Histoire du féminisme : une quatrième vague ?

Temps de lecture : 10 minutes


S’il n’existe déjà guère de consensus sur l’existence d’une troisième vague féministe en-dehors des États-Unis, la quatrième vague ne fait nécessairement pas l’unanimité en contexte francophone. Toutefois, une réelle rupture s’est orchestrée au début des années 2010, notamment en raison de la démocratisation d’Internet et de l’explosion progressive des réseaux sociaux, qui ont fait évoluer les moyens d’actions, et ont notamment amené aux différentes vagues de dénonciation (notamment avec le mouvement argentin Ni Una Menos en 2015 puis le mouvement #MeToo en 2017). Cette rupture demeure celle des moyens plutôt que des fins, puisque les enjeux contemporains s’inscrivent dans des combats déjà existants ; d’où le débat épistémologique sur l’existence réelle d’une quatrième vague, chacune étant avant tout historiquement marquée par le renouvellement des revendications – les stratégies étant plutôt liées aux contextes social et technologique indépendants des mouvements féministes, que les militantes s’approprient et façonnent.

Afin de mieux cerner les enjeux contemporains, j’ai décidé de laisser la parole à celleux désireux·ses de s’exprimer. Vous pouvez retrouver le questionnaire ici – soumis par l’intermédiaire de Facebook et Instagram. L’échantillon est nécessairement biaisé puisqu’il se compose de fait de personnes intéressé·e·s par la plateforme et/ou appartenant à mon cercle proche, mais l’objectif dudit blogue étant l’acquisition de connaissances, l’on peut postuler que les abonné·e·s ne sont pas systématiquement féministes et/ou militant·e·s.

Les données

Les témoignages des personnes se définissant comme féministes

Je parlerais plutôt « des féminismes » car il y a de nombreux courants finalement. Mais si un but commun était à prendre en considération… le féminisme pour moi aujourd’hui c’est de rejeter l’inné, de requestionner la culture (de son Pays en général) et sa société pour déconstruire des schémas patriarcaux, naturalisés, pour mettre en évidence les stéréotypes et déterminismes genrés dont on ne se débarrasse toujours pas. Je dirais que la grande différence avec la vague précédente… c’est internet ! Le féminisme est mondial est bien plus partagé, diffusé qu’avant ! #metoo. Ce ce qui nous permet, je pense, aujourd’hui de bien plus questionner les rapports de genre avec une regard intersectionnel grâce à cette ouverture numérique. Même si elle produit aussi une hausse de harcèlement, etc. Le féminisme actuel est partout, mais surtout sur les réseaux. Au final, Je suis féministe pour toutes ces choses.

Jeanne, Lyon (femme cis, 18-24 ans)

[Le féminisme] c’est l’égalité des genres dans toutes les sphères de la société. Plus personne ne devrait se sentir exclu pour aucune raison. Le féminisme n’est pas comme certaines ou certains le conçoivent, l’égalité salariale des femmes mais inclut beaucoup plus que le pilier économique et va au-delà de la dichotomie des sexes, c’est pour ça qu’il est important de parler « des genres ».

Estelle, Montréal (femme cis, 18-24 ans)

[Je suis féministe] parce que je crois que l’équité entre les genres n’est pas atteinte et qu’il y a encore du travail à faire. Énormément. Même dans les pays « développés ». Aujourd’hui, le féminisme consiste à maintenir nos acquis toujours remis en cause et continuer à revendiquer nos droits non reconnus, comme l’équité et le simple respect.

Pascale, Montréal (femme cis, 35-44 ans)

[Le féminisme c’est l’] égalité des gens. Être considérée comme une humaine, sans tous ces préjugés et injonctions sociales et religieuses (patriarcat bonjour). Être inclusive. Tout le monde doit être respecté. Ça peut commencer par l’écriture épicène. Cela doit être la norme. Je suis féministe car c’est la base d’une éducation positive et du respect. Mes parents m’ont donné cette éducation. Jamais influencé par mon genre.

Eugénie, Montréal (femme cis, 18-24 ans)

[Le féminisme c’est] une question d’équité de base.

Victoria, Montréal (femme cis, 25-34 ans)

J’essaie d’être active dans mon féminisme (plutôt que passivement dire ici et là que je suis féministe) ! Je lis beaucoup pour comprendre les points de vue. Néanmoins, pour ma part, le féministe doit être inclusif (ça doit pas devenir une source d’oppression en prônant une seule vision, mais doit rester un mouvement de libération qui est légitimé par la diversité des témoignages et des expériences) ! C’est pas toujours évident, mais j’essaie d’engager le dialogue avec des personnes qui ont des points de vue différents (pas nécessairement dans l’optique de les faire changer d’avis, mais pour comprendre son point et enrichir ma compréhension des problèmes/oppressions). En vrai, j’aimerais ça être vraiment plus active, mais je sais pas comment faire sans tomber dans le « dogme »…

Maude, Ottawa (femme cis, 18-24 ans)

Je suis féministe, parce que : – Les fxmmes sont moins payées que les hommes – Les métiers dit « féminins » sont moins bien payés que ceux dit « masculins » – Les fxmmes sont plus à risque de vivre de la violence sous toutes ces formes de la part des hommes – Les menstruations sont vues comme dégoûtantes et qu’on devrait en avoir honte (pire encore dans certains pays) – Les fxmmes sont vues comme des objets sexuels, et non comme des personnes à part entière – Les fxmmes ne peuvent pas se fâcher, sinon elles sont « dans leur semaine » – La société est beaucoup plus préoccupée par l’apparence physique des fxmmes que par leurs idées, leurs opinions, leurs fiertés, etc. – Les fxmmes ne peuvent avoir une sexualité épanouie sans se faire traiter de noms – Les droits des fxmmes ne sont pas acquis (ex : l’avortement) – Les féminicides – La culture du viol – La police et la justice ne sont pas nos alliés dans la lutte aux agressions sexuelles – La charge mentale – Les fxmmes peuvent vivre de la discrimination au travail en lien avec leur enfants ou leurs futurs enfants – Le mariage forcé dans certains pays – Les mutilations sexuelles – Les personnes au pouvoir sont majoritairement des hommes blancs cishet – Les aspects dit « féminins » chez les hommes sont vus comme des défauts – Les crimes d’honneur – Les stéréotypes – Pour toutes les personnes adoptées qui ont été abandonné parce qu’elles étaient des fxmmes – Etc. (c’est sûr qu’il m’en manque) Bref, je suis féministe parce que les fxmmes et les hommes ne sont pas égaux dans la réalité. Et, c’est ça pour moi le féminisme. L’égalité entre les hommes et les fxmmes sur toutes les sphères. Être une fxmme ne devrait pas être pénalisant. Et les décisions touchant les fxmmes ne devraient être prises que par celles-ci. Donc, le féminisme d’aujourd’hui, je pense que c’est de lutter contre toutes les oppressions touchant toutes les fxmmes (donc intersectoriel).

Émilie, Val d’Or (femme cis racisée, 18-24 ans) – *En tant que personne racisée, Émilie n’a pas l’impression d’être représentée au sein des mouvements féministes « parce qu'[elle] est adoptée et [que] la voix des adoptés ne se fait jamais entendre »

[Le féminisme c’est] vouloir être sur un pied d’égalité en terme de droits et de devoirs avec les hommes.

Estelle, Brest (femme cis racisée, 25-34 ans)

Pour moi, le principe du féminisme est de tendre vers une égalité des genres. Cela peut prendre des formes très diverses, mais l’idée générale serait d’arriver à situation où aucun genre n’écrase un autre de quelque manière qui soit. Je ne reconnais donc pas le féminisme dans des cas où des femmes deviennent agressives envers tous les hommes, car pour moi cela devient plutôt un renversement de la balance et non une égalité. Ainsi, je ne vois pas le féminisme comme une transformation intégrale qui se fait d’un coup d’un seul, mais plutôt comme une déconstruction lente, étape par étape, de nombreux réflexes qui nous viennent des sociétés dans lesquelles nous avons grandi. Par exemple, au quotidien j’ai pour habitude avec des situations concernant des personnes, de les transposer à des personnes d’un autre genre, afin de voir s’il y aurait quelque chose de dérangeant ou non: et si la situation semble décalée avec un autre genre, peut-être que cette situation n’a tout simplement pas lieu d’être (pas facile à expliquer par écrit!). Je pense ainsi à toutes sortes de remarques qui peuvent être faites à des femmes, mais qu’on ne ferait pas à des hommes. Je tiens à préciser que j’ai encore une vision très binaire des choses, mais j’essaie d’en avoir conscience et de m’améliorer. Bref, pas facile d’expliquer précisément ce qu’est le féminisme pour moi. C’est un ensemble d’idées… Le fait de ne pas devoir se justifier vis à vis des autres lorsque l’on fait quelque chose, parce qu’on appartient à tel ou tel genre… En gros, pouvoir se sentir légitime de s’exprimer et d’agir comme n’importe quelle autre personne. Et je précise bien « se sentir », car je pense que lorsqu’on est féministe, ce qui nous pousse dans ce mouvement ce sont justement des ensembles de choses que l’on ressent, que la société nous fait ressentir. Ces choses que je ressens comme décalées m’invitent donc à m’exprimer de façon à rééquilibrer la situation. Je dirais donc que le féminisme est tout simplement pour moi une recherche d’équilibre.

Laura, Saint-Germain-de-Joux (femme cis, 25-34 ans)

Je ne me suis jamais affirmée comme féministe, l’être me semblait juste une évidence. Plus jeune, je n’ai jamais accepté que l’on me dicte ma conduite au motif que j’étais une fille ni qu’en tant que telle je me devais d’obéir à des normes sociales, de même que j’ai toujours détesté les injustices sous toutes leurs formes. Mère très jeune, et parent isolée à 2 reprises, j’ai pris conscience de la difficulté d’être une femme, une fois de plus, et du rôle que nous assigne la société selon notre genre. Ceci étant, je n’ai jamais été activiste, l’occasion ne s’est pas présentée et cela ne me correspondait pas vraiment non plus. Mon féminisme se traduit plutôt par le refus de me plier aux injonctions sociales, et j’espère par l’éducation que j’ai donné à mes enfants. L’une se reconnaîtra, probablement, au travers de ses lignes. J’ai cédé, par facilité, et sûrement en raison de la génération à laquelle j’appartiens, sur le partage des tâches ménagères ; cela me semblait cependant, un accommodement raisonnable. Je dirais que mon féminisme est un état d’esprit, mais plus le temps passe et plus je me dis qu’il faut passer aux actes, reste à trouver comment. Je perçois le féminisme actuel comme très polymorphe et dans un renouveau combatif après s’être reposé sur ses lauriers un temps. J’ai foi dans la jeunesse. Je découvre nombre de jeunes femmes fortes, inspirantes, combatives, intelligentes, imaginatives, ouvertes, lucides, et cela me réjouit. Je crois que de belles choses sont encore à inventer.

Marie-Laure, Albens (femme cis, 45-54 ans)

Les témoignages des personnes ne se définissant pas comme féministes et non nécessairement comme alliées

Je pense que je considère déjà les femmes comme les égaux des hommes sans avoir besoin de me considérer comme féministe. Je pense aussi que beaucoup de femmes sous-estiment la charge mentale qui pèse sur les hommes au quotidien (alors qu’on parle sans cesse de la charge mentale des femmes) et que beaucoup d’hommes gardent profond en eux, sans se plaindre, jusqu’à parfois exploser. Et l’expérience m’a appris que les personnes qui aiment se ‘coller une étiquette’ sont souvent plus dans la parole que l’action?

Gil, Montréal (homme cis, 35-44 ans)

Le mot féminisme est aujourd’hui tellement galvaudé et politisé qu’il ne sert plus qu’à nourrir des polémiques aussi crispées que crétines au lieu de faire avancer quoi que ce soit. [Le féminisme, selon moi, ce sont] certainement beaucoup de gens intelligents, dans la réflexion, une certaine confidentialité compatible à l’action et aux avancées palpables. Des personnes qui ont compris qu’il valait ne mieux pas être associé à des gens qui confondent psychothérapie gratuite et activisme politique, en lieu et place de la cause prétendument défendue.

Cédric, Montréal (non binaire, 45-54 ans)

[Le féminisme est] une nouvelle tendance qui puise son fondement sur la remise en question de la science par un égoïsme collectif excentrique.

Anonyme, Montréal (homme cis, 35-44 ans)

[Le féminisme] est un combat pour l’égalité entre l’homme et la femme. Et une place plus importante de la femme dans notre société. « Il ne suffit pas de se dire féministe pour l’être ». Il faut identifier son propre privilège et ne pas attendre d’être félicité à chaque initiative. Il s’agit pour nous les hommes de désapprendre certains comportements, faire un travail sur nous-mêmes et se confronter aux propos sexistes que nos amis tiennent entre eux. L’implication dans cette lutte ne se limite pas aux femmes bien que selon moi aujourd’hui certains courants radicaux discréditent ce combat.

Grégoire, Montréal (homme cis, 18-24 ans)

Je me pense allié car je suis pour l’égalité réelle et absolue de chaque genre, et de chaque être vivant. À mes yeux le terme féminisme aujourd’hui ne représente plus un objectif d’égalité mais une dominance, ce qui devient alors une forme de sexisme (à l’image du machisme). Bref je pense qu’il faudra un nouveau nom pour symboliser l’égalité aujourd’hui.

Cam, Montréal (homme cis, 25-34 ans)

En résumé

  • Une corrélation se dégage très clairement entre le genre et l’affiliation féministe vs allié·e : les femmes cis se définissent comme féministes, là où les hommes cis et une personne non binaire rejettent le terme tout en se définissant, pour moitié, comme allié.
  • Un malaise avec le terme féministe demeure perceptible – surtout chez les hommes cis -, principalement lié à une méconnaissance des enjeux portés par les mouvements.
  • Les revendications principales sont très similaires aux luttes institutionnelles et juridiques propres au courant libéral, au sein desquelles se glissent une terminologie et des réflexions radicales.

Aurore Koechlin. 2019. La Révolution féministe. Éditions Amsterdam. 

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel. 2020. Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Éditions La Découverte.

Karine Bergès, Florence Binard et Alexandrine Guyard-Nedelec (dir.). 2017. Féminismes du XXIe siècle : une troisième vague ? Presses Universitaires de Rennes.

Histoire du féminisme (4/5) : la troisième vague

Temps de lecture : 4 minutes


À l’instar de la deuxième vague, la troisième s’est constituée en réaction aux lacunes de la précédente, mettant notamment de l’avant la nécessité de décentrer l’analyse du féminisme hégémonique pour prendre en compte la diversité des expériences, et le besoin d’adaptabilité inhérent au militantisme. L’on associe la troisième vague au début des années 1990, mais la transition s’est effectuée dès la fin des années 1970, quoique l’histoire ait parfois tendance à l’oublier. Toutefois, le déferlement des vagues, la reconnaissance de leurs bornes temporelles, les modalités de la transition et le renouvellement des outils théoriques diffèrent selon que l’espace est anglophone ou francophone ; ainsi, si les féministes américaines ont rapidement adopté l’idée, en France, l’on s’interrogeait encore au milieu des années 2000 pour savoir si l’on était – ou non – dans une troisième vague. 

Le postféminisme

En parallèle de la transition vers la troisième vague, au milieu des années 1980, alors que les lois et les modes de vie évoluent, que les femmes ne se décrivent plus comme étant féministes, préconisant des solutions individuelles plutôt que des mobilisations collectives, apparaît l’expression postféminisme, employée principalement dans les médias et la culture populaire, qui véhiculent alors l’image de femmes pouvant à la fois avoir une carrière professionnelle épanouissante, une vie de couple et une vie sexuelle palpitantes, tout en demeurant fidèles aux critères de beauté. Quoiqu’il n’y ait aucune définition ni consensus sur ses principes, Sarah Gamble reconnaît au post féminisme trois piliers, la victimisation, l’autonomie, et la responsabilité, auxquels s’ajoute l’hétéronormativité. En somme, le post-féminisme récuse l’idée d’une absence de contrôle des femmes sur leur vie, c’est-à-dire qu’en ayant dénoncé les structures patriarcales de la société qui affectent la manière dont les femmes évoluent en son sein, le féminisme aurait départi les femmes de leur capacité à être en contrôle, les renvoyant à un statut de fragilité victimaire

En 1991, Susan Faludi publie l’ouvrage Backlash: The Undeclared War Against Women, dans lequel elle explique que le postféminisme serait une posture intellectuelle fallacieuse estimant que les luttes féministes ne sont plus nécessaires, le faisant ainsi remonter en premier lieu aux années 1920. D’autres autrices réfléchiront à ce phénomène, qu’il s’agisse de Katie Roiphe, Rene Denfeld, ou encore Camille Paglia, particulièrement critiques du mouvement féministe – si ce n’est antiféministes -, ou même Naomi Wolf, qui déplore tant la mauvaise image des féministes véhiculées par les médias de masse, image généralement construite sur des « mensonges, distorsions et caricatures » que la radicalisation de l’idéologie féministe

En 1997, Ann Brooks publie Postfeminisms: Feminism, Cultural Theory and Cultural Forms, qui place le postféminisme en parallèle des courants tels que le postmodernisme, adoptant ainsi une posture épistémologique relativement différente. Le postféminisme serait donc un rejet de l’universalisme de la deuxième vague féministe, permettant de remettre au cœur du débat la diversité et la nécessité de déconstruction, faisant ainsi appel à des théoriciennes telles que Judith Butler, Julia Kristeva ou Hélène Cixous. Autrement dit, il s’agit ici d’une définition assez proche de ce que nous entendons aujourd’hui par troisième vague.

La troisième vague

Alors que le débat fait toujours rage pour donner un nom à la période suivant la deuxième vague, plusieurs regroupements voient le jour aux États-Unis, tels que la Women’s Action Coalition fondée en 1992 à New York – avant que des antennes ne soient créées dans d’autres villes -, le Third Wave Fund, créé la même année par Rebecca Walker – qui popularisera le terme troisième vague -, Dawn Lundy Martin, Amy Richards et Cat Gund. En 1997 paraît Third Wave Agenda: Being Feminist, Doing Feminism, dans lequel Leslie Heywood et Jennifer Drake résument la pierre angulaire de la troisième vague, par opposition à la précédente : l’acceptation de la pluralité des expériences et des oppressions (intersectionnalité), ainsi que de la contradiction interne au mouvement. En découle le concept d’hybridité, soit le recours à différentes théories pour en créer de nouvelles.

Ainsi, la troisième vague se subdivise en différents courants, les principaux étant :

  • les féminismes noirs, quoiqu’ils aient pré-existé à la troisième vague et que certaines théoriciennes ne s’inscrivent pas dans la métaphore des vagues – d’ailleurs parfois considérée comme évacuant de fait les combats des femmes noires qui s’inscriraient dans une temporalité plus large et continue ;
  • les féminismes post coloniaux, ancrés dans les études post coloniales, les études subalternes et les féminismes racisés (parfois caractérisés de « dissidents »), dont les figures de proue sont Gayatri Chakravorty Spivak et Chandra Talpade Mohanty ;
  • les théories queer, à l’intersection du post-structuralisme, des études LGBT et des études féministes, qui rejettent la binarité à l’origine de toutes nos constructions sociales, principalement associées à Judith Butler.

La pluralité de textes et de courants a toutefois – pour certaines – retiré de la légitimité à la troisième vague, attaquée précisément sur ce qui l’a créée. Des ouvrages académiques ont effectué des recensions d’articles, en ont tiré des grands principes unificateurs, mais cette vague demeure malmenée, critiquée pour son incohérence et son rejet des catégories. En somme, quoique s’en dissociant, elle illustre la récurrence du débat sur l’universalisme et l’essentialisme au sein des mouvements féministes. Toutefois, de nombreux textes abordant la troisième vague sont antérieurs à la quatrième, autrement dit, il ne s’agit guère d’études a posteriori, contrairement aux première et deuxième vagues qui jouissent d’analyses effectuées avec recul ; c’est pourquoi il est nécessaire de garder une certaine distance par rapport aux critiques alors émises.


Deborah L. Siegel. 1997. « The legacy of the personal: Generating theory in feminism’s third wave ». Hypatia 12 (n°3) : 46-75. 

Kimberly Springer. 2002. « Third Wave Black Feminism? ». Signs 27 (n°4) : 1059-1082.

Laetitia Dechaufour. 2008. « Introduction au féminisme postcolonial ». Nouvelles Questions Féministes 2 (n°27) : 99-110.

Pamela Aronson. 2003. « Feminists Or “Postfeminists”? Young Women’s Attitudes toward Feminism and Gender Relations ». Gender & Society 17 (n°6) : 903-922. 

R. Claire Snyder. 2008. « What is third-wave feminism? A new directions essay ». Signs: Journal of Women in Culture and Society 34 (n°1) : 175-196.

Sarah Gamble. 2006. « Postfeminism ». Dans Sarah Gamble (dir.), The Routledge Companion to Feminism and Postfeminism. Taylor & Francis e-Library : 36-45.