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Pour éviter l’anachronisme, le choix a été fait de conserver l’emploi du mot « femme » au singulier. Cet usage demeure toutefois problématique, puisqu’il peut suggérer une expérience féminine unique et homogène, alors que les vécus des femmes sont multiples et traversés par d’autres rapports sociaux.
« La tradition de la Journée internationale des femmes était bien, au départ, un choix sectaire, pour lequel féminisme et socialisme étaient exclusifs l’un de l’autre. »
— Françoise Picq (2000, 163)
Une origine militante
L’histoire de la Journée internationale des femmes a longtemps été entourée d’une certaine confusion.
Pendant des décennies, son origine a été associée à une grève de couturières new-yorkaises qui aurait eu lieu en 1857. Or, des recherches menées à la fin des années 1970 ont montré que cet événement n’avait jamais existé. Cette version relève en réalité d’un mythe historique qui s’est progressivement diffusé.
L’idée d’une journée internationale consacrée aux droits des femmes remonte en fait à 1910, lorsque la militante socialiste Clara Zetkin propose la création d’une telle journée lors de la 2ᵉ Conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague. La proposition est adoptée à l’unanimité.
L’année suivante, en 1911, plusieurs pays européens, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et la Suisse, organisent pour la première fois cette journée de mobilisation, le 19 mars. La date est choisie en référence aux révolutions de 1848 et à la Commune de Paris. Plus d’un million de femmes et d’hommes participent alors à des rassemblements réclamant notamment : le droit de vote pour les femmes, le droit au travail, l’accès aux fonctions publiques.
Quelques jours plus tard, le 25 mars 1911, l’incendie de l’usine Triangle Shirtwaist à New York cause la mort de près de 150 travailleuses. Les portes de l’usine avaient été verrouillées pour empêcher les ouvrières de quitter leur poste avant la fin de leur journée de travail. Ce drame devient un moment marquant de l’histoire des luttes ouvrières et contribue à renforcer les liens entre revendications féministes et luttes pour de meilleures conditions de travail.
Les années suivantes, la Journée internationale des femmes se diffuse progressivement. En 1913, des militantes russes organisent des événements clandestins lors du dernier dimanche de février (selon le calendrier julien). Des mobilisations ont également lieu dans plusieurs pays européens à des dates proches – en Autriche, en Hongrie, en République tchèque, en Suisse, aux Pays-Bas, puis en Allemagne.
En 1917, une grève de femmes éclate à Pétrograd le 23 février (8 mars dans le calendrier grégorien). Pour des figures révolutionnaires comme Alexandra Kollontaï ou Léon Trotsky, cette mobilisation marque le début de la Révolution russe. En 1921, Lénine officialise le 8 mars comme Journée internationale des femmes dans le monde soviétique.
La célébration de cette journée perd toutefois en visibilité durant plusieurs décennies. Elle retrouve une nouvelle dynamique à partir de la deuxième vague féministe, dans les années 1960. En 1969, une manifestation est organisée à Berkeley. Au Québec, le Front de libération des femmes organise en 1971 une grande mobilisation pour l’avortement libre et gratuit.
Enfin, en 1975, certaines militantes du Mouvement de libération des femmes (MLF) critiquent l’institutionnalisation progressive de cbette journée et dénoncent ce qu’elles perçoivent comme une récupération des luttes féministes par les institutions internationales.
Une reconnaissance institutionnelle
Parallèlement aux mobilisations militantes, les organisations internationales commencent progressivement à se saisir de la question des droits des femmes.
En 1946, les Nations Unies créent la Commission de la condition de la femme, chargée de promouvoir l’égalité entre les genres. L’année suivante, en 1947, cette commission tient sa première session officielle (du 10 au 24 février).
En novembre 1967, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte la Déclaration sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Celle-ci affirme notamment que les discriminations fondées sur le genre constituent une atteinte à la dignité humaine et appelle les États à lutter contre les préjugés et les pratiques discriminatoires. Cette déclaration ne doit pas être confondue avec la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes adoptée en 1979, plus communément appelée CEDAW, du nom du comité qui veille à son application.
Durant les années 1970, plusieurs résolutions internationales portent sur la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes.
Un tournant important survient le 18 décembre 1972, lorsque l’Assemblée générale proclame 1975 Année internationale de la femme. Au cours de cette fameuse année 1975, les Nations Unies célèbrent officiellement pour la première fois la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars. Toujours en 1975, la première Conférence mondiale sur les femmes se tient à Mexico, du 19 juin au 2 juillet. Elle débouche sur l’adoption d’un Plan d’action mondial en faveur de l’égalité.
À la suite de cette conférence, les Nations Unies proclament la Décennie des Nations Unies pour la femme (1976-1985) et créent un fonds destiné à financer la recherche et la formation sur les questions d’égalité.
Enfin, le 16 décembre 1977, l’Assemblée générale invite « tous les États à proclamer, comme il conviendra en fonction de leurs traditions et coutumes historiques et nationales, un jour de l’année Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ».
Pour aller plus loin
- La Journée internationale des femmes, ou les vrais faits et les vraies dates des mystérieuses origines du 8 mars, Renée Côté
- « Journée internationale des femmes : à la poursuite d’un mythe », Françoise Picq
- « Histoire de la Journée internationale des femmes : démêler le vrai et le faux », Françoise Picq
- Journée internationale des femmes, Nations Unies
- Les droits des femmes sont des droits de l’Homme, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme
Testez vos connaissances avec le quiz du Conseil du statut de la femme !
8 mars info. En ligne.
Françoise Picq. 2000. « Journée internationale des femmes : à la poursuite d’un mythe ». Travail, genre et sociétés 1 (n°3) : 161-168.
International Women’s Day. « History of International Women’s Day ». En ligne.
Nations Unies. 1972. « Résolutions adoptées sur les rapports de la Troisième Commission ». En ligne.
Nations Unies. 1977. « Résolutions adoptées par l’Assemblée générale à la 32ème session ». En ligne.
1973. « La Déclaration des Nations Unies sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et son application ». Revue internationale de droit comparé 25 (n°3) : 694-698.
1977. « Décennie des Nations Unies pour la femme : égalité, développement et paix ». Les Cahiers du GRIF (n°17-18) : 91.