Histoire du féminisme (1/5) : présentation générale

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Avant « le féminisme » : des voix isolées mais conscientes

Les prises de position en faveur d’une meilleure place des femmes dans la société ne datent pas d’hier. On en trouve déjà des traces dans la littérature de la Grèce antique, notamment chez Sappho. D’autres voix apparaissent ensuite au fil des siècles : au Moyen Âge avec Hildegarde de Bingen ou Christine de Pizan, puis à la Renaissance avec Louise Labé, Marie de Gournay, Mary Ward ou encore Mary Astell.

Ces textes ont longtemps été présentés comme des interventions isolées, ne reflétant pas encore un mouvement collectif conscient de lui-même. Pourtant, il serait trompeur de croire que ces autrices exprimaient leurs critiques ou leurs revendications par hasard. Les nombreuses querelles ayant opposé, tout au long de l’histoire, les défenseur·es et les opposant·es à l’évolution du statut des femmes montrent bien que ces prises de position étaient déjà perçues comme politiques.

Le tournant des Lumières

C’est pourquoi le siècle des Lumières et les révolutions qui l’accompagnent sont souvent considérés comme le point de départ du féminisme en tant que mouvement. À cette époque, les revendications s’inscrivent dans un contexte plus large : celui de la montée du libéralisme politique et de l’affirmation des droits individuels.

Parmi les figures les plus souvent associées à cette période, on retrouve Olympe de Gouges en France et Mary Wollstonecraft en Angleterre, toutes deux connues pour leurs textes publics revendiquant l’égalité des droits.

Aux États-Unis, Abigail Adams, épouse et conseillère du futur président John Adams, a également exercé une influence importante. Elle défendait l’idée d’une représentation plus juste des femmes dans les processus législatifs et d’un accès égal à l’éducation. Son héritage repose toutefois surtout sur une correspondance privée publiée après sa mort, plutôt que sur des écrits explicitement destinés à l’espace public.

Les « vagues » du féminisme

La métaphore des « vagues du féminisme », aujourd’hui largement utilisée pour raconter l’histoire du mouvement, est souvent attribuée à l’article The Second Feminist Wave publié en 1968 par Martha Weinman Lear dans le New York Times Magazine. Pourtant, la chercheuse Elizabeth Sarah rappelle que l’expression circulerait déjà autour de 1920.

On distingue aujourd’hui le plus souvent quatre grandes vagues, même si leurs frontières chronologiques restent discutées :

Une histoire à élargir

Les figures mentionnées plus haut appartiennent toutefois à une histoire longtemps dominante du féminisme. Cette construction du récit laisse peu de place aux femmes non blanches, aux ouvrières, aux paysannes ou aux femmes réduites en esclavage, qui ont pourtant elles aussi formulé des revendications et mené des luttes que l’on qualifierait aujourd’hui de féministes.

Comprendre l’histoire du féminisme implique donc aussi de revisiter ces récits, d’en interroger les angles morts et de redonner une place à des expériences et à des voix longtemps marginalisées.


Antonio González Alcaraz. 1987. « Le débat féministe à la renaissance ». Estudios románicos 4 : 453-460.

Béatrice Alonso et Éliane Viennot. 2004. Louise Labé 2005. Saint-Étienne : PUSE, coll. « l’école du genre ».

Cathia Jenainati et Judy Groves. 2010. Introducing Feminism: A Graphic Guide. London : Icon Books Ltd.

Divina Frau-Meigs. 2018. « Les armes numériques de la nouvelle vague féministe ». The Conversation. En ligne.

Martha Rampton. 2019. « Four Waves of Feminism ». Pacific University.

René Doumic. 1898. « Revue littéraire : Le féminisme au temps de la Renaissance ». Revue des Deux Mondes 149 (4) : 921-932.

Sarah Gamble. 2006. The Routledge Companion to Feminism and Postfeminism. Taylor & Francis e-Library.

Féminisme(s)

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Les dictionnaires attribuent faussement le terme à Charles Fourier, qui l’aurait utilisé pour la première fois en 1837. Fourier était un penseur socialiste selon lequel le progrès de la société ne saurait se faire sans le progrès des droits des femmes et leur accession à la liberté. Les recherches historiques et textuelles démontrent toutefois des incohérences dans cette attribution du terme. Rien ne permet en réalité de résoudre l’énigme de son origine.

La première occurence de l’adjectif est, quant à elle, attribuée à Alexandre Dumas (fils) en 1872, mais il semblerait qu’il ait lui-même emprunté le néologisme. On ignore cependant à qui.

Qui a dit que cette histoire était frustrante ?

Sachez également que l’on parlait de mouvement féminin jusqu’en 1891, avant que féminisme et féministe ne soient officiellement repris par des figures emblématiques du mouvement de l’époque, telles qu’Hubertine Auclert.

N.B.- Les articles scientifiques parlent généralement de mouvement des femmes pour décrire les actions précédent le tournant du XXè siècle. Cependant, j’emploierai ici, peut-être de manière anachronique, l’expression de mouvements féministes dès lors qu’il y a conjonction d’intérêts et lutte politique. D’un point de vue analytique et sociologique, les mouvements des femmes renvoient également aux mouvements sociaux organisés par les femmes en tant que femmes, sans pour autant que les objectifs soient à proprement parler féministes.

Karen Offen. 1987. « Sur l’origine des mots « féminisme » et « féministe » ». Revue d’histoire moderne et contemporaine, 34 (3) : 492-496.

La définition classique (et trompeuse)

« Mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique; doctrine, idéologie correspondante. »

On pourrait longuement discuter de cette définition. D’une part, l’emploi du singulier fait à la fois du féminisme et de la femme une sorte d’entité unique. D’autre part, les objectifs des mouvements féministes ne se résument pas à l’égalisation d’un statut.

Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

La définition célèbre (et efficace)

« Le féminisme est une lutte politique pour mettre fin à l’oppression sexiste. »

bell hooks. 2000. Feminist Theory : From Margin to Center. London : Pluto Press : 34.

Les définitions (quasi) exhaustives

« Le féminisme est une critique de la suprématie masculine, forgée et proposée à la lumière d’une volonté de la changer, qui, à son tour, repose sur la conviction de la possibilité même de ce changement. »

Linda Gordon. 1986. « What’s New in Women’s History ». Dans Feminist Studies/Critical Studies. Language, Discourse, Society

OU

« Il s’agit d’une prise de conscience d’abord individuelle, puis ensuite collective, suivie d’une révolte contre l’arrangement des rapports de sexe et la position subordonnée que les femmes y occupent dans une société donnée, à un moment donné de son histoire. Il s’agit aussi d’une lutte pour changer ces rapports et cette situation. »

Louise Toupin. 1998. Les courants de pensée féministe. En ligne.

Ce qu’il faut retenir

Définir le féminisme est une tâche ardue : les féminismes sont pluriels. Chaque courant, par ses moyens, ses objectifs et ses priorités, en infléchit la définition.

Les prémisses de base des mouvements féministes demeurent en revanche les mêmes, qu’importe les courants : chaque être humain a droit à l’égalité et au respect de son intégrité physique et morale; or le genre est un motif de discrimination qui déroge à ce droit supposément universel.

Ce sont ensuite les causes de la domination qui varient : le système législatif, le système économique (le capitalisme), la répartition du pouvoir (le patriarcat), etc. Ce à quoi s’ajoutent les autres motifs de discrimination, notamment la couleur de peau, l’orientation sexuelle, mais également la grosseur du corps ou ses capacités. Alors, à chaque cause ses moyens d’action et sa solution!


Pour aller plus loin