Féminisme(s)

Temps de lecture : 3 minutes


Les dictionnaires attribuent faussement le terme à Charles Fourier – penseur socialiste pour qui le progrès de la société ne peut se faire sans le progrès des droits des femmes et leur accession à la liberté – qui l’aurait utilisé pour la première fois en 1837. Cependant, les recherches historiques et textuelles démontrent des incohérences dans cette attribution du terme, et rien ne permet actuellement de résoudre l’énigme de son origine.

La première occurence de l’adjectif est, quant à elle, attribuée à Alexandre Dumas (fils) en 1872, mais il semblerait qu’il ait lui-même emprunté le néologisme ; l’on ignore cependant à qui.

Qui a dit que cette histoire était frustrante ?

Sachez également que l’on parlait de mouvement féminin jusqu’en 1891, avant que féminisme et féministe ne soient officiellement repris par des figures emblématiques du mouvement de l’époque, telles qu’Hubertine Auclert.

Nota bene : les articles scientifiques parlent généralement de « mouvement des femmes » pour décrire les actions précédent le tournant du XXè siècle, mais j’emploierai ici, peut-être de manière anachronique, l’expression de mouvements féministes dès lors qu’il y a conjonction d’intérêts et lutte politique.

Karen Offen. 1987. « Sur l’origine des mots « féminisme » et « féministe » ». Revue d’histoire moderne et contemporaine, 34 (3) : 492-496.

La définition classique (et trompeuse)

« Mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique; doctrine, idéologie correspondante. »

L’on pourrait longuement discuter de cette définition, d’abord en raison de l’emploi du singulier, qui fait de la femme une sorte d’entité unique, ou alors par le fait qu’elle passe en partie à côté des objectifs du féminisme.

Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

La définition célèbre (et efficace)

« [Feminism is] a political struggle to end sexist oppression » – le féminisme est une lutte politique pour mettre fin à l’oppression sexiste.

Bell Hooks. 2000. Feminist Theory : From Margin to Center. London : Pluto Press : 34.

La définition (quasi) exhaustive

« Il s’agit d’une prise de conscience d’abord individuelle, puis ensuite collective, suivie d’une révolte contre l’arrangement des rapports de sexe et la position subordonnée que les femmes y occupent dans une société donnée, à un moment donné de son histoire. Il s’agit aussi d’une lutte pour changer ces rapports et cette situation. »

Louise Toupin. 1998. Les courants de pensée féministe. En ligne.

Ce qu’il faut retenir

Définir le féminisme est une tâche ardue dont la complexité tient à ce qu’il est fondamentalement multiple. Chaque courant du féminisme, par ce qu’il met de l’avant, par ses moyens, par ses priorités, en infléchit la définition.

Toutefois, les prémisses de base du féminisme demeurent les mêmes, qu’importent les courants : chaque être humain a droit à l’égalité et au respect de son intégrité physique et morale, or le genre est actuellement un motif de discrimination qui déroge à ce droit supposément universel.

Ce sont ensuite les causes de la domination qui varient : le système législatif, le système économique, la structure patriarcale de la société, etc., ce à quoi s’ajoutent les autres motifs de discrimination, notamment la couleur de peau et l’orientation sexuelle. Alors, à chaque cause ses moyens d’action et sa solution !


Pour aller plus loin