales qui les constituent. Ce faisant, l’on crée le genre autant qu’il nous crée.

Les identités de genre

À l’instar de l’orientation sexuelle, l’identité de genre est un spectre sur lequel l’individu se situe, et il est indispensable de respecter l’identification propre à chacun·e – notamment au travers des pronoms, parfois des prénoms, avec lesquels iels sont à l’aise et se reconnaissent. Il est également essentiel de garder à l’esprit qu’orientation sexuelle et identité de genre sont indépendantes.

  • Cisgenre : se dit d’une personne dont le genre est conforme au sexe assigné à la naissance
  • Transgenre : se dit d’une personne dont le genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance
    • Dysphorie de genre : sentiment de discordance entre son sexe et son genre, à l’origine d’une grande détresse (il s’agit également d’une entrée dans le DSM-5, soit de la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association Américaine de Psychiatrie)
    • Transexuel·le : se dit d’une personne transgenre ayant entrepris une transition sociale et parfois médicale afin de changer de sexe et aligner leur genre et leur apparence
    • Drag (queen/king) : se dit d’une personne adoptant temporairement le code vestimentaire stéréotypé de l’autre genre, généralement de manière exagérée et dans le cadre d’une prestation artistique
    • Travesti·e : se dit d’une personne adoptant le code vestimentaire de l’autre genre, sans lien avec son identité de genre ou l’expression de son genre
  • Agenre/de genre neutre : se dit d’une personne ne s’identifiant à aucun genre ou à aucun genre spécifique
  • Bigenre : se dit d’une personne s’identifiant aux deux genres (féminin et masculin)
  • Pangenre/omnigenre : se dit d’une personne dont l’identité de genre correspond à tous les genres
  • Androgyne : se dit d’une personne exprimant des traits typiques des deux genres
  • Genderfluid/de genre fluide : se dit d’une personne dont le genre fluctue sur le spectre
  • Genderqueer/non-binaire : se dit d’une personne dont le genre se situe hors du spectre, remettant ainsi en cause le système binaire traditionnel

L’identité de genre comme source de discriminations

  • Cisnormativité : système de pensée normatif binaire à l’origine de la marginalisation des personnes trans
  • Cissexisme : découle de la cisnormativité ; perception qu’être cisgenre relève de la norme et que l’identité de genre est naturellement alignée avec le sexe assigné à la naissance, menant à la négation ou l’ignorance volontaire des autres identités, et dictant les comportements sociaux par le truchement de l’ensemble des institutions
  • Transphobie : comportement motivé par la peur ou l’aversion menant à la discrimination directe ou indirecte – jusqu’à la violence – à l’égard de toute personne en dehors du schéma binaire homme/masculin et femme/féminin

Ressources

Deux outils complémentaires permettent une meilleure compréhension :


Audrey Baril. 2007. « De la construction du genre à la construction du « sexe » : les thèses féministes postmodernes dans l’oeuvre de Judith Butler ». Recherches féministes 20 (n°2) : 61-90.

Harriet Dyer. 2019. The Queeriodic Table. London : Summersdale Publishers.

Janis S. Bohan. 1993. « Regarding Gender : Essentialism, Constructionism, and Feminist Psychology ». Psychology of Women Quarterly 17 : 5-21.

Judith Butler. 1999. Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity. Routledge : New-York/London.

Stevi Jackson. 1999. « Théoriser le genre : l’héritage de Beauvoir ». Nouvelles Questions Féministes 20 (n°4) : 9-28.

Robert L. Crooks et Karla Baur. 2017. Nos sexualités : 3è édition. Montréal : Modulo.

Les orientations sexuelles

Temps de lecture : 4 minutes


S’informer favorise à la fois la compréhension et l’acceptation, mais stimule également le soutien. Cependant, l’on ne saurait tomber dans l’écueil de l’injonction à la pédagogie. Autrement dit, poser des questions auprès des personnes concernées est une démarche saine si elle demeure raisonnable et respectueuse. Dès lors que l’on attend de quelqu’un qu’iel nous éduque, l’on tend à adopter un comportement oppressif, en présupposant dangereusement que l’information nous est due. Dans un contexte d’accessibilité de l’information, il demeure préférable d’entreprendre, avant toute chose, une démarche personnelle de renseignement.


Définir l’orientation sexuelle

Le concept d’orientation sexuelle repose traditionnellement sur quatre piliers :

  • le désir ou l’attirance sexuel·le ;
  • le comportement sexuel ;
  • le sentiment amoureux ;
  • l’auto-identification.

Les outils de mesure et d’identification

L’échelle de Kinsey

La grille de Klein

Lexique des orientations sexuelles

Nota bene : l’autoidentification est une composante importante de l’orientation sexuelle, qu’il est essentiel de respecter. Il est possible que les définitions présentées ici ne coïncident pas toujours avec celles qu’en ont certains sujets, ce qui n’invalide ni leur vécu, ni les concepts eux-mêmes, qui tentent avant tout d’en saisir la signification globale.

  • Hétérosexualité : attirance romantique/émotionnelle et sexuelle pour les personnes du sexe opposé
  • Homosexualité : attirance romantique/émotionnelle et sexuelle pour les personnes du même sexe
    • gay : homme attiré par les hommes
    • lesbienne : femme attirée par les femmes
  • Bisexualité : attirance sexuelle pour les personnes du sexe opposé et les personnes du même sexe
    • biromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour les personnes du sexe opposé et les personnes du même sexe, allant de pair ou non avec la bisexualité
    • bisexualité performative : situation où une femme hétérosexuelle cisgenre a des contacts sexuels avec une ou d’autres femmes en présence d’hommes hétérosexuels cisgenres dans des contextes privés ou semi privés sexualisés (fêtes étudiantes, regroupements, bars, etc.) dans l’objectif d’être validée sexuellement
  • Pansexualité/omnisexualité : attirance sexuelle pour tous les sexes et toutes les identités de genre
    • panromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour tous les sexes et toutes les identités de genre, allant de pair ou non avec la pansexualité
  • Polysexualité : attirance sexuelle pour tous les sexes ou toutes les identités de genre
    • polyromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour tous les sexes et toutes les identités de genre, allant de pair ou non avec la polysexualité
  • Allosexualité/queer : identité en dehors de la binarité traditionnelle ou des étiquettes prédéfinies et en dehors du spectre de l’asexualité
    • La première occurence de l’adjectif queer date de 1508, le terme renvoyant alors péjorativement à quelqu’un sortant de la norme, avant de prendre un sens véritablement insultant, relatif à la différence, à l’étrangeté, sans qu’une définition fixe ne soit retenue. C’est en 1895, lors du procès d’Oscar Wilde, qu’il prend une dimension homophobe, et devient un élément incontournable de la rhétorique haineuse. Toutefois, presqu’un siècle plus tard, les activistes LGBTQ+ se le réapproprieront. En 1990 est fondée la Queer Nation, alertant et sensibilisant aux violences commises contre la communauté, donnant ainsi au terme une dimension politique et symbolique. Il englobe dorénavant l’ensemble des identités non conformes, et permet de sortir du carcan binaire du genre et de la sexualité – d’aucuns le privilégient, pour cette raison, à l’acronyme LGBT.
  • Asexualité : absence d’attirance sexuelle pour qui que ce soit
    • hétéroromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour les personnes du genre opposé
    • homoromantisme : attirance romantique/émotionnelle pour les personnes du même genre
  • Aromantisme : absence d’attirance romantique/émotionnelle pour qui que ce soit
  • Fluidité sexuelle : variation temporelle ou contextuelle dans l’attirance sexuelle ou romantique et l’auto-identification à une orientation sexuelle

L’orientation sexuelle comme source de discriminations

  • Hétéronormativité : système de pensée normatif binaire présupposant l’alignement du sexe/du genre/de l’orientation sexuelle, excluant et discriminant toute personne se situant en dehors de ce cadre
  • Hétérosexisme : découle de l’hétéronormativité ; perception de l’hétérosexualité comme norme – voire comme étant supérieure – menant à la négation ou l’ignorance volontaire des autres identités ou orientations et dictant les comportements sociaux par le truchement de l’ensemble des institutions
  • Homophobie : comportement motivé par la peur ou l’aversion menant à la discrimination directe ou indirecte – jusqu’à la violence – à l’égard de toute personne ne correspondant pas aux critères hétéronormés
    • lesbophobie : discrimination des personnes lesbiennes
    • biphobie : discrimination des personnes bisexuelles
    • transphobie : discrimination des personnes trans
    • sérophobie : discriminations des personnes séropositives
    • homophobie intériorisée : culpabilité, honte, ou haine de soi-même ressentie par une personne homosexuelle et inculquée par le système hétéronormatif

Ressources


Breanne, Fahs. 2009. « Compulsory bisexuality? : The challenges of modern sexual fluidity. » Journal of Bisexuality 9 (n°3-4) : 431-449.

Harriet Dyer. 2019. The Queeriodic Table. London : Summersdale Publishers.

Mains BSL.

Randall L. Sell. 1997. « Defining and measuring sexual orientation: A review. » Archives of sexual behavior 26 (n°6) : 643-658.

Robert L. Crooks et Karla Baur. 2017. Nos sexualités : 3è édition. Montréal : Modulo.

Le féminisme libéral

Temps de lecture : 3 minutes


Le féminisme libéral de la seconde moitié du XXè siècle s’inscrit dans le prolongement des mouvements de la première vague ; ses fondements sont donc égalitaires et institutionnels. Il est indissociable des figures de Simone de Beauvoir et Betty Friedan (articles spécifiques à venir).

Les féministes libérales ont un double objectif : poursuivre l’émancipation des femmes, et permettre leur libération. Selon ce courant, les racines des discriminations sexistes se trouvent dans la construction sociale des stéréotypes de genre, qui astreignent les femmes à certaines tâches et comportements particuliers, principalement liés à la sphère privée. S’ensuit deux asymétries : une asymétrie d’opportunités puisque leur est déniée l’appartenance à certaines sphères en raison de leur genre, et une asymétrie décisionnelle puisque leur sont refusées l’autonomie et l’indépendance ; or, le libéralisme postule l’égalité et le libre choix de l’individu rationnel. Ces obstacles structurels peuvent toutefois être surmontés grâce à des réformes institutionnelles, qui permettraient aux femmes d’être en libre compétition avec les hommes, et une éducation non sexiste, qui entraînerait la disparition des comportements et attentes de genre, libérant les femmes de l’injonction domestique, mais libérant également les hommes de l’injonction inverse.

De ce mouvement de libération – et du développement de groupes de discussion non mixtes permettant aux femmes de faire part de leur vécu – est né le fameux slogan américain le privé est politique, qui signifie que les inégalités et l’oppression dont souffrent les femmes dans la sphère privée résultent de l’organisation globale des rapports de pouvoir ; il est donc de la responsabilité du politique d’y mettre un terme. Ainsi, ont été mis dans le débat public les enjeux de violences conjugales, d’accès à la contraception et d’accès à l’avortement.

Réalisations importantes :

  • la pilule contraceptive : développée aux États et mise au point en 1956 après avoir été testée à Porto Rico, Enovid est commercialisée pour la première fois en Allemagne la même année, en 1960 aux États-Unis, en 1967 en France, puis en 1969 au Canada ;
  • l’avortement : légalisé aux États-Unis en 1973 mais remis en cause depuis, dépénalisé en France en 1975 avec la Loi Veil, revenant ainsi sur la loi de 1920, dépénalisé au Canada en 1988 ;
  • adoption de la CEDAW, Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, par les Nations Unies en 1979, mise en place deux ans plus tard et ratifiée par vingt pays.

Deux limites principales ont toutefois été pointées du doigt :

  • le caractère profondément blanc et privilégié de ce mouvement, qui n’intègre pas la multiplicité des vécus des femmes – et la multiplicité des femmes elles-mêmes ;
  • la prémisse fallacieuse voulant que la liberté de choix implique l’égalité des chances, ce qui conduit à une incapacité à établir une analyse systémique des structures favorisant le maintien des inégalités.

De ces critiques, et dans l’objectif de pallier ces lacunes, ont émergé les courants marxistes et radicaux.


Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter les ouvrages d’Alison Jaggar, Rosemarie Tong ou Valerie Bryson.


Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu. Le féminisme en 7 slogans et citations. Bruxelles : Le Lombard.

Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.

Kristina Wolff. 2007. « Liberal Feminism ». Dans George Ritzer (dir.), The Blackwell Encyclopedia of Sociology. Hoboken : JohnWiley & Sons.

Loretta Kensinger. 1997. « (1n)Quest of Liberal Feminism ». Hypatia 12 (n°4) : 178-197.

8 mars. « 1956 : invention de la pilule contraceptive ». En ligne.