Le Mouvement de Libération des Femmes (France)

Temps de lecture : 5 minutes


Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui n’avons pas d’histoire, depuis la nuit des temps, les femmes, nous sommes le continent noir. Levons-nous femmes esclaves et brisons nos entraves ! Debout ! Debout ! Asservies, humiliées, les femmes, achetées, vendues, violées, dans toutes les maisons, les femmes, hors du monde reléguées. Seules dans notre malheur, les femmes, l’une de l’autre ignorée, ils nous ont divisées, les femmes, et de nos sœurs séparées. Le temps de la colère, les femmes, notre temps est arrivé. Connaissons notre force, les femmes, découvrons-nous des milliers ! – Hymne du MLF

L’histoire du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en France est marquée par des débats internes, des tensions politiques et des interprétations divergentes de ses origines. La date même de sa naissance fait l’objet de discussions historiographiques. Certaines militantes, comme Antoinette Fouque, situent sa création en octobre 1968, dans le contexte des mobilisations consécutives à Mai 68. D’autres analyses, notamment celles de la sociologue Françoise Picq, situent plutôt l’émergence du mouvement en 1970. Cette seconde interprétation est aujourd’hui la plus largement retenue.

Selon la sociologue Christine Delphy, la renaissance du mouvement féministe français s’est en effet produite par étapes au cours de l’année 1970. Quatre événements sont généralement considérés comme fondateurs : la publication de l’article « Combat pour la libération de la femme » dans le journal L’Idiot international en mai 1970 ; une manifestation à l’université expérimentale de Vincennes le 21 mai 1970, où apparaissent pour la première fois des banderoles proclamant « Libération des femmes, année 0 » ; l’action menée le 26 août 1970 sous l’Arc de Triomphe en solidarité avec la grève des féministes états-uniennes ; et enfin la publication, en novembre 1970, d’un numéro spécial de la revue Partisans intitulé « Libération des femmes, année 0 ».

Structuration du mouvement

Au cours de l’année 1970, le MLF se structure progressivement. L’un des principes organisationnels majeurs adoptés lors des premières réunions à Vincennes est la non-mixité, considérée comme un moyen de favoriser la prise de parole des femmes et l’élaboration d’une analyse collective de leur oppression.

Le mouvement s’organise ensuite autour de multiples réunions et assemblées, notamment l’assemblée générale tenue à l’École des Beaux-Arts de Paris à la rentrée de septembre 1970. Il développe également ses propres outils de diffusion, parmi lesquels le journal militant Le Torchon brûle, qualifié ironiquement de « journal menstruel » en raison de sa parution irrégulière.

Les premières actions publiques du MLF incluent la manifestation du 26 août 1970 dénonçant l’invisibilisation historique des femmes, ainsi que l’intervention spectaculaire de militantes dans une émission de radio animée par Ménie Grégoire en février 1971, consacrée à l’homosexualité alors présentée comme un « douloureux problème ». Les militantes y revendiquent publiquement la liberté sexuelle et l’autonomie des femmes. Le mouvement apporte également son soutien à plusieurs grèves ouvrières et mobilisations sociales.

La lutte pour l’avortement

La question de l’avortement constitue l’un des enjeux centraux du mouvement. Depuis la loi française de 1920 interdisant l’avortement, l’interruption volontaire de grossesse est sévèrement réprimée en France.

En 1971, la publication du Manifeste des 343, dans lequel 343 femmes déclarent publiquement avoir avorté, marque une étape importante dans la mobilisation. L’année suivante, le Procès de Bobigny devient un moment emblématique de la lutte pour la dépénalisation de l’avortement. L’avocate Gisèle Halimi (1927-2020), fondatrice de l’association Choisir la cause des femmes, y défend une adolescente poursuivie pour avoir avorté après qu’un homme l’a violée. La relaxe prononcée dans cette affaire contribue à transformer le procès en tribune politique contre la législation existante.

Au début des années 1970, la mobilisation pour l’avortement s’étend au-delà du MLF. En 1973 est créé le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), qui organise notamment des avortements militants et des campagnes d’information. Ces initiatives suscitent cependant des débats internes au sein du mouvement, certaines militantes du MLF refusant de participer à des organisations déclarées officiellement ou incluant des hommes.

Institutionnalisation et tensions internes

En 1974, le gouvernement crée un secrétariat d’État à la Condition féminine, confié à Françoise Giroud (qui récuse d’ailleurs le terme féministe). Une partie des militantes du MLF considère cette initiative comme une tentative de cooptation institutionnelle et de dépolitisation de la cause féministe. Le mouvement revendique en effet une autonomie forte vis-à-vis des institutions politiques.

Dans cette période, plusieurs initiatives militantes sont lancées, dont une grève des femmes appelant à l’arrêt du travail salarié et du travail domestique. Parallèlement, la Ligue du droit des femmes est fondée sous la présidence de Simone de Beauvoir afin de « dénoncer sous toutes ses formes la discrimination sexe, défendre les femmes et les informer de leurs droits actuels, entreprendre toute action pour promouvoir un Droit nouveau des femmes » (Albistur et Armogathe 1977, 460).

En parallèle de cette action de terrain, des ailes féminines sont créées au sein de plusieurs partis politiques de gauche et syndicats, de même que des groupes de lutte des femmes sur l’ensemble du territoire métropolitain. La mobilisation féministe contribue au vote de la Loi relative à l’IVG, portée par Simone Veil, qui légalise l’interruption volontaire de grossesse en 1975. La même année est proclamée Année internationale de la femme par les Nations unies.

Fragmentation du mouvement

À la fin des années 1970, le MLF connaît toutefois des divisions internes importantes. En 1979, Antoinette Fouque et d’autres militantes déclarent officiellement une association portant le nom de MLF et en dépose également l’appellation comme marque, ce qui suscite de fortes contestations

Ces tensions contribuent à fragmenter le mouvement et à produire des récits concurrents de son histoire. Par ailleurs, l’affaiblissement de la dynamique révolutionnaire au début des années 1980, dans le sillage du reflux des mobilisations issues de Mai 68, marque progressivement la fin de la phase la plus intense du Mouvement de Libération des Femmes.


Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel. 2020. Ne nous libérez pas, on s’en charge; Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Paris : La Découverte.

Christine Delphy. 1991. « Les Origines Du Mouvement de Libération Des Femmes En France ». Nouvelles Questions Féministes (n°16/18): 137-148.

Maïté Albistur et Daniel Armogathe. 1977. Histoire du féminisme français du Moyen-Âge à nos jours. Paris: Éditions des femmes.

Marie Kirschen et Bibia Pavard. 2020. « Le MLF a été une rupture politique radicale ». Les Inrockuptibles. En ligne.

Martine Leibovici. 2003. « L’appel du temps – retour sur le Mouvement de Libération des Femmes ». Tumultes 1 (n°20): 119-142.

Simone de Beauvoir (1908-1986)

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Son père dit d’abord d’elle, c’est un homme, elle a un cerveau d’homme !Françoise d’Eaubonne, 2008 [1986], 71

Née en 1908 à Montparnasse dans une famille bourgeoise qui connaîtra la ruine et le déclassement, Simone de Beauvoir grandit auprès de parents dont l’admiration initiale pour ses capacités intellectuelles laisse progressivement place au désenchantement et à la rancœur. Selon Françoise d’Eaubonne, grande amie de la philosophe pendant près de trois décennies, cet environnement familial marquera profondément Beauvoir. Celle-ci analysera plus tard ses relations familiales en termes psychanalytiques et œdipiens.

Ses brillantes études la conduisent jusqu’à l’agrégation de philosophie en 1929, dont le sujet portait sur la liberté et la contingence. Reçue deuxième derrière Jean-Paul Sartre, elle devient la plus jeune agrégée de philosophie de France. Toutefois, selon les critères universitaires de l’époque, une femme devait obtenir un nombre de points nettement supérieur à celui d’un homme pour atteindre un classement équivalent ; certains témoignages suggèrent ainsi que Beauvoir aurait pu être classée première si l’évaluation n’avait pas été marquée par ce biais sexiste.

Sa carrière d’enseignante prend fin en 1943, lorsqu’elle est suspendue de l’Éducation nationale à la suite d’une plainte déposée en 1941 par la mère de Nathalie Sorokine pour « excitation de mineurs à la débauche ». Selon l’historienne Chantal Maillé, les circonstances exactes de cette affaire demeurent néanmoins difficiles à établir avec précision. Des récits ultérieurs, notamment celui de Bianca Lamblin dans Mémoires d’une jeune fille dérangée, évoquent également certaines relations controversées. Sans occulter ces éléments, la chercheuse Sandrine Ricci rappelle qu’il est toujours complexe d’interpréter des événements passés à la lumière des normes actuelles (quoique la dénonciation de la pédocriminalité ne devrait pas être une affaire d’époque) et invite à s’interroger sur les usages contemporains de ces controverses dans l’évaluation de l’héritage de Beauvoir.

À partir de 1943, Simone de Beauvoir se consacre entièrement à l’écriture. Si elle est surtout connue pour ses essais philosophiques, influencés par l’existentialisme et la phénoménologie, elle est également l’autrice de plusieurs romans. Les Mandarins, publié en 1954, lui vaut le prix Goncourt. Son œuvre la plus célèbre demeure cependant Le Deuxième Sexe, dont le premier tome, « Les Faits et les mythes », paraît en 1949 aux éditions Éditions Gallimard. Cet essai majeur analyse les mécanismes historiques, sociaux et culturels de la domination masculine et naît du constat d’une condition féminine commune, partagée par les femmes dans des contextes variés.

On ne naît pas femme : on le devient

Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. – (1949, 13)

La révolution conceptuelle proposée par Beauvoir tient notamment dans cette célèbre formule : « On ne naît pas femme : on le devient. » Par cette affirmation, elle remet en question l’idée selon laquelle la féminité serait déterminée par la biologie. Elle montre plutôt que les rôles et identités de genre sont le produit d’une construction sociale et historique jusque-là naturalisée, dans laquelle la femme est définie comme l’autre par rapport à l’homme. Cette analyse souligne également comment cette représentation limite l’autonomie des femmes et leur rapport à leur propre corps. Beauvoir appelle ainsi les femmes à se saisir de leur liberté et de leur capacité d’agir. L’ouvrage connaît un succès considérable en France et aux États-Unis, tout en suscitant de vives critiques.

20 ans plus tard, Simone de Beauvoir signe le Manifeste des 343, publié le 5 avril 1971 dans Le Nouvel Observateur. Ce texte rassemble 343 femmes déclarant publiquement avoir avorté, afin de revendiquer la légalisation de l’avortement en France. Beauvoir affirmera alors que ce manifeste est « en accord parfait » avec les analyses développées dans Le Deuxième Sexe.

Simone de Beauvoir et le Mouvement de Libération des Femmes

[Le mouvement féministe] a surgi, bousculant, renversant les concepts traditionnels, innovant à travers des formes de lutte provocatrices. Elle en parle joyeusement, avec fougue. Certaines de ces femmes autoproclamées leader(e)s récusent l’influence de sa pensée, de ses écrits, soupçonnent son féminisme de n’être pas chimiquement pur, elle le constate, hausse les épaules, ne semble pas s’en inquiéter. – Claire Etcherelli, 2008

Si l’association entre Simone de Beauvoir et le Mouvement de libération des femmes (MLF) semble évidente dans l’imaginaire collectif, l’historienne Sylvie Chaperon souligne que les relations entre la philosophe et le mouvement furent plus nuancées.

Deux obstacles principaux expliquent cette distance. D’abord, un écart générationnel important : plusieurs générations cohabitaient au sein du MLF, et Beauvoir, alors âgée de 62 ans, appartenait à la plus ancienne. Ses préoccupations et ses références théoriques différaient parfois de celles des militantes plus jeunes. Par ailleurs, si Beauvoir se déclarait « radicalement féministe », elle ne s’inscrivait pas nécessairement dans le féminisme radical ou révolutionnaire tel que certaines militantes du MLF le défendaient.

Ensuite, la notoriété de la philosophe constituait un autre obstacle. Beaucoup de militantes percevaient Beauvoir moins comme une militante parmi d’autres que comme une figure intellectuelle emblématique, presque une icône, ce qui pouvait susciter à la fois admiration et intimidation. Malgré cela, les relations entre Beauvoir et les militantes du MLF se sont progressivement développées. Chaperon souligne notamment la capacité de Beauvoir à établir des liens avec les générations plus jeunes, dont elle appréciait « l’intransigeance, le radicalisme et les exigences » (1972, 69). Ces échanges ont contribué à rapprocher la philosophe du mouvement, même si la nature précise de ces relations reste encore un champ d’étude historiographique à approfondir.


Christine Guionnet et Erik Neveu. Féminins/Masculins, sociologie du genre (3è édition). Malakoff: Armand Colin.

Christophe Averty. 2020. « « Femmes d’exception » : Simone de Beauvoir ou l’engagement d’une vie ». Le Monde. En ligne.

Claire Etcherelli. 2008. « Quelques photos-souvenirs ». Les Temps Modernes 647-648 (n°1-2): 56-66.

Debra Bergoffen et Megan Burke. 2021. « Simone de Beauvoir ». The Stanford Encyclopedia of Philosophy. En ligne.

Entretien avec Ingrid Galster. 2008. « Les trois vies de Simone de Beauvoir ». L’Histoire. En ligne.

Françoise d’Eaubonne. 1986. Une Femme nommée Castor, mon amie Simone de Beauvoir. Paris : Sofinem/Encre.

Nathalie Collard. 2019. « Faut-il juger Simone de Beauvoir ? ». La Presse. En ligne.

Simone de Beauvoir. 1949. Le deuxième sexe II, l’expérience vécue. Paris: Gallimard.

Simone de Beauvoir. 1972. Tout compte fait. Paris: Gallimard.

Sylvie Chaperon. 2012. « « Momone » et les « bonnes femmes », ou Beauvoir et le MLF ». Dans Christine Bard (dir.), Les féministes de la deuxième vague. Rennes: Presses Universitaires de Rennes.

Recommandations | Les livres à (s’)offrir – édition des fêtes 2021

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Les fictions

  • La Femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette – 23,95$/7,70€
    • « Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours. Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder. »
  • Les Falaises, Virginie DeChamplain – 11,95$/18€
    • « Les Falaises fait le récit d’un chaos à dompter, d’un grand voyage onirique, historique et féminin, qui de la Gaspésie à l’Islande réunit ces survivantes de mère en fille qui admettent difficilement être de quelque part, préférant se savoir ailleurs et se déraciner à volonté. »
  • Shuni, Naomi Fontaine – 19,95$/17€
    • « Naomi Fontaine écrit une longue lettre à son amie Shuni, une jeune Québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus. Elle convoque l’histoire. Surgissent les visages de la mère, du père, de la grand-mère. Elle en profite pour s’adresser à Petit ours, son fils. Les paysages de Uashat défilent, fragmentés, radieux. Elle raconte le doute qui mine le coeur des colonisés, l’impossible combat d’être soi. Shuni, cette lettre fragile et tendre, dit la force d’inventer l’avenir, la lumière de la vérité. La vie est un cercle où tout recommence. »
  • La déesse des mouches à feu, Geneviève Pettersen – 15,95$/6,80€
    • « La déesse des mouches à feu, c’est Catherine, quatorze ans, l’adolescence allée chez le diable. C’est l’année noire de toutes les premières fois. C’est 1996 à Chicoutimi-Nord, le punk rock, le fantôme de Kurt Cobain et les cheveux de Mia Wallace. Des petites crisses qui trippent sur Christiane F. et des gars beaux comme dans les films en noir et blanc. Le flânage au terminus et les batailles de skateux contre pouilleux en arrière du centre d’achats. L’hiver au campe dans le fin fond du bois, les plombs aux couteaux, le PCP vert et les baises floues au milieu des sacs de couchage. C’est aussi les parents à bout de souffle et les amants qui se font la guerre. Un jeep qui s’écrase dans un chêne centenaire, les eaux du déluge qui emportent la moitié d’une ville et des oiseaux perdus qu’on essaie de tuer en criant. »
  • Croc fendu, Tanya Tagaq – 16,95$/20€
    • « Elle grandit au Nunavut dans les années 1970. Elle connaît la joie, l’amitié, l’amour des parents, l’art du camouflage et de la survie. Elle connaît l’ennui et l’intimidation. Elle connaît les ravages de l’alcool, la violence sourde, le courage d’aimer les petites peurs. Elle connaît le pouvoir des esprits. Elle scande en silence le pouvoir brut, amoral, de la glace et du ciel. Dans ce récit venu de loin, d’un espace intime et profond où les frontières s’effacent, Tanya Tagaq chronique les jours terribles d’un village écrasé sous le soleil de minuit. »

Les essais

  • Écrits d’une insoumise, Voltairine de Cleyre – 16,95$/10€
    • « Emma Goldman tenait Voltairine de Cleyre (1866-1912) pour « la femme anarchiste la plus douée et la plus brillante que l’Amérique ait jamais produit », et ce jugement avancé il y a près d’un siècle n’a toujours pas été infirmé. Pionnière du féminisme américain, poétesse, musicienne, celle qui se définissait comme une « anarchiste sans qualificatif » propose une réflexion originale qui touche à un très large éventail de sujets – notamment l’économie, la libre pensée, la philosophie, la religion, la criminologie, la littérature et l’action directe non violente. L’oeuvre d’envergure de cette militante passionnée expose les raisons de sa révolte, témoigne de son espérance d’un monde meilleur et demeure, aujourd’hui encore, d’une brûlante actualité. Cet ouvrage, réalisé sous la direction de Normand Baillargeon et de Chantal Santerre, réunit 16 essais majeurs qui couvrent l’ensemble de son parcours ainsi que 14 poèmes. »
  • Notre sang : Prédictions et discours sur la politique sexuelle, Andrea Dworkin – 19,95$/14€
    • « Théoricienne incontournable, écrivaine incomparable et source d’inspiration de plusieurs générations de féministes, Andrea Dworkin demeure plus d’actualité que jamais alors que les femmes du monde entier se mobilisent pour lutter contre la violence masculine qu’elle a été l’une des premières à désigner et à combattre. Cette essayiste maniait comme nulle autre le verbe, l’humour, la colère, l’espoir. Ce recueil révèle une extraordinaire conférencière qui nous entraîne dans les recoins de la misogynie, du pouvoir masculin, du sadisme et du masochisme sexuels, de la violence, du racisme, de la discrimination. Elle montre les liens qui existent entre l’oppression des femmes, le racisme, le colonialisme, l’esclavage et d’autres formes d’exploitation. »
  • Pourquoi le patriarcat ?, Carol Gilligan – 16,95$/9€
    • « Une hypothèse psychologique à même d’expliquer la perpétuation du patriarcat, forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes. L’auteure fonde son explication sur le choix du sacrifice de la relation altruiste au profit des structures sociales hiérarchiques. »
  • Apprendre à transgresser : l’éducation comme pratique de la liberté, bell hooks – 19,95$/18€
    • « Comment stimuler les étudiant·es ? Comment apprendre des un·es et des autres dans une salle de classe, aussi bien apprenant·es qu’enseignant·es (communauté d’apprentissage) ? La pédagogie radicale émancipatrice ne doit-elle pas mettre l’accent sur la reconnaissance des un·es et des autres pour dynamiser le processus d’apprentissage ? Comment déconstruire les relations existantes entre races, classes et genres ainsi que faire prendre conscience de la production et de la perpétuation des systèmes d’oppression et de domination ? Si bell hooks est connue pour son engagement féministe, l’articulation de cet engagement avec les pratiques dans le domaine de l’éducation et de la pédagogie est moins connue, d’où ce recueil d’essais traduit de l’anglais (États-Unis). Il traite de la pédagogie de l’émancipation. Il aborde non seulement l’importance du féminisme et de l’oppression des femmes, plus particulièrement celle des Noires, qui est spécifique, dans les salles de classe, mais aussi le rôle déterminant des classes sociales et des relations raciales ainsi que de la façon dont la pédagogie des opprimé·es (Paulo Freire) peut s’y appliquer. Il traite du rôle de l’enseignement dans ce processus. »
  • Et ne suis-je pas une femme ?, Sojourner Truth – 15,50$/8€
    • « Recueil d’interventions orales de l’abolitionniste afro-américaine et militante du droit de vote des femmes aux Etats-Unis, née de parents esclaves et inscrite au National Women’s Hall of Fame. Il comprend notamment son célèbre discours prononcé le 29 mai 1851 dans l’Ohio, qui fait date en ce qui concerne les questions du féminisme et du racisme. »

Les livres d’histoire

  • Ne nous libérez pas, on s’en charge, Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel – 34,95$/25€
    • « 
    • Comment les féminismes ont-ils émergé en France ? Doit-on parler de féminisme bourgeois ? Quels liens ont existé entre féminismes et socialismes ? Y a-t-il eu des féminismes noirs ? Les féministes étaient-elles toutes colonialistes ? Existe-t-il des féminismes religieux ? Comment s’articulent mouvements lesbien, gay, trans et mouvements féministes ? Quel a été le rôle du féminisme institutionnel ? Qu’est-ce qui est nouveau dans les groupes féministes aujourd’hui ? Qu’est-ce que révèle #Metoo sur la capacité des femmes à se mobiliser ? Ce livre entend fournir quelques clés indispensables afin de penser les féminismes d’hier et d’aujourd’hui à la lumière des grands défis contemporains, des inégalités sociales, raciales et de genre. Cette sociohistoire renouvelée des féminismes rend compte des stratégies plurielles déployées par les femmes et les hommes féministes qui ont combattu les inégalités entre les sexes et l’oppression spécifique des femmes, de la Révolution française à nos jours. »
  • Les femmes ou Les silences de l’histoire, Michelle Perrot – 24,95$/13€
    • « Les femmes ou les silences de l’histoireLes femmes font aujourd’hui du bruit ? C’est en regard du silence dans lequel les a tenues la société pendant des siècles. Silence des exploits guerriers ou techniques, silence des livres et des images, silence surtout du récit historique qu’interroge justement l’historienne. Car derrière les murs des couvents ou des maisons bourgeoises, dans l’intimité de leurs journaux ou dans leurs confidences distraites, dans les murmures de l’atelier ou du marché, dans les interstices d’un espace public peu à peu investi, les femmes ont agi, vécu, souffert et travaillé à changer leurs destinées.Qui mieux que Michelle Perrot pouvait nous le montrer ? Historienne des grèves ouvrières, du monde du travail et des prisons, Michelle Perrot s’est attachée très tôt à l’histoire des femmes. Elle les a suivies au long du XIXe et du XXe siècles, traquant les silences de l’histoire et les moments où ils se dissipaient. Ce sont quelques-unes de ces étapes que nous restitue ce livre. »
  • Écrits autochtones : comprendre les enjeux des Premières Nations, Chelsea Vowel – 31,95$/29€
    • « Rédigés à la suite du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, ces Écrits autochtones se lisent comme on prendrait un café avec un·e ami·e qui nous expliquerait, clairement mais sans simplifier, les concepts et les idées reçues liés aux questions autochtones et, plus précisément, les relations juridiques, politiques et sociales entre les peuples autochtones et le Canada. Avec audace et esprit, Chelsea Vowel explore les expériences autochtones depuis la période postcontact jusqu’à aujourd’hui, à travers différents thèmes : le vocabulaire des relations, la culture et l’identité, l’éclatement des mythes, la violence étatique ainsi que le territoire, l’éducation, les droits et les traités. »

Les petits budgets

  • La crise de la reproduction : entretiens, Mariarosa Dalla Costa et Silvia Federici – 9,95$/8€
    • « Nées en Italie dans les années 1940, Silvia Federici et Mariarosa Dalla Costa sont des militantes pionnières et des intellectuelles féministes de premier plan. Dans ces entretiens avec Louise Toupin, elles reviennent sur le mouvement qu’elles ont cofondé en 1972, le Collectif féministe international, qui fut à l’origine d’une revendication radicale et controversée au sein du féminisme, celle de la rémunération du travail domestique. À partir de ce riche terreau, elles racontent comment s’est développée leur pensée au fil du temps, et formulent une critique intersectionnelle du capitalisme néolibéral, depuis la notion de crise de la reproduction sociale. »
  • Sororité, Collectif dirigé par Chloé Delaume – 7,99$/6,70€
    • « Sous la forme de récits, fictions, poèmes ou chansons, une réflexion collective sur la sororité. La solidarité entre les femmes se révèle être l’un des principes fondateurs du combat féministe. »
  • Pour l’intersectionnalité, Eléonore Lépinard et  Sarah Mazouz – 9,95$/5€
    • « Une analyse consacrée à l’intersectionnalité, un concept créé dans les années 1980 par des féministes de couleur pour désigner les processus d’imbrication et de co-construction de différents rapports de pouvoir. L’histoire de cette notion, son instrumentalisation politique ainsi que les résistances qu’elle suscite sont notamment évoquées. »
  • SCUM Manifesto, Valerie Solanas – 7,95$/4,50€
    • « En renversant l’image de la femme comme être inférieur par nature pour l’appliquer à l’homme, l’autrice démonte la mécanique de la domination masculine. Un pamphlet littéraire et politique, où l’humour et la provocation révèlent les rapports de force entre les sexes. Depuis sa diffusion dans les rues de New York par Valerie Solanas en 1967. SCUM Manifesto est devenu un texte culte du féminisme. »

Les bandes dessinées et guides didactiques

Les livres jeunesse

  • [3-6 ans] Bébé antiraciste, Ibram X. Kendi et Ashley Lukashevsky – 12,99$/ND€
    • « On ne naît pas bébé antiraciste, on le devient. Un bébé antiraciste est élevé pour faire évoluer la société. Apprenons-nous à être racistes ou antiracistes? Heureusement, il y beaucoup de choses que nous pouvons faire pour faire de l’équité une réalité. Ouvrir nos yeux et voir toutes les couleurs de peau, en parler et aller à l’encontre de politiques racistes constituent de bons moyens de combattre le racisme. Nous avons le pouvoir de transcender les idées reçues et d’œuvrer pour le bien. De ne pas juger un livre selon son apparence et de le lire jusqu’à la fin. Cet album d’actualité, en rimes et rempli d’illustrations en couleurs, permettra aux parents et aux gardiens de déclencher des conversations sur le racisme avec les enfants. »
  • Histoires du soir pour filles rebelles (T1), Elena Favilli et Francesca Cavallo – 34,95$/19,90€
    • « Véritables contes de femmes – et non simples contes de fées, ces Histoires du soir pour filles rebelles permettront à tous les enfants de se rêver un destin extraordinaire et sans limites. Pirates, scientifiques, romancières, sportives, guerrières, reines et chanteuses, les 100 femmes d’hier et d’aujourd’hui qui figurent dans ce brillant et splendide livre ont eu l’audace de franchir des obstacles et de combattre les injustices pour réaliser leurs rêves. »
  • Histoires du soir pour filles rebelles (T2), Elena Favilli et Francesca Cavallo – 34,95$/19,90€
    • « De Nefertiti à Beyoncé en passant par J. K. Rowling et Audrey Hepburn, ce bouquet de femmes inspirantes prouve aux enfants que peu importe leur couleur, leur statut, leur âge ou leurs moyens, ils peuvent accomplir de grandes choses. Un livre percutant à mettre entre toutes les mains! »
  • Histoires du soir pour filles rebelles (T3) : 100 jeunes qui changent le monde – 34,95$/ND€
    • « Oubliez Cendrillon, la Belle au bois dormant ou Blanche-Neige et célébrez les Greta Thunberg, Billie Eilish et Farah Abilay du monde entier! Après des ventes incroyables de près de sept millions d’exemplaires des deux premiers tomes, le phénomène mondial se poursuit dans un nouveau recueil qui rend hommage à cent jeunes femmes fascinantes qui changent le monde à leur façon. Illustré par des artistes féminines ou non-binaires du monde entier, ce livre culte est un objet aussi agréable à regarder qu’à lire. »
  • Collection de Bandes dessinées « De Petite À Grande » : Simone de Beauvoir, Amelia Earhart, Marie Curie, Rosa Parks… – 16,95$/9,95€
  • La Coalition des familles LGBT+ recommande plusieurs livres pour enfants, ici.

Adelphité

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Formé à partir de la racine grecque ἀδελφ-, qui est elle-même le produit d’un – copulatif et de δελφύς (matrice, utérus), l’adelphe est celui ou celle « né·e du même sein », renvoyant donc aux liens entre frères (οἱ ἀδελφοί) et sœurs (αἱ ἀδελφαί). Il est important de noter que la racine est ici analogue, contrairement à ce qui existe en français aujourd’hui, que l’on tient du latin (frater ≠ soror). Aujourd’hui, l’adelphité est une alternative inclusive aux termes fraternité (solidarité entre frères) et sororité (solidarité entre sœurs), en ce qu’il englobe l’ensemble des genres. C’est à Florence Montreynaud que l’on doit la (re)découverte de ce terme, employé d’abord au Moyen-Âge puis oublié.

Toutefois, l’adelphité revet également des allures de projet politique, en ce qu’elle sous-tend des rapports d’égalité fondés sur une perception bienveillante de la communauté humaine. Car, comme les études féministes ne cessent de le rappeler, les mots employés sont constitutifs de notre conception, d’un point de vue cognitif, de la société – ce n’est pas pour rien que le langage inclusif est un débat de fond. Dès lors, les questionnements soulevés par la devise française Liberté, Égalité, Fraternité ne sont pas vains, en témoigne le rapport 2018 du Haut Conseil à l’Égalité qui préconise de remplacer Fraternité par Solidarité ou Adelphité. L’exclusion linguistique n’est pas l’unique cause de l’exclusion publique, mais elle en participe en façonnant des univers mentaux où le masculin l’emporte.

Histoire du féminisme : une quatrième vague ?

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Une rupture dans les modes d’action

En 2020, l’existence d’une quatrième vague féministe fait encore l’objet de débats, en particulier dans les contextes francophones.

Néanmoins, un tournant important a été observé au début des années 2010, marqué notamment par la diffusion massive d’Internet et l’essor des réseaux sociaux. Ces transformations technologiques ont profondément modifié les formes de mobilisation et de circulation de la parole féministe.

Parmi les mouvements les plus marquants figurent notamment :

  • Ni Una Menos, né en Argentine en 2015 pour dénoncer les féminicides
  • MeToo, popularisé en 2017 mais initié dès 2006 par l’activiste Tarana Burke

Continuité et transformations

Cette période se distingue surtout par une transformation des moyens d’action plutôt que des objectifs.

Les enjeux contemporains (violences sexuelles, inégalités économiques, discriminations structurelles) s’inscrivent largement dans la continuité des luttes précédentes.

La question de l’existence d’une quatrième vague renvoie donc à un débat plus large : les vagues féministes sont-elles définies par leurs revendications ou par les contextes sociaux et technologiques dans lesquels elles s’inscrivent ?

Les stratégies militantes évoluent en effet au rythme des transformations de la société. Les mouvements féministes s’approprient ces outils et les adaptent à leurs propres objectifs politiques.

Donner la parole

Pour mieux comprendre les enjeux contemporains, j’ai également choisi de donner la parole aux personnes qui souhaitent partager leur point de vue.

Un questionnaire a ainsi été diffusé sur Facebook et Instagram. L’échantillon obtenu est nécessairement partiel puisqu’il regroupe principalement des personnes intéressées par la plateforme ou appartenant à mon réseau, mais il permet néanmoins de recueillir une diversité de regards sur les débats actuels.

Les données

Les témoignages des personnes se définissant comme féministes

Je parlerais plutôt « des féminismes » car il y a de nombreux courants finalement. Mais si un but commun était à prendre en considération… le féminisme pour moi aujourd’hui c’est de rejeter l’inné, de requestionner la culture (de son Pays en général) et sa société pour déconstruire des schémas patriarcaux, naturalisés, pour mettre en évidence les stéréotypes et déterminismes genrés dont on ne se débarrasse toujours pas. Je dirais que la grande différence avec la vague précédente… c’est internet ! Le féminisme est mondial est bien plus partagé, diffusé qu’avant ! #metoo. Ce ce qui nous permet, je pense, aujourd’hui de bien plus questionner les rapports de genre avec une regard intersectionnel grâce à cette ouverture numérique. Même si elle produit aussi une hausse de harcèlement, etc. Le féminisme actuel est partout, mais surtout sur les réseaux. Au final, Je suis féministe pour toutes ces choses.

Jeanne, Lyon (femme cis, 18-24 ans)

[Le féminisme] c’est l’égalité des genres dans toutes les sphères de la société. Plus personne ne devrait se sentir exclu pour aucune raison. Le féminisme n’est pas comme certaines ou certains le conçoivent, l’égalité salariale des femmes mais inclut beaucoup plus que le pilier économique et va au-delà de la dichotomie des sexes, c’est pour ça qu’il est important de parler « des genres ».

Estelle, Montréal (femme cis, 18-24 ans)

[Je suis féministe] parce que je crois que l’équité entre les genres n’est pas atteinte et qu’il y a encore du travail à faire. Énormément. Même dans les pays « développés ». Aujourd’hui, le féminisme consiste à maintenir nos acquis toujours remis en cause et continuer à revendiquer nos droits non reconnus, comme l’équité et le simple respect.

Pascale, Montréal (femme cis, 35-44 ans)

[Le féminisme c’est l’] égalité des gens. Être considérée comme une humaine, sans tous ces préjugés et injonctions sociales et religieuses (patriarcat bonjour). Être inclusive. Tout le monde doit être respecté. Ça peut commencer par l’écriture épicène. Cela doit être la norme. Je suis féministe car c’est la base d’une éducation positive et du respect. Mes parents m’ont donné cette éducation. Jamais influencé par mon genre.

Eugénie, Montréal (femme cis, 18-24 ans)

[Le féminisme c’est] une question d’équité de base.

Victoria, Montréal (femme cis, 25-34 ans)

J’essaie d’être active dans mon féminisme (plutôt que passivement dire ici et là que je suis féministe) ! Je lis beaucoup pour comprendre les points de vue. Néanmoins, pour ma part, le féministe doit être inclusif (ça doit pas devenir une source d’oppression en prônant une seule vision, mais doit rester un mouvement de libération qui est légitimé par la diversité des témoignages et des expériences) ! C’est pas toujours évident, mais j’essaie d’engager le dialogue avec des personnes qui ont des points de vue différents (pas nécessairement dans l’optique de les faire changer d’avis, mais pour comprendre son point et enrichir ma compréhension des problèmes/oppressions). En vrai, j’aimerais ça être vraiment plus active, mais je sais pas comment faire sans tomber dans le « dogme »…

Maude, Ottawa (femme cis, 18-24 ans)

Je suis féministe, parce que : – Les fxmmes sont moins payées que les hommes – Les métiers dit « féminins » sont moins bien payés que ceux dit « masculins » – Les fxmmes sont plus à risque de vivre de la violence sous toutes ces formes de la part des hommes – Les menstruations sont vues comme dégoûtantes et qu’on devrait en avoir honte (pire encore dans certains pays) – Les fxmmes sont vues comme des objets sexuels, et non comme des personnes à part entière – Les fxmmes ne peuvent pas se fâcher, sinon elles sont « dans leur semaine » – La société est beaucoup plus préoccupée par l’apparence physique des fxmmes que par leurs idées, leurs opinions, leurs fiertés, etc. – Les fxmmes ne peuvent avoir une sexualité épanouie sans se faire traiter de noms – Les droits des fxmmes ne sont pas acquis (ex : l’avortement) – Les féminicides – La culture du viol – La police et la justice ne sont pas nos alliés dans la lutte aux agressions sexuelles – La charge mentale – Les fxmmes peuvent vivre de la discrimination au travail en lien avec leur enfants ou leurs futurs enfants – Le mariage forcé dans certains pays – Les mutilations sexuelles – Les personnes au pouvoir sont majoritairement des hommes blancs cishet – Les aspects dit « féminins » chez les hommes sont vus comme des défauts – Les crimes d’honneur – Les stéréotypes – Pour toutes les personnes adoptées qui ont été abandonné parce qu’elles étaient des fxmmes – Etc. (c’est sûr qu’il m’en manque) Bref, je suis féministe parce que les fxmmes et les hommes ne sont pas égaux dans la réalité. Et, c’est ça pour moi le féminisme. L’égalité entre les hommes et les fxmmes sur toutes les sphères. Être une fxmme ne devrait pas être pénalisant. Et les décisions touchant les fxmmes ne devraient être prises que par celles-ci. Donc, le féminisme d’aujourd’hui, je pense que c’est de lutter contre toutes les oppressions touchant toutes les fxmmes (donc intersectoriel).

Émilie, Val d’Or (femme cis racisée, 18-24 ans) – *En tant que personne racisée, Émilie n’a pas l’impression d’être représentée au sein des mouvements féministes « parce qu'[elle] est adoptée et [que] la voix des adoptés ne se fait jamais entendre »

[Le féminisme c’est] vouloir être sur un pied d’égalité en terme de droits et de devoirs avec les hommes.

Estelle, Brest (femme cis racisée, 25-34 ans)

Pour moi, le principe du féminisme est de tendre vers une égalité des genres. Cela peut prendre des formes très diverses, mais l’idée générale serait d’arriver à situation où aucun genre n’écrase un autre de quelque manière qui soit. Je ne reconnais donc pas le féminisme dans des cas où des femmes deviennent agressives envers tous les hommes, car pour moi cela devient plutôt un renversement de la balance et non une égalité. Ainsi, je ne vois pas le féminisme comme une transformation intégrale qui se fait d’un coup d’un seul, mais plutôt comme une déconstruction lente, étape par étape, de nombreux réflexes qui nous viennent des sociétés dans lesquelles nous avons grandi. Par exemple, au quotidien j’ai pour habitude avec des situations concernant des personnes, de les transposer à des personnes d’un autre genre, afin de voir s’il y aurait quelque chose de dérangeant ou non: et si la situation semble décalée avec un autre genre, peut-être que cette situation n’a tout simplement pas lieu d’être (pas facile à expliquer par écrit!). Je pense ainsi à toutes sortes de remarques qui peuvent être faites à des femmes, mais qu’on ne ferait pas à des hommes. Je tiens à préciser que j’ai encore une vision très binaire des choses, mais j’essaie d’en avoir conscience et de m’améliorer. Bref, pas facile d’expliquer précisément ce qu’est le féminisme pour moi. C’est un ensemble d’idées… Le fait de ne pas devoir se justifier vis à vis des autres lorsque l’on fait quelque chose, parce qu’on appartient à tel ou tel genre… En gros, pouvoir se sentir légitime de s’exprimer et d’agir comme n’importe quelle autre personne. Et je précise bien « se sentir », car je pense que lorsqu’on est féministe, ce qui nous pousse dans ce mouvement ce sont justement des ensembles de choses que l’on ressent, que la société nous fait ressentir. Ces choses que je ressens comme décalées m’invitent donc à m’exprimer de façon à rééquilibrer la situation. Je dirais donc que le féminisme est tout simplement pour moi une recherche d’équilibre.

Laura, Saint-Germain-de-Joux (femme cis, 25-34 ans)

Je ne me suis jamais affirmée comme féministe, l’être me semblait juste une évidence. Plus jeune, je n’ai jamais accepté que l’on me dicte ma conduite au motif que j’étais une fille ni qu’en tant que telle je me devais d’obéir à des normes sociales, de même que j’ai toujours détesté les injustices sous toutes leurs formes. Mère très jeune, et parent isolée à 2 reprises, j’ai pris conscience de la difficulté d’être une femme, une fois de plus, et du rôle que nous assigne la société selon notre genre. Ceci étant, je n’ai jamais été activiste, l’occasion ne s’est pas présentée et cela ne me correspondait pas vraiment non plus. Mon féminisme se traduit plutôt par le refus de me plier aux injonctions sociales, et j’espère par l’éducation que j’ai donné à mes enfants. L’une se reconnaîtra, probablement, au travers de ses lignes. J’ai cédé, par facilité, et sûrement en raison de la génération à laquelle j’appartiens, sur le partage des tâches ménagères ; cela me semblait cependant, un accommodement raisonnable. Je dirais que mon féminisme est un état d’esprit, mais plus le temps passe et plus je me dis qu’il faut passer aux actes, reste à trouver comment. Je perçois le féminisme actuel comme très polymorphe et dans un renouveau combatif après s’être reposé sur ses lauriers un temps. J’ai foi dans la jeunesse. Je découvre nombre de jeunes femmes fortes, inspirantes, combatives, intelligentes, imaginatives, ouvertes, lucides, et cela me réjouit. Je crois que de belles choses sont encore à inventer.

Marie-Laure, Albens (femme cis, 45-54 ans)

Les témoignages des personnes ne se définissant pas comme féministes et non nécessairement comme alliées

Je pense que je considère déjà les femmes comme les égaux des hommes sans avoir besoin de me considérer comme féministe. Je pense aussi que beaucoup de femmes sous-estiment la charge mentale qui pèse sur les hommes au quotidien (alors qu’on parle sans cesse de la charge mentale des femmes) et que beaucoup d’hommes gardent profond en eux, sans se plaindre, jusqu’à parfois exploser. Et l’expérience m’a appris que les personnes qui aiment se ‘coller une étiquette’ sont souvent plus dans la parole que l’action?

Gil, Montréal (homme cis, 35-44 ans)

Le mot féminisme est aujourd’hui tellement galvaudé et politisé qu’il ne sert plus qu’à nourrir des polémiques aussi crispées que crétines au lieu de faire avancer quoi que ce soit. [Le féminisme, selon moi, ce sont] certainement beaucoup de gens intelligents, dans la réflexion, une certaine confidentialité compatible à l’action et aux avancées palpables. Des personnes qui ont compris qu’il valait ne mieux pas être associé à des gens qui confondent psychothérapie gratuite et activisme politique, en lieu et place de la cause prétendument défendue.

Cédric, Montréal (non binaire, 45-54 ans)

[Le féminisme est] une nouvelle tendance qui puise son fondement sur la remise en question de la science par un égoïsme collectif excentrique.

Anonyme, Montréal (homme cis, 35-44 ans)

[Le féminisme] est un combat pour l’égalité entre l’homme et la femme. Et une place plus importante de la femme dans notre société. « Il ne suffit pas de se dire féministe pour l’être ». Il faut identifier son propre privilège et ne pas attendre d’être félicité à chaque initiative. Il s’agit pour nous les hommes de désapprendre certains comportements, faire un travail sur nous-mêmes et se confronter aux propos sexistes que nos amis tiennent entre eux. L’implication dans cette lutte ne se limite pas aux femmes bien que selon moi aujourd’hui certains courants radicaux discréditent ce combat.

Grégoire, Montréal (homme cis, 18-24 ans)

Je me pense allié car je suis pour l’égalité réelle et absolue de chaque genre, et de chaque être vivant. À mes yeux le terme féminisme aujourd’hui ne représente plus un objectif d’égalité mais une dominance, ce qui devient alors une forme de sexisme (à l’image du machisme). Bref je pense qu’il faudra un nouveau nom pour symboliser l’égalité aujourd’hui.

Cam, Montréal (homme cis, 25-34 ans)

En résumé

  • Une corrélation se dégage très clairement entre le genre et l’affiliation féministe vs allié·e : les femmes cis se définissent comme féministes, là où les hommes cis et une personne non binaire rejettent le terme tout en se définissant, pour moitié, comme allié.
  • Un malaise avec le terme féministe demeure perceptible – surtout chez les hommes cis -, principalement lié à une méconnaissance des enjeux portés par les mouvements.
  • Les revendications principales sont très similaires aux luttes institutionnelles et juridiques propres au courant libéral, au sein desquelles se glissent une terminologie et des réflexions radicales.

Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Éditions Amsterdam. 

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel. 2020. Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Éditions La Découverte.

Karine Bergès, Florence Binard et Alexandrine Guyard-Nedelec (dir.). 2017. Féminismes du XXIe siècle : une troisième vague ? Presses Universitaires de Rennes.