Boîte à outils n°17 | Répertoire des chercheuses francophones en études féministes [France]

ATTENTION, CET ARTICLE EST EN CONSTRUCTION. Constituer ce répertoire prend du temps, j’ai donc choisi de le partager dès le début de la rédaction pour qu’il puisse tout de même commencer à aider et aiguiller les personnes en ayant besoin.

  • Centre national de la recherche scientifique
    • Géographie sociale
      • Mélina Germes | Constructions urbaines des identités ; utilisations de l’espace dans le champ sécuritaire ; étude des politiques urbaines de la drogue ; validisme et genre
    • Sociologie
      • Emmanuel Beaubatie | Espace social du genre ; genre et classe sociale ; diversité et les mobilités de genre
      • Isabelle Clair | Amour ; sexualité (pratiques, normes, injures) ; études féministes françaises (épistémologies, histoire, structuration nationale)
  • École des hautes études en sciences sociales
    • Centre d’étude des mouvements sociaux
      • Marion Ink | Sociologie | Sociologie des sociabilités ; sociologie du travail scientifique ; icropolitique des institutions ; sciences de la perception ; ethnographie, observations et savoirs expérientiels
    • Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux
      • Cécile Thomé | Sociologie | Santé des jeunes femmes ; droits sexuels et reproductifs
  • Institut d’Études Politiques de Paris
    • Centre d’économie
      • Ghazala Azmat | Économie du genre ; économie du travail ; économie de l’éducation
    • Centre d’histoire
      • Thibault Boulvain | Histoire de l’art ; VIH-SIDA ; représentations visuelles de la séropositivité ; Méditerranée
      • Elissa Mailänder | Histoire de la sexualité et histoire du genre de l’Allemagne et de l’Autriche au XXe siècle ; histoire culturelle de l’Allemagne nazie, spécialités ; théorie et histoire de la violence physique et sexuelle dans les conflits armées ; histoire de la photographie et cultures matérielles liées aux guerres, violences de masse et génocides
    • Centre de recherches internationales
      • Stéphanie Latte Abdallah | Palestine, Moyen-Orient, sociétés arabes ; citoyennetés, engagements alternatifs, économie locale ; enfermements, occupation et détention ; mobilisations politiques, militantisme et société civile ; mobilités, frontières et circulations dans les espaces israélo-palestiniens ; féminismes, féminismes islamiques, mouvements féminins et changements politiques ; genre, féminités, masculinités, sexualités, enjeux moraux et éthiques contemporains ; conflit israélo-palestinien, histoire visuelle de l’exil, des réfugiés et du territoire palestiniens ; histoire sociale des réfugiés palestiniens
      • Hélène Le Bail | Migrations chinoises au Japon et en France ; politiques migratoires dans une perspective comparée ; routes migratoires féminines (mariage, travail reproductif et travail du sexe) ; mobilisation et action collective
    • Centre de Recherche sur les Inégalités Sociales
      • Marta Domínguez Folgueras | Sociologie du genre, sociologie de la famille, sociologie de l’emploi du temps ; formation des couples ; comportements au sein de la famille ; division des tâches domestiques
      • Marie Duru-Bellat | Inégalités de parcours scolaire ; analyse des politiques éducatives ; genèse et évolution des normes symboliques de genre ; justice globale
      • Angela Greulich | Démographie économique ; différentiels socio-économiques des comportements démographiques ; politiques publiques et familiales ; fécondité et emploi parental ; bien-être subjectif ; violence domestique
      • Anne Revillard | Féminisme d’État ; mouvement des femmes ; genre et droit ; inégalités de genre dans la fonction publique ; réception de l’action publique ; handicap
    • Centre de recherches politiques de Sciences Po
      • Réjane Sénac | Expressions contemporaines du principe d’égalité ; parité ; différenciations jugées légitimes et illégitimes ; justification publique des politiques d’inclusion des non-frères
      • Janine Mossuz-Lavau | Genre et politique ; politiques de la sexualité ; littérature et politique ; sociologie de l’argent
    • Centre de Sociologie des Organisations
      • Émilie Biland-Curinier | Dispositifs de cadrage des individus, rôles parentaux, emploi public ; statuts sociaux, classe, genre, sexualité, origine ; rapports au droit et à la justice des parents LGBTQIA+ ;  inégalités territoriales, justice familiale, parcours institutionnels, parents séparés ; France, Canada, Chili
    • École de droit
      • Helena Alviar García | Théorie féministe et antidiscrimination ; droit, développement et genre ; droit, institutions et féminisme latinoaméricains ; justice transitionnelle et genre
      • Marie Mercat-Bruns | Droit du genre, droit de l’égalité, non discrimination fondée sur le sexe ; critique juridique diversité ; intersectionnalité et discriminations multiples ; autonomisation juridique, théorie sur l’Empowerment, théorie des capabilités ; accès au droit, narrations des plaignant·es ; racisme environnemental
    • Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques
      • Anne Boring | Économie du genre ; économie du travail ; économie de l’éducation ; impact des stéréotypes de genre dans l’enseignement supérieur et l’entrée sur le marché du travail ; différences de genre dans l’entrepreneuriat et les carrières professionnelles
      • Nathalie Morel | Politiques sociales européennes ; politique de care ; politiques d’investissement social ; politiques de soutien à l’emploi domestique ; politiques socio-fiscales ; polarisation et les inégalités sociales
    • Observatoire français des conjonctures économiques
      • Maxime Forest | Politiques du genre et changements institutionnels ; européanisation des politiques d’égalité et de lutte contre les discriminations ; institutionnalisation du mariage entre personnes de même sexe ; politiques de lutte contre les violences faites aux femmes et les mutilations sexuelles féminines ; politiques d’égalité et de lutte contre les discriminations à l’université et dans la recherche
      • Françoise Milewski | Inégalités entre les sexes sur le marché du travail ; précarité ; temps partiel ; fonction publique
      • Hélène Périvier | Politiques sociales et familiales ; inégalités entre les sexes
  • Réseau d’études handi-féministes
  • Université Rennes 2
    • ARÈNES
      • Béatrice Damian-Gaillard | Production de l’information ; socio-économie des médias ; marketing et médias ; genre, sexualité et médias
      • Christine Guionnet | Socio-histoire de la construction démocratique ; construction sociale du politique et de ses frontières ; rapports ordinaires au politique ; mouvements citoyens ; modes non conventionnels de participation politique ; sociologie du genre (parité, rapports ordinaires au genre, coûts de la masculinité, antiféminisme) ; processus de domination et discriminations sociales : dynamiques et ambivalences
      • Mélanie Lallet | Animation ; espace public ; cultures numériques ; médias ; genre
      • Bleuwenn Lechaux | Sociologie du genre/du féminisme ; sociologie de l’engagement et de l’action collective ; sociologie du travail, des professions et des contenus artistiques ; inégalités et discrimination ; comparaison France/Etats-Unis
      • Sandy Montañola | Médias, médiatisation, journalisme ; discours et représentations sociales ; genre ; intersexualité ; sport ; santé et médecine
      • Erik Neveu | Sociologie des mobilisations ; médias, journalisme, espace public ; études sur le genre ; études culturelles ; usages sociaux des sciences sociales ; genèse et vie des problèmes publics ; métier politique
      • Eugénie Saitta | Journalisme politique ; genre et journalisme ; sport et télévision ; médias et migrations

Espace de la cause des femmes

Temps de lecture : 2 minutes


L’espace de la cause des femmes est un concept que l’on doit à Laure Bereni, développé dans sa thèse de doctorat, publiée en 2007. Ce concept s’appuie sur celui d’espace des mouvements sociaux élaboré par Lilian Mathieu dans un article publié la même année et défini comme « un univers de pratique et de sens relativement autonome à l’intérieur du monde social, et au sein duquel les mobilisations sont unies par des relations d’interdépendance ».

Ainsi, l’espace de la cause des femmes renvoie dans un premier temps à « l’ensemble des collectifs – et leurs participantes – qui luttent au nom des femmes et pour les femmes, quels que soient les termes de la lutte et la sphère dans laquelle elle se déploie » (2007, 23), avant qu’il ne soit spécifié et entendu comme la « configuration des sites de mobilisation pour la cause des femmes dans une pluralité de sphères sociales » (2012, 28). Les collectifs appartenant à cet espace doivent répondre à deux caractéristiques : œuvrer au nom des femmes et pour les femmes (2007, 25). Qui plus est, il existe au sein même de l’espace de la cause des femmes différentes mouvances en fonction des clivages idéologiques externes transposés dans un espace nécessairement transversal et hétérogène (2007, 27).

Définir le militantisme en ces termes permet de prolonger les concepts de mouvement des femmes et de mouvements féministes en sortant de la dichotomie traditionnelle entre institutionnel et non institutionnel, affinant ainsi la sociologie des mouvements sociaux. Car, les actrices luttant pour la cause des femmes traversent souvent les frontières des différents milieux (plus ou moins) militants, qu’il s’agisse de l’administration publique, du milieu associatif, des partis politiques, du monde académique, etc. – ainsi qu’a pu le montrer Lee Ann Banaszak dans son ouvrage incontournable The Women’s Movement Inside and Outside the State (Cambridge University Press).


Laure Bereni. 2007. De la cause à la loi. Les mobilisations pour la parité politique en France (1992-2000). Thèse de doctorat en science politique. Université Panthéon-Sorbonne, Paris I.

Laure Bereni. 2012. « Penser la transversalité des mobilisations féministes : l’espace de la cause des femmes ». Dans Christine Bard (dir.), Les féministes de la deuxième vague. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Lilian Mathieu. 2007. « L’espace des mouvements sociaux ». Politix 77, (n°1) : 131-151.

Race, racisme, racisation

Temps de lecture : 3 minutes


Race et racisme

Le terme « race » n’apparaît dans la langue française qu’au XVe siècle. Ne s’appuyant d’abord que sur son sens étymologique d’ordre chronologique, il renvoie à un « ensemble de traits biologiques et psychologiques qui relient ascendants et descendants dans une même lignée ». Par la suite, les « grandes découvertes » et la prise de conscience de l’hétérogénéité de l’humanité marquent le début de la structuration du groupe humain en « races » – faisant progressivement s’éloigner le terme de son acception première. La différenciation raciale relève alors principalement de la différence religieuse – elle le restera en partie au travers de l’antisémitisme -, mais elle commence à instaurer un rapport de domination et de supériorité. En effet, il s’agit dans un premier temps de savoir si les autres groupes humains sont dignes du salut – en témoigne la controverse de Valladolid, puis l’apparition du terme « nègres » au XVIè siècle pour désigner les esclaves. Si Buffon, au XVIIIe siècle, présente une classification raciale des êtres humains, c’est avec la création du groupe « sémite » (en 1845) et du « sémitisme » (en 1862), que le processus de racialisation de la race est enclenché.

Les sciences naturelles au XIXe siècle en Occident s’ancrent dans la temporalité et la notion d’hérédité, tentant d’expliquer, à l’instar des sciences sociales naissantes, le mouvement général de l’humanité. Ceci étant, le fait biologique et le fait sociologique se confondent alors grandement dans la pensée scientifique, et l’on conçoit aisément comment a pu naître, dans ces conditions, l’idéologie raciste. Les groupes humains sont alors perçus comme intrinsèquement différents et fatalement séparés, ce qui devient une justification supposément rationnelle de la haine, et de tout ce qui en découle. 

La notion « scientifique » de race n’est dorénavant plus guère acceptée, si ce n’est chez quelques irréductibles, et l’acception du terme revêt plutôt une dimension sociale. Quant au racisme, il renvoie aujourd’hui à un système de rapports sociaux entre groupes identifiés comme différents, basé sur l’hostilité et les comportements qu’elle entraîne, soit, principalement, l’agressivité et la hiérarchisation, et ce tant au niveau individuel qu’institutionnel.

Les termes d’ethnie ou d’ethnique sont parfois utilisés pour éviter l’emploi du mot race, dans la mesure où ils seraient à la fois plus acceptables parce que moins marqués historiquement et politiquement, et plus savants puisque relevant de l’anthropologie plutôt que d’une pensée « scientifique » révolue. Si ces termes sont plus récents, datant plutôt du milieu du XIXè siècle, il serait erroné de les croire moins connotés : ils se substituaient d’abord à l’emploi de race dans le discours, quoique leurs significations soient différentes.

Racialisation/racisation, racisé·e, racisant·e

Cette terminologie, d’abord employée dans la recherche académique en sociologie, apparaît dans les années 1970, mais ce n’est qu’au cours des dernières années qu’elle a fait son entrée dans le langage courant – bien que parfois encore décriée en France, généralement faussement associée à la novlangue responsable de la destruction de la langue française. Quoiqu’il en soit, l’objectif est d’éviter de recourir au terme de race, en raison de son absence de fondement scientifique, et d’utiliser un vocabulaire retranscrivant les mécanismes sociaux à l’origine de la différenciation entre les groupes. Toutefois, a longtemps été reproché à ce cadre d’analyse son inscription dans le paradigme opposant de manière binaire les personnes blanches et les personnes noires. Aujourd’hui, l’adjectif s’utilise pour parler de l’ensemble des personnes non-blanches.

Dans le contexte francophone, c’est à Colette Guillaumin que l’on doit l’emploi de cette terminologie. Dans son livre L’idéologie raciste : Genèse et langage actuel, publié en 1972, elle identifie, d’une part, le processus de racisation, d’autre part, l’individu racisé et l’individu racisant. En somme, les dominants sont les racisants, et attribuent, par le processus de racisation, des caractéristiques aux groupes racisés, caractéristiques absolument nécessaires pour permettre leur reconnaissance comme tels par ceux qui les ont définis. Ainsi, elle écrit que « la signifiance de la notion de race pour ceux qui sont racisés n’apparaît qu’à la lumière du système de signification propre aux dominants » ; autrement dit, il n’existe de racisé·es que parce qu’il existe des racisant·es – qui sont autant les individus eux-mêmes que les institutions ou les médias par exemple.

Dans le contexte anglophone américain, le processus de racialisation est associé à Michael Omi et Howard Winant, dans leur ouvrage Racial Formation in the United States : From the 1960s to the 1990s. Les auteurs le définissent comme l’attribution d’une dimension raciale à une relation, une pratique sociale, ou un groupe auparavant non catégorisé d’un point de vue racial. Ce processus alimente la différenciation et produit la signification raciale des comportements et phénomènes sociaux. Il est important de noter que l’un des piliers de la racialisation n’est autre que la perception de menace du groupe dominant, ayant trois principales conséquences : la stigmatisation, la discrimination et l’exclusion, la persécution. En parallèle, existe un processus de déracialisation, d’abord conceptuellement créé pour analyser la tendance des politicien·nes américain·es noir·es à évincer de leurs discours les enjeux raciaux, avant d’être utilisé pour référer aux personnes auparavant définies par leur appartenance raciale et dorénavant traitées comme les personnes blanches – apparaît ainsi la notion de déracialisant, dont l’une des formes renvoie aux personnes ayant tendance à déracialiser les membres de leur entourage tout en continuant de racialiser les inconnu·es. D’aucuns voudraient toutefois que le concept de déracialisation renvoie à une construction utopique où disparaitrait l’appartenance raciale (et tout ce qui s’y rattache).


Albert Memmi. « Racisme ». Encyclopædia Universalis. En ligne.

Bianca Gonzalez-Sobrino et Devon R. Goss. 2018. « Exploring the mechanisms of racialization beyond the black–white binary ». Ethnic and Racial Studies.

Colette Guillaumin. 1972. L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel. Nice : Institut d’études et de recherches interethniques et interculturelles.

Colette Guillaumin. 1992. « Une société en ordre. De quelques-unes des formes de l’idéologie raciste ». Sociologie et sociétés, 24 (n°2) : 13–23.

Herbert J. Gans. 2016. Racialization and racialization research. Ethnic and Racial Studies.

Michael Omi et Howard Winant. 1986. Racial Formation in the United States: From the 1960s to the 1990s. New York : Routledge.