Les mouvements des femmes au Québec : de la période coloniale à la mise en place de la première vague

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N’oubliez pas de consulter l’article sur les femmes autochtones pour mesurer partiellement les conséquences du colonialisme de peuplement.


Les femmes sous le régime français

En 1617, soit neuf ans après la fondation de la ville de Québec, Marie Rollet est la première Française à mettre le pied en Nouvelle-France, en compagnie de son mari Louis Hébert. Dix-sept ans plus tard, d’autres femmes la rejoignent, bientôt suivies par des religieusestrois Ursulines de Tours, Marie Guyart dite Marie de l’Incarnation, Mère Marie de Saint-Joseph, et Mère Cécile de Sainte-Croix, toutes trois accompagnées de Marie-Madeleine de Chauvigny dite Madame de La Peltrie, et trois Augustines de Dieppe, Marie Guenet dite sœur Saint-Ignace, Anne Le Cointre dite sœur saint-Bernard, et Marie Forestier dite sœur Saint-Bonaventure de Jésus -, mais l’équilibre démographique est difficile à atteindre. En 1663, Louis XIV envoie 770 jeunes filles, issues pour la moitié de l’hôpital parisien de La Salpêtrière, afin de combler ce déséquilibre. Il semblerait que ces jeunes filles aient alors choisi librement leur futur époux, malgré tout ce qui a pu en être dit par la suite, et les familles ainsi fondées permirent une explosion démographique.

La Nouvelle-France a d’abord été régie par différents administrateurs auxquels le roi déléguaient des pouvoirs, puis, en 1627 a été créée la Compagnie de la Nouvelle-France, dite Compagnie des Cent Associés – qui obtiennent « justice et seigneurie » – jusqu’en 1663, date à laquelle la compagnie est dissoute avant d’être remplacée, un an plus tard, par la Compagnie des Indes occidentales, dirigée par l’État lui-même, plaçant donc la colonie sous l’autorité immédiate du roi. Dès lors, c’est la Coutume de Paris qui régit l’ensemble des aspects de la vie des colons, ou, plus précisément, le Nouveau commentaire sur la coutume de la prévoté et vicomté de Paris, paru en 1668. Ce code fait désormais de la femme une mineure soumise à l’autorité du père ; pour autant, cela n’arrête pas les femmes de la Nouvelle-France, principalement parce que la fluctuation de l’encadrement légal n’a pas permis d’asseoir un pouvoir clair, et puisqu’une société en construction a besoin de toutes les énergies disponibles, les femmes y ont tenu des rôles extrêmement importants – rôles toutefois étroitement liés à leur situation socio-économique (en d’autres termes, à leur classe sociale).

Les figures incontournables

  • Marie Guyart ou Marie de l’Incarnation (1599-1672) : arrivée en Nouvelle-France en 1639 après avoir connu une vie tumultueuse en France (mère et veuve à 19 ans subvenant seule aux besoin de son fils, puis employée par son beau-frère qui l’exploite, avant qu’elle n’entre au couvent et laisse son fils à la garde de sa famille), elle cofonde à Québec la première école pour filles, dans l’objectif de convertir au catholicisme les jeunes filles autochtones, puis chapeaute la fondation du premier monastère et orphelinat ; en parallèle, les Augustines construisent le premier hôpital de la Nouvelle-France, l’Hôtel-Dieu de Québec.
  • Jeanne Mance (1606-1673) : en 1642, Jeanne Mance arrive sur l’île de Montréal en compagnie des membres de la Société de Notre-Dame de Montréal, également dans l’objectif de convertir au catholicisme les communautés autochtones. Un an plus tard, elle fonde un petit hôpital, l’Hôtel-Dieu, qui s’agrandit rapidement. Puis, alors que les conflits s’intensifient au milieu du siècle, elle parvient à lever des troupes et sauver la colonie, devenant ainsi la cofondatrice de Montréal.
  • Marguerite Bourgeoys (1620-1700) : arrivée en Nouvelle-France en 1653, Marguerite Bourgeoys devient la première enseignante de Ville-Marie en 1658, année de l’inauguration de la première école. Elle aide également les femmes, leur proposant des ateliers et travaux pratiques, puis accueille les Filles du Roy à la Maison Saint-Gabriel. Après l’ouverture de l’école, elle retourne en France chercher des femmes pouvant l’aider, fondant alors la Congrégation de Notre-Dame, « l’une des premières communautés religieuses de femmes non cloîtrées de l’Église catholique, et la première en Amérique du Nord« , qui ne sera reconnue qu’en 1698 par les autorités religieuses. Elle constitue donc un élément clé de l’administration de la colonie.
  • Agathe de Saint-Père de Repentigny (1657-1748) : née à Montréal, elle ouvre la première manufacture d’étoffes en 1704, à partir de tissus utilisés par les peuples autochtones, et accumule une expérience dans une multitude de domaines en raison de l’absence de son mari militaire, « dirigeant [ainsi] les seigneuries, attribuant des contrats et délivrant des permis de traite de fourrures, supervisant l’achat, la vente et la concession de terres, et assumant la responsabilité de la signature de baux et du règlement des comptes ». Son parcours incarne parfaitement le rôle important joué par les femmes dans l’économie de la colonie.
  • Marguerite d’Youville (1701-1771) : née à Varennes, elle étudie pendant deux ans au monastère des Ursulines de Québec, puis consacre sa vie à la charité, s’installant avec trois autres femmes dans la maison Le Verrier, qui accueille les indigent·e·s sous le regard malveillant de la population, fondant ainsi la communauté des Sœurs de la Charité de Montréal, soit les Sœurs Grises.

Les femmes après la Conquête britannique (1760)

Trois ans après la première manifestation de femmes à Montréal (en raison du coût et de la pénurie de nourriture), la situation a relativement évolué. L’influence croissante du capitalisme sur l’économie de plus en plus industrielle de la colonie engendre le retrait progressif des femmes de la sphère économique, qui se retrouvent généralement reléguées à la sphère domestique. Elles réinventent toutefois leur apport à la société en créant un réseau caritatif de soutien. Car, au début du XIXè siècle, alors que nombre de mères célibataires ou de veuves vivent dans une grande précarité, participant à l’accroissement des abandons d’enfants voire d’infanticides, de nombreuses initiatives sont mises en place, souvent en lien avec les congrégations religieuses.

  • 1815 : fondation de la Female Benevolent Society of Montreal
  • 1822 : fondation du Protestant Orphan Asylum of Montreal
  • 1827 : fondation de la Société des Dames de la charité par Angélique Blondeau
  • 1832 : fondation de l’Orphelinat catholique de Montréal par Angélique Blondeau
  • 1845 : fondation de l’hospice de Sainte-Pélagie par Rosalie Cadron-Jetté

Les évolutions législatives

  1. Le droit de vote

Alors que l’Acte constitutionnel de 1791 permet à certaines femmes du Bas-Canada de voter, puisque tout propriétaire d’au moins 21 ans sans antécédent judiciaire peut désormais exercer son droit de vote sans distinction de genre, une première loi de 1834 retire le droit de vote aux femmes mariées, initiant une lutte des Patriotes, dont Louis-Joseph Papineau, qui voyaient en le droit des femmes une « anomalie historique« , avant que toutes les femmes n’en soient exclues à partir de 1849 par une loi de Robert Baldwin et Louis-Hippolyte Lafontaine. En parallèle de la mise en place de l’Acte constitutionnel, deux textes féministes – le terme relève certes de l’anachronisme – sont publiés dans le Magasin de Québec. En 1792, c’est une traduction en anglais du Discurso en defensa del talento de las mugeres y de su aptitud para el gobierno y otros cargos en que se emplean los hombres de Josefa Amar y Borbón paru quelques années plus tôt en Espagne et fortement inspiré des Lumières, et dans la lignée des textes de Mary Wollstonecraft ou d’Olympe de Gouges. En 1794, c’est l’Abrégé de la Défense des droits des Femmes, soit une adaptation du texte même de Wollstonecraft.

2. L’avortement

En 1803, l’avortement est criminalisé par une loi de lord Ellenborough. Les peines diffèrent selon que l’interruption de grossesse a lieu avant les « premiers mouvements du fœtus » (peine moindre) ou après (peine capitale). Puis, en 1837, la distinction est levée, de même que la peine de mort, mais la criminalisation demeure.

3. L’esclavage

En 1833, soit quarante ans après la première proposition de loi à cet effet au Bas-Canada et sa restriction progressive au Haut-Canada, l’esclavage est aboli. Jusqu’à la Conquête, deux tiers des esclaves étaient autochtones, puis ce sont de plus en plus de personnes Noires qui ont été réduites en esclavage. Si les lacunes historiques et historiographiques se comblent petit à petit à ce sujet, l’on manque encore grandement d’informations sur la traite des esclaves au Québec et au Canada, de même que sur les femmes esclaves en particulier. En effet, la croyance selon laquelle l’esclavage n’a jamais existé en Nouvelle-France a commencé à être diffusée par François Garneau en 1846 – qui a même « félicité le roi Louis XIV et le clergé colonial français d’avoir épargné le Canada français de cette grande et terrible peste » ainsi que le souligne Karlee A. Sapoznik-Evans -, et s’est rapidement enracinée dans la mémoire collective.

Cent ans après la Conquête : le tournant des années 1860

En 1866 est promulgué le Code civil, d’inspiration napoléonienne et dans la continuité de la Coutume de Paris, qui inscrit dans la loi l’incapacité juridique des femmes. Autrement dit, la loi met sur un pied d’égalité les femmes et les enfants, leur ôtant dès lors tout droit : d’être tutrices/gardiennes de leurs propres enfants, d’intenter une action devant la loi et de se défendre, de percevoir un héritage, de contracter, de disposer de leur salaire, bref, d’être des citoyennes à part entière.

C’est à partir de ces années-là que le mouvement féministe se constitue au Québec, dans l’objectif de réformer une société dominée par les hommes, où les femmes n’ont guère de place qu’à la maison. À l’instar des autres pays occidentaux, le mouvement des femmes s’organise dans un premier temps autour du droit de vote. Plus d’informations dans le prochain article !


Andrée Lévesque. 1997. « Réflexions sur l’histoire des femmes dans l’histoire du Québec ». Les pratiques de l’histoire de l’Amérique française depuis 50 ans 51 (n°2) : 271-284.

Canada. 1989. Commission de réforme du droit. « Les crimes contre le fœtus ». En ligne.

Canada. Parcs Canada. Agathe de Saint-Père de Renpentigy. En ligne.

Conseil du statut de la femme. 2008. La Constante progression des femmes – Édition spéciale 35e anniversaire. En ligne.

Denyse Baillargeon. 2012. Brève histoire des femmes au Québec. Montréal : Les Éditions du Boréal. 

Francine Descarries. 2006. Chronologie de l’histoire des femmes au Québec et rappel d’événements marquants à travers le monde. Institut de recherches et d’études féministes. UQÀM.

Jan Noël. 2008. « Jeanne Mance ». L’Encyclopédie canadienne. En ligne.

Karlee A. Sapoznik-Evans. 2017. « Des lacunes en historiographie : La Vérendrye dans une perspective de relations homme-femme, de relations raciales et d’esclavage au début du Canada français, 1731-1749 ». Territoire, langue et identité : présences nordiques dans l’Ouest canadien 29 (n°2) : 457-487.

Les Ursulines. « Marie de l’Incarnation ». En ligne.

Musée Marguerite-Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. En ligne.

Québec. Culture et communication. Répertoire du patrimoine culturel du Québec. « Arrivée des Ursulines en Nouvelle-France ». En ligne.

RéQEF et Conseil du statut de la femme. Ligne du temps de l’histoire des femmes au Québec. En ligne.

Violette Brodeur, Suzanne G. Chartrand, Louise Corriveau et Béatrice Valay. 1982. Le Mouvement des femmes au Québec : étude des groupes montréalais et nationaux. Les Presses Solidaires. En ligne.

Les mouvements féministes au Royaume-Uni au XIXè siècle

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Le développement de ces mouvements s’inscrit dans un contexte de profonde transformation sans rupture révolutionnaire. L’État britannique, sans constitution écrite et regroupant quatre identités nationales, voit son rôle évoluer au cours du XIXè siècle, en lien avec l’essor industriel, prenant ainsi de nouvelles responsabilités – éducation, pauvreté, santé, urbanisme -, et accroissant le rôle des instances locales de gouvernance (auxquelles les femmes auront le droit de participer à partir de 1869) ; toutefois, à ce tournant plus social de l’État à l’intérieur des frontières britanniques, correspond un renforcement de la présence de l’Empire colonial, faisant ressortir une certaine tension entre la culture politique locale et la culture politique nationale.

Par ailleurs, l’époque victorienne se définit par une grande rigueur morale, appliquée selon un double standard éloquent. Car, si au sein d’un couple marié la femme n’a guère le droit d’exprimer sa sexualité de quelque manière que ce soit, devant incarner un idéal de vertu en tant que mère et épouse, il était officieusement accepté que l’homme puisse fréquenter des prostituées. Les œuvres de Sarah Stickney Ellis, abordant la place et le rôle de la femme dans la société, fournissent d’ailleurs un excellent aperçu de ce en quoi devait constituer la féminité victorienne. Cela relève de l' »idéologie domestique » propre à cette ère puritaine, qui s’appuie sur la subordination légale de la femme à son mari, notamment à travers la dépossession de ses biens et de ses revenus et la perte d’une partie de ses droits (incapacité à signer un contrat, poursuivre ou être poursuivie en justice – sauf pour meurtre et tentative de meurtre).

Les étapes de la constitution des mouvements féministes

Trois périodes se dégagent, correspondant globalement à ce que l’on retrouve ailleurs en Europe. Tout d’abord, la première moitié du XIXè siècle, où se développent des initiatives militantes sur les bases posées par Mary Wollstonecraft. Les femmes qui y prennent part appartiennent à toutes les classes sociales et sont d’inspiration libérale, bien que l’influence du socialisme utopique se fasse sentir à partir des années 1830. Ensuite, la seconde moitié du XIXè siècle correspond à une organisation plus tangible des mouvements, avec une emphase mise sur les réformes civiques – notamment le droit de vote – , éducatives, liées à l’emploi et au mariage. Enfin, le début du XXè siècle, fort d’une diversification des stratégies et moyens, et grandement focalisé sur l’accès au droit de vote, qui sera d’ailleurs attribué en 1918 aux femmes de trente ans et plus, puis en 1928 aux femmes de 21 ans et plus, à l’instar des hommes.

Des années 1790 aux années 1850

En 1825 est publié l’ouvrage féministe considéré le plus important depuis Mary Wollstonecraft et jusqu’à John Stuart Mill et The Subjection of Women. Simplement intitulé Appeal of one Half of the Human Race, Women, against the Pretensions of the other Half, Men, to Retain them in Political and hence in Civil and Domestic Slavery: in reply to a paragraph of Mr. Mill’s celebrated « Article on Government », il est le fruit du travail conjoint de William Thompson et Anna Doyle Wheeler, s’inscrivant dans la philosophie socialiste utopique de Robert Owen – alter ego de Charles Fourier en France – et démontant point par point l’article de James Mill, selon lequel l’absence de représentation politique des femmes n’est guère problématique puisqu’elle sont sous la tutelle de leur mari ou de leur père. Thompson et Wheeler abordent également les questions de l’accès à l’éducation et à la connaissance ; du travail, du salaire, et de la nécessité de l’indépendance économique des femmes ; du mariage, qui constitue selon eux l’obstacle fondamental au droit des femmes à être heureuses puisqu’il les emprisonne ; ils prônent également le droit égal des femmes à l’ensemble des plaisirs sensuels, incluant le plaisir sexuel – ce qui sort du puritanisme d’Owen. Toutefois, la thèse fondamentale de l’ouvrage s’enracine dans la croyance de la différence entre les femmes et les hommes, surtout dans un système économique basé sur la productivité, parce que, d’une part, la force physique de l’homme serait supérieure, d’autre part, la maternité interrompt temporairement l’activité économique des femmes.

Parmi les autres figures essentielles de cette période se trouvent également Hannah More (1745-1833), Anne Knight (1786-1862), Harriet Martineau (1802-1876), ou encore Caroline Norton (1808-1877) – bien que son statut de féministe soit débattu, son histoire personnelle a servi de fer de lance au mouvement de lutte contre l’oppression des femmes au sein de l’union matrimoniale, et c’est grâce à ses recherches et publications qu’a été voté, en 1857, le Matrimonial Causes Act, donnant aux femmes mariées le contrôle de leurs revenus et héritages.

Des années 1850 au tournant du XXè siècle

À cette époque commencent à éclore de plus en plus de regroupements et de journaux à l’initiative des femmes de la classe moyenne, tels que l’English Woman’s Journal, fondé par Barbara Leigh Smith Bodichon et Bessie Rayner Parkes, traitant notamment de l’éducation des femmes et les opportunités de travail, ou encore l’Englishwoman’s Review, dont la première rédactrice fut Jessie Boucherett, et dont l’objectif n’était autre que de fournir un historique et un suivi des progrès réalisés par les mouvements féministes.

En 1865, est créée la Kensington Society, un regroupement de plus de soixante femmes éduquées de classe moyenne, dont les figures les plus importantes du féminisme victorien, soit Alice Westlake, Barbara Bodichon, Elizabeth Garrett, Emily Davies, Frances Power Cobbe, Jessie Boucherett, Kate Amberley, se positionnant notamment en faveur du droit de vote des femmes. La même année, John Stuart Mill est élu au Parlement, et un an plus tard, Emily Davies et Elizabeth Garrett lui soumettent une pétition signée par 1499 femmes, demandant l’extension du droit de vote à tout propriétaire, peu importe le sexe – revenant donc sur la législation de 1832 qui excluait les femmes du suffrage. En 1867, Mill propose un amendement reconnaissant l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, 73 votent en faveur, 196 contre. À la même époque est créée la London Society for Women’s Suffrage, organisant des rencontres lors desquelles les membres prennent la parole en faveur du vote des femmes – l’un des discours les plus importants étant celui d’Helen Taylor, mais des personnes telles que John Stuart Mill ou Millicent Garrett Fawcett prirent également la parole. Cette société fut rapidement suivie par celle de Manchester.

Trois ans plus tard est constituée la Ladies National Association for the Repeal of the Contagious Diseases Acts par Josephine Butler, en réponse aux Lois sur les maladies contagieuses, visant à réguler la prostitution dans les villes de garnison sous couvert de lutter contre la propagation des maladies vénériennes – Josephine Butler obtiendra gain de cause à la fin des années 1880, décennie qui mettra un terme à l’encadrement de la prostitution par l’État. En 1882 fut également voté le Married Women’s Property Act, qui permettait aux femmes mariées de ne plus complètement dépendre de leur mari.

En 1897, c’est au tour du National Union of Women’s Suffrage Societies d’être créé, suite à la fusion de groupes locaux. Cette organisation, sous la présidence de Millicent Garrett Fawcett, se voulait modérée dans ses moyens d’action (pétitions, manifestations pacifiques telles que la Mud March), d’où la séparation, en 1903, du Women’s Social and Political Union, créé par Emmeline Pankhurst, qui marque la naissance du mouvement des suffragettes. Les suffragettes, aux moyens d’action plus radicaux – incendies volontaires, dégradations de biens, grèves de la faim -, avaient pour objectif premier de fournir aux femmes – célibataires ou mariées – une réelle représentation politique ; toutefois, d’autres femmes ont pu s’opposer à leurs revendications, en ce qu’elles se satisfaisaient de la représentation qu’elles avaient à travers leur mari, ou parce qu’elles ne craignaient de voter différemment de celui-ci.

En 1904 paraît Woman and Socialism d’Isabella Ford, qui soutient que féminisme et socialisme permettront ensemble de reconstruire la société, et que toutes les femmes bénéficieraient de l’accès au droit de vote. Peu d’informations sont disponibles sur les liens entre le féminisme et le socialisme en Grande-Bretagne à cette époque, en dehors des dissensions classiques entre les intérêts des femmes de classes moyenne et bourgeoise, et des femmes de la classe ouvrière.


Ann Dingsdale. 1995. ‘Generous and lofty sympathies’: the Kensington Society, the 1866 women’s suffrage petition and the development of mid-victorian feminism. Thèse de doctorat. University of Greenwich.

Barbara Caine. 1982. « Feminism, Suffrage and the nineteenth-century English women’s movement. » Women’s Studies International Forum 5 (n°6) : 537-550.

Jane Rendal. 2004. « Recovering Lost Political Cultures: British Feminisms, 1860-1900 ». Dans Sylvia Paletschek et Bianka Pietrow-Ennker (dir.), Women’s Emancipation Movements in the Nineteenth Century : a European Perspective. Stanford : Stanford University Press.

Janet Horowitz Murray. 1985. « Class vs. Gender Identification in the « Englishwoman’s Review » of the 1880s. » Victorian Periodicals Review 18 (n°4) : 138-142.

Ruth Levitas. 1998. « Equality and difference : Utopian feminism in Britain ». Dans Tjitske Akkerman et Siep Stuurman (dir.), Perspectives on Feminist Political Thought in European History From the Middle Ages to the Present. New York/London : Routledge.

Valerie Sanders. 2006. « First wave feminism ». Dans Sarah Gamble (dir.), The Routledge Companion to Feminism and Postfeminism. Taylor & Francis e-Library : 15-24.